Ce podcast avec la sociologue Geneviève Pruvost propose une plongée riche dans les pratiques contemporaines de subsistance et les modes de vie écologiques alternatifs. À partir d’enquêtes de terrain menées pendant plus d’une décennie, il met en lumière les formes d’organisation matérielle, les réseaux d’entraide et les trajectoires de bifurcation qui permettent à certaines communautés rurales de se réapproprier concrètement les conditions de la vie : produire, habiter, se nourrir, s’entraider.
L’entretien montre ainsi comment ces expériences peuvent constituer de véritables laboratoires sociaux, où se recomposent les rapports au travail, à la nature et à la communauté. Sur ce point, ces pratiques entrent en résonance avec certaines intuitions de l’écologie sociale : relocalisation et communalisation de l’économie, reconstruction de communautés, réappropriation des conditions matérielles de l’existence. En ce sens, la subsistance constitue à nos yeux non seulement un levier de transformation, mais une dimension essentielle de toute dynamique d’autonomie collective.
À cet égard, les travaux d’Aurélien Berlan permettent d’éclairer la portée politique de ces pratiques : la liberté ne peut être pensée comme délivrance des contraintes matérielles, mais comme capacité collective à assumer et organiser ces contraintes. La réappropriation de la subsistance — agriculture, artisanat, soin, habitat — n’est pas un retour en arrière, mais une condition d’une autonomie réelle, à la fois matérielle et politique.
Cependant, la manière dont ces pratiques sont politiquement articulées dans l’entretien appelle discussion. Si Geneviève Pruvost met en évidence la richesse des dynamiques de subsistance et leur lien avec certaines formes de conflictualité (luttes foncières, ZAD, etc.), elle évoque également des stratégies passant par des médiations institutionnelles : conquête de l’échelon municipal, accès au foncier par l’élection, évolution des cadres réglementaires ou encore réformes d’État en matière foncière. Cette orientation introduit une tension avec les perspectives plus radicales d’autonomie politique, en réinscrivant partiellement la transformation sociale dans l’horizon de l’État et de ses dispositifs.
Par ailleurs, si l’entretien souligne lui-même que ces expériences restent aujourd’hui minoritaires et peu portées par des dynamiques de masse, la question de leur généralisation demeure largement ouverte. Comment passer d’expérimentations locales à un rapport de force structurant ? Comment articuler ces pratiques à une transformation d’ensemble des structures sociales, économiques et politiques ? Et comment penser leur déploiement dans des sociétés largement urbanisées, où l’accès direct à la terre est limité ?
Autrement dit, le point de tension ne porte pas sur la subsistance elle-même — que nous considérons comme une dimension centrale d’une praxis émancipatrice — mais sur l’absence d’un horizon politique clairement formulé par l’intervenante, permettant d’articuler ces pratiques à une stratégie de transformation globale, cohérente et non contradictoire.
C’est précisément cette tension que nous souhaitons explorer à l’Atelier. Ce podcast constitue ainsi un point d’entrée pour ouvrir une discussion plus large sur les stratégies de transformation écologique et sociale, ainsi que sur les dialogues — parfois convergents, parfois conflictuels — entre l’écologie sociale et d’autres courants critiques contemporains : écoféminismes, écologies anti-industrielles, écologie profonde, écosocialisme et bien d’autres encore. Autant de perspectives avec lesquelles l’écologie sociale entretient à la fois des proximités et des désaccords politiques, que nous proposons d’examiner dans une série d’analyses et de discussions à venir.
🎧 Écouter l’épisode :
👉 Qui sont et comment vivent les personnes qui ont fait le choix des modes de vie alternatifs en milieu rural ?
Geneviève Pruvost est sociologue du travail. Elle a enquêté pendant plus de 10 ans sur le quotidien des personnes installées dans des alternatives écologiques rurales en France. Cette enquête a donné lieu à deux livres : Quotidien politique (2021) et La subsistance au quotidien (2024).
Dans cet épisode du podcast Ozé, nous revenons sur les fondements théoriques de ces alternatives associées à la subsistance et à l’écoféminisme, et nous discutons plus précisément de la sociologie des personnes installées dans ces alternatives.
Bonne écoute !
Ce podcast nous a été signalé par Pierre-Olivier, qui nous a récemment rejoints au sein de L’Adventice, que nous remercions.
