El Ágora

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🛠️ Communotechnie

Pour une écologie sociale des techniques

La communotechnie désigne la capacité des communautés humaines à concevoir, fabriquer et utiliser des techniques au service du commun. Elle n’est pas un simple mot-valise, mais une tentative de redonner sens à la technique comme dimension intrinsèquement politique et collective de la vie sociale.

Elle renvoie à une idée centrale : les techniques ne sont pas neutres. Elles façonnent nos manières de produire, d’habiter, de percevoir et de coopérer. La communotechnie interroge donc la possibilité de réorienter et de réinventer les savoir-faire, les outils et les modes d’organisation vers des formes démocratiques, conviviales et émancipatrices.

En cela, elle s’inscrit dans le projet de l’écologie sociale : comprendre que les crises écologiques ne sont pas d’abord des défaillances techniques, mais les symptômes d’un rapport social et politique fondé sur les dominations — de la société sur la nature, mais aussi de certains humains sur d’autres. Toutes exacerbées au centuple par l’économie politique et son modus operandi intrinsèque : celui de la recherche sans limite de la valorisation de la valeur. La communotechnie se donne alors pour horizon de contribuer à l’émancipation collective en réconciliant production, autonomie et démocratie.

Une praxis du commun

La communotechnie ne se réduit ni à un champ d’études ni à une simple critique de la technologie moderne. Elle désigne en premier lieu une praxis — un ensemble de pratiques collectives par lesquelles des communautés s’organisent pour reconstruire la maîtrise des moyens techniques de leur existence.

C’est dans les ateliers partagés « du faire ensemble », les coopératives, les réseaux d’entraide ou les assemblées populaires que cette praxis prend sens : là où s’invente une intelligence collective, ancrée dans le territoire, soucieuse de justice sociale et d’autonomie politique.

La communotechnie, ainsi comprise, relie action et réflexion. Elle engage un processus de délibération permanente sur les fins et les moyens : pourquoi produit-on ? pour qui ? avec qui ? et comment ?

Une critique de la technologie hétéronome

Face à l’emprise croissante des systèmes technologiques centralisés, automatisés et extractivistes, la communotechnie propose une critique de ce que Lewis Mumford nommait les « techniques autoritaires ». Ces techniques requièrent une organisation hiérarchique, une division extrême du travail, la concentration du pouvoir et la dépendance à l’égard d’infrastructures massives. Elles incarnent un modèle hétéronome, où les individus deviennent les rouages d’un appareil productif qu’ils ne contrôlent plus.

À l’inverse, les « techniques démocratiques » — fondées sur la coopération, la participation et la maîtrise locale des moyens de production — permettent de réinscrire l’activité technique dans le tissu vivant des communautés. Elles rendent possible une reconstruction collective des savoirs et des outils, et nourrissent des formes d’autonomie politique.

La communotechnie se situe dans cette tension : elle ne condamne pas la technique en soi, mais cherche à comprendre comment chaque forme technique conditionne une forme de société. Elle invite à discerner, dans les choix d’organisation et de production, les germes de domination ou d’émancipation qu’ils contiennent.

Un horizon éthique et politique

La communotechnie ouvre un horizon éthique et politique qui interroge la manière dont les sociétés produisent et reproduisent leurs conditions d’existence. Elle ne vise pas seulement à transformer les techniques, mais à repenser les rapports entre les êtres humains et la nature, entre travail et autonomie, entre besoins et désirs.

Elle invite à poser une série de questions : une technique donnée accroît-elle la liberté de celles et ceux qui la mettent en œuvre ? Favorise-t-elle l’autonomie des communautés qui la développent ? Permet-elle une gestion collective et démocratique des ressources ? Contribue-t-elle à renforcer la solidarité, la justice et la coopération ?

Dans cette perspective, la communotechnie s’inscrit dans le prolongement de la critique de toutes les formes de domination — économique, politique, culturelle, mais aussi patriarcale. Ces dominations s’enracinent dans des structures sociales hiérarchiques, dont la technologie moderne, centralisée et marchande, est souvent à la fois le produit et le vecteur.

En s’appuyant sur des pratiques de coopération, de mutualisation et de partage, la communotechnie tend vers une société du soin, du don technique et du commun. Une société où les activités de reproduction, de soutien et d’attention — qu’il s’agisse de nourrir, d’éduquer, de soigner ou de préserver les écosystèmes — ne sont plus reléguées à la marge, mais deviennent le centre même de l’organisation sociale.

La société du soin et du commun n’est pas une société de dépendance, mais de responsabilité partagée. Elle repose sur la reconnaissance de l’interdépendance des vivants — sur une éthique de la complémentarité et sur l’égalité entre les inégaux — et sur la nécessité de préserver les conditions d’une vie commune soutenable. Elle implique une réévaluation des valeurs productives et des critères de richesse, en plaçant le bien-être collectif bien au-dessus d’une quelconque efficacité économique.

La communotechnie comme intention politique

La communotechnie n’est pas un programme ni un modèle figé. Elle se définit comme une intention politique : celle de réorienter la production technique vers des formes d’organisation fondées sur la démocratie directe, la coopération et la responsabilité écologique.

Elle ne cherche pas à opposer la nature et la culture, mais à dépasser leur séparation artificielle. En reconnaissant que toute technique engage un certain rapport au monde, elle invite à faire de la création technique un espace de délibération politique.

Ainsi, la communotechnie appelle à une transformation de nos imaginaires : concevoir, réparer, transmettre, partager deviennent des gestes politiques. Refaire société passe par la reconstruction collective du pouvoir de produire et de décider.

Loin de rejeter la technique, elle en redéfinit le sens. Elle cherche à faire des instruments de la dépendance les outils d’une émancipation : non plus des technologies au service de la croissance, mais des techniques au service du commun.


 

 

Un article intéressant mettant en opposition numérique et informatique. Bien qu’étant assez ignorant en ces domaines, il me semble qu’il mérite quelque attention par les éclaircissements qu’il apporte. J’ai noté tout particulièrement ceci qui permet de comprendre beaucoup de choses sur l’évolution actuelle de la Mégamachine et sur ses perspectives : » Le numérique – on l’a vu dans l’analogie posée avec le capitalisme – est par nature totalitaire. Il aspire – comme le Capital – à s’étendre à l’infini et à embrasser la totalité du réel. Comme c’est chose impossible en étant restreint au domaine du calculable, le mode opératoire du numérique pour accroitre sans limite son emprise, est d’accomplir un renversement : si le champ du calculable est irrémédiablement dévolu à n’occuper qu’une partie de la réalité, alors c’est cette dernière qui doit être restreinte à celui-ci. Rien de ce qui n’est calculable ne doit être tenu comme réel. Si quelque chose, un être, une relation, ne peut être mis sous forme de nombre, cela doit être considéré comme n’existant tout bonnement pas.«

https://lundi.am/Logiciel-libre-et-economie-de-l-ubique

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TerKo

Oui intéressant, une analyse que l’on pourrait qualifier de communotechnique…

Pour info quelques exemples d’outils libres et leurs pendants Open Source et Propriétaires :

Usage Logiciels libres Pendants Open Source (mixtes) Pendants propriétaires / payants
Systèmes d’exploitation GNU/Linux, BSD Android AOSP, Chromium OS Windows, macOS
Suite bureautique LibreOffice OpenOffice Microsoft Office, Google Workspace
Suite bureautique OnlyOffice CE OnlyOffice Enterprise iWork
Navigateur web Firefox, LibreWolf, Tor Chromium Chrome
Navigateur web GNU IceCat Brave Edge
Navigateur web Vivaldi (partiel) Safari
Mail / Communication Thunderbird, Jami, Matrix Mailspring Outlook, ProtonMail, Slack
Mail / Communication KMail Signal (AGPL) Discord
Image / Design GIMP, Inkscape, Krita Blender (libre mais mod. open-fund) Adobe Photoshop, Illustrator
Vidéo / Audio Kdenlive, Shotcut, Olive DaVinci Resolve (version gratuite) Premiere Pro, Final Cut, Cubase
Gestion de projets Nextcloud, Kanboard, Joplin Mattermost (open-core) Notion, Trello, Asana
Gestion de projets Taiga GitLab CE/EE Evernote
Développement / IDE VS Codium, Vim/Neovim, Emacs VS Code (Microsoft) JetBrains IDEs
Serveurs / Bases de données Apache, Nginx (community), PostgreSQL MySQL Oracle DB, Windows Server
Cloud / Sync Nextcloud, Syncthing ownCloud (open-core) Dropbox, Google Drive, iCloud
Cloud / Sync Seafile CE Seafile Pro OneDrive
Visioconférence Jitsi Meet Zoom
Visioconférence BigBlueButton Teams
Visioconférence Google Meet
SIG / Cartographie QGIS Mapbox SDK ArcGIS
SIG / Cartographie OpenStreetMap Google Maps API
       

Un livre à lire : Édouard Jolly «Günther Anders, Une politique de la technique»

Quelques extraits significatifs :

Il importe donc de concevoir que l’exclusion du monde, l’obsolescence programmée et l’appauvrissement de l’expérience forment autant de symptômes d’une mise en conformité de chacun. Or, il ne s’agit pas du résultat d’une volonté politique et sociale, mais de l’économie de l’existence en général, qui a lieu au sein d’un monde technicisé, formé par l’ensemble des appareils techniques dont la fonction est d’assurer la médiation de tout agir. Car ce n’est plus un QUI qui nous rend conforme, mais un QUOI.

La médiation instaurée par les appareils, d’abord afin d’ouvrir des possibilités nouvelles, a tendance à remplacer les nécessités naturelles du maintien de la vie par des nécessités artificielles, naturalisées peu à peu, dont la finalité générale serait non pas la perpétuation du monde humain, mais sa déshumanisation dans une version technicisée, voire sa destruction pure et simple.

Or, la machine qui remplace l’homme lui dicte son comportement, lui impose ses normes.

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TerKo

El agora pretende ser un espacio de intercambio, reflexión e investigación para todos aquellos que aspiran a transformar nuestra sociedad hacia estilos de vida más respetuosos con el medio ambiente, más justos y arraigados en la democracia directa y la solidaridad local. Inspirado en las ideas de Murray Bookchin y el pensamiento comunalista, este foro es un lugar donde las voces de individuos y comunidades pueden unirse para construir un futuro basado en la descentralización, la autogestión colectiva y el respeto por las personas y nuestros ecosistemas.

En él abordamos una serie de temas relacionados con la ecología social: la defensa de los bienes comunes, las iniciativas locales de gestión colectiva, la resistencia a las infraestructuras no deseadas, las prácticas sostenibles y la creación de asambleas populares. Queremos fomentar debates constructivos y respetuosos que permitan a todos compartir sus ideas, experiencias y conocimientos, para fortalecer nuestras acciones y enriquecer nuestro pensamiento colectivo.

Tanto si eres activista, investigador, estudiante o simplemente sientes curiosidad por estos temas, aquí encontrarás una comunidad acogedora y comprometida. Este foro es ante todo una herramienta para nuestras luchas y alternativas comunes, un lugar donde plantear preguntas, compartir recursos y desarrollar estrategias concretas para avanzar juntos, creando un movimiento emancipador hacia un modelo de sociedad basado en la democracia directa, la ayuda mutua, la solidaridad y el respeto por la naturaleza.

No dudes en inscribirte, participar en los debates o incluso lanzar tus propios temas. Construyamos juntos un espacio de diálogo e inspiración para imaginar soluciones arraigadas en el respeto por los seres vivos y el poder de las comunidades locales en tensión permanente, ¡pero sobre todo al margen de las estructuras estatales y capitalistas!

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