Qui est réceptif à l’écologie sociale aujourd’hui ?
Cita de TerKo en 22 febrero 2026, 19h21L’écologie sociale propose une critique radicale des formes de domination et une réflexion sur la démocratie, la technique et les structures sociales.
Pourtant, ces idées semblent rester relativement confidentielles.
- Pourquoi ?
- Quels milieux sociaux, quelles expériences et quelles sensibilités y sont aujourd’hui les plus réceptifs ?
- Existe-t-il des proximités inattendues ou des obstacles psychiques et/ou structurels ?
Nous proposons d’ouvrir collectivement cette question, non pour produire un discours théorique, mais pour croiser observations, expériences et hypothèses.
L’écologie sociale propose une critique radicale des formes de domination et une réflexion sur la démocratie, la technique et les structures sociales.
Pourtant, ces idées semblent rester relativement confidentielles.
- Pourquoi ?
- Quels milieux sociaux, quelles expériences et quelles sensibilités y sont aujourd’hui les plus réceptifs ?
- Existe-t-il des proximités inattendues ou des obstacles psychiques et/ou structurels ?
Nous proposons d’ouvrir collectivement cette question, non pour produire un discours théorique, mais pour croiser observations, expériences et hypothèses.
Cita de Steka en 23 febrero 2026, 13h01Il faut reconnaître que le champ de l’Écologie sociale reste très peu conceptualisé et qu’il reste beaucoup de travail à accomplir pour le rendre plus facilement saisissable. L’Écologie sociale ne peut être envisagée comme une discipline particulière, au même titre par exemple que la sociologie, l’anthropologie, la psychiatrie ou même l’étude de la bio-diversité. Son approche est globale, éminemment politique également. Elle ne peut se satisfaire de logiques binaires mais doit tout au contraire se confronter aux multiples contradictions instaurées par le mode organisationnel du capitalisme et ce à tous les niveaux. Et ce en adoptant une forme d’approche thérapeutique d’une société qui a été rendue profondément malade par le mode de fonctionnement qui lui a été imposé. Cette maladie ayant fini par gagner plus ou moins et de différentes manières toutes les têtes.
L’Écologie sociale ne peut non plus être une affaire de parti, les partis par leurs logiques internes ne faisant qu’alimenter des formes de séparation, de hiérarchies, de paralysies idéologiques qui ne servent qu’à perpétuer la maladie. Pour autant, elle n’ignore nullement les rapports de classes, l’ignominie des inégalités sociales partout instaurées et prétend bien s’attaquer à leurs racines.
Il y a également une forme de confusion qui nait de l’usage du terme d’écologie qui dans la notion d’Écologie sociale prend un sens double. Si l’Écologie sociale reconnaît pleinement la problématique écologique au sens classique du terme, elle ne conçoit pas que l’on puisse s’y attaquer sérieusement sans s’attaquer dans le même temps à la problématique sociale. Autrement dit, que l’on ne peut prétendre vouloir résoudre la question des équilibres et déséquilibres concernant la nature sans s’occuper dans le même temps des équilibres et déséquilibres touchant à la réalité humaine, en prenant pleinement en compte ce qu’est la vie quotidienne du plus grand nombre, à quoi elle a été réduite. Tout simplement parce que ce plus grand nombre sera décisif pour la suite des choses et que si il continue à être méprisé, considéré comme une variable adaptable et manipulable, son désespoir ne pourra que le mener à s’en foutre : une fin horrible étant toujours en finalité préférable à un désespoir sans fin.
Et si le terme d’écolo-bobo, par exemple, s’est répandu un peu partout et dans un sens très péjoratif, seuls ceux qui en sont porteurs pourront s’en étonner ou s’en offusquer mais cela ne changera rien à la suite du programme. Disons simplement, dans un premier temps, qu’ils feraient bien de s’intéresser à l’Écologie sociale, au type de pollution qui a envahi leur esprit.
Il faut reconnaître que le champ de l’Écologie sociale reste très peu conceptualisé et qu’il reste beaucoup de travail à accomplir pour le rendre plus facilement saisissable. L’Écologie sociale ne peut être envisagée comme une discipline particulière, au même titre par exemple que la sociologie, l’anthropologie, la psychiatrie ou même l’étude de la bio-diversité. Son approche est globale, éminemment politique également. Elle ne peut se satisfaire de logiques binaires mais doit tout au contraire se confronter aux multiples contradictions instaurées par le mode organisationnel du capitalisme et ce à tous les niveaux. Et ce en adoptant une forme d’approche thérapeutique d’une société qui a été rendue profondément malade par le mode de fonctionnement qui lui a été imposé. Cette maladie ayant fini par gagner plus ou moins et de différentes manières toutes les têtes.
L’Écologie sociale ne peut non plus être une affaire de parti, les partis par leurs logiques internes ne faisant qu’alimenter des formes de séparation, de hiérarchies, de paralysies idéologiques qui ne servent qu’à perpétuer la maladie. Pour autant, elle n’ignore nullement les rapports de classes, l’ignominie des inégalités sociales partout instaurées et prétend bien s’attaquer à leurs racines.
Il y a également une forme de confusion qui nait de l’usage du terme d’écologie qui dans la notion d’Écologie sociale prend un sens double. Si l’Écologie sociale reconnaît pleinement la problématique écologique au sens classique du terme, elle ne conçoit pas que l’on puisse s’y attaquer sérieusement sans s’attaquer dans le même temps à la problématique sociale. Autrement dit, que l’on ne peut prétendre vouloir résoudre la question des équilibres et déséquilibres concernant la nature sans s’occuper dans le même temps des équilibres et déséquilibres touchant à la réalité humaine, en prenant pleinement en compte ce qu’est la vie quotidienne du plus grand nombre, à quoi elle a été réduite. Tout simplement parce que ce plus grand nombre sera décisif pour la suite des choses et que si il continue à être méprisé, considéré comme une variable adaptable et manipulable, son désespoir ne pourra que le mener à s’en foutre : une fin horrible étant toujours en finalité préférable à un désespoir sans fin.
Et si le terme d’écolo-bobo, par exemple, s’est répandu un peu partout et dans un sens très péjoratif, seuls ceux qui en sont porteurs pourront s’en étonner ou s’en offusquer mais cela ne changera rien à la suite du programme. Disons simplement, dans un premier temps, qu’ils feraient bien de s’intéresser à l’Écologie sociale, au type de pollution qui a envahi leur esprit.
Cita de TerKo en 3 marzo 2026, 22h06Merci Steka, pour cette réponse qui rappelle bien l’ampleur du chantier conceptuel et politique que représente l’Écologie Sociale.
Peut-être pourrions-nous prolonger la réflexion en reformulant et en rouvrant la question initialement posée ainsi :
– Dans les contextes que nous connaissons (militants, associatifs, ruraux, urbains, professionnels…), qui semble spontanément entrer en résonance avec l’écologie sociale — et pourquoi ?
– À l’inverse, quelles formes de résistance ou d’incompréhension rencontrons-nous le plus souvent ?
– Les obstacles sont-ils principalement théoriques, culturels, psychiques, organisationnels ?Et peut-être aussi :
– Manque-t-il un travail de transmission plus structuré ?
– Est-ce une question de vocabulaire, de pédagogie, ou de contexte politique ?
– Sommes-nous face à une simple difficulté de diffusion… ou à une résistance plus profonde à ce que cette pensée implique ?Il ne s’agit pas de simplifier l’approche, mais peut-être de mieux comprendre comment — et auprès de qui — cette pensée peut devenir intelligible, partageable et vivante aujourd’hui.
Merci Steka, pour cette réponse qui rappelle bien l’ampleur du chantier conceptuel et politique que représente l’Écologie Sociale.
Peut-être pourrions-nous prolonger la réflexion en reformulant et en rouvrant la question initialement posée ainsi :
– Dans les contextes que nous connaissons (militants, associatifs, ruraux, urbains, professionnels…), qui semble spontanément entrer en résonance avec l’écologie sociale — et pourquoi ?
– À l’inverse, quelles formes de résistance ou d’incompréhension rencontrons-nous le plus souvent ?
– Les obstacles sont-ils principalement théoriques, culturels, psychiques, organisationnels ?
Et peut-être aussi :
– Manque-t-il un travail de transmission plus structuré ?
– Est-ce une question de vocabulaire, de pédagogie, ou de contexte politique ?
– Sommes-nous face à une simple difficulté de diffusion… ou à une résistance plus profonde à ce que cette pensée implique ?
Il ne s’agit pas de simplifier l’approche, mais peut-être de mieux comprendre comment — et auprès de qui — cette pensée peut devenir intelligible, partageable et vivante aujourd’hui.
Cita de VTG en 5 marzo 2026, 10h45C’est une bonne question, pas simple d’y répondre. De ce que j’ai pu voir autour de moi, les gens qui s’y intéressent en premier lieu sont déjà des militant.es. Des personnes déjà engagées et informées en quête de discours porteurs pour le monde actuel. En quête d’alternatives politiques principalement. Des libertaires principalement, des écologistes qui veulent dépasser la seule dénonciation des problématiques environnementales, des partisan.nes de la démocratie directe (mais dans une moindre mesure je dirais, peut-être simplement moins nombreux et nombreuses aujourd’hui ?)… On commence rarement son parcours avec l’écologie sociale, on y arrive par d’autres biais (en écrivant ça, je me rends compte que ça contredit mon parcours personnel… mais je pense être dans les exceptions qui confirment la règle).
Comment essaimer & la question des obstacles va sans doute de pair. Je pense déjà que, si on regarde le contexte francophone, on a passé un cap. Depuis les années 2000, le nombre de débat autour de Bookchin a fortement augmenté, tout comme les publications et les gens qui s’y réfèrent. Ce qui a fait décoller cette pensée (en tout cas ici en Europe) est son application concrète au Kurdistan, sans l’ombre d’un doute. Avec peut-être aussi l’accent toujours plus fort mis sur la crise écologique (voire même celle des démocraties représentatives, mais je suis moins sûr de ce que j’avance). En tout cas si on se focalise sur le volet politique du municipalisme libertaire. Autrement dit, il faut un débouché concret, une façon de l’appliquer pour que ça ne reste pas qu’une simple vue de l’esprit. C’est là où la question de la théorie autour de la nature posée par Bookchin touche peut-être plus difficilement le public que son volet politique. La méthode même de discours de Bookchin, pas forcément simple et clair, a pu être un frein également, avec les nombreuses polémiques engendrées.
Si on voulait faire porte le discours, il faudrait peut-être réactualiser certaines choses et faire un tri, notamment autour du discours sur l’écologie, naturalisme dialectique, société d’abondance, etc. (ce que fait en partie le récent livre de Pelletier, mais peut-être pas de la bonne manière, on y reviendra, je n’ai pas fini sa lecture) et le lien avec des théories plus récentes (le choix de faire le lien avec les communs de Pierre Sauvêtre était une bonne approche). Voir aussi pour ouvrir le modèle démocratique et rappeler qu’il est adaptable (Une assemblée ? Une assemblée avec un organe d’organisation/suivi ? plusieurs cercles/commissions qui renvoient à l’assemblée ?), réfléchir à comment l’adapter aux différents contextes : campagnes vs villes, Etats centralisés et forts, Etats plus fragiles, etc. La question de l’économie dans une confédération de commune pourrait être approfondie également. Bref, oui il y a sans doute un travail de structure & vocabulaire à reprendre pour mieux être en phase avec le présent. Et que les gens puissent mieux se l’approprier car ils en verraient le sens.
C’est une bonne question, pas simple d’y répondre. De ce que j’ai pu voir autour de moi, les gens qui s’y intéressent en premier lieu sont déjà des militant.es. Des personnes déjà engagées et informées en quête de discours porteurs pour le monde actuel. En quête d’alternatives politiques principalement. Des libertaires principalement, des écologistes qui veulent dépasser la seule dénonciation des problématiques environnementales, des partisan.nes de la démocratie directe (mais dans une moindre mesure je dirais, peut-être simplement moins nombreux et nombreuses aujourd’hui ?)… On commence rarement son parcours avec l’écologie sociale, on y arrive par d’autres biais (en écrivant ça, je me rends compte que ça contredit mon parcours personnel… mais je pense être dans les exceptions qui confirment la règle).
Comment essaimer & la question des obstacles va sans doute de pair. Je pense déjà que, si on regarde le contexte francophone, on a passé un cap. Depuis les années 2000, le nombre de débat autour de Bookchin a fortement augmenté, tout comme les publications et les gens qui s’y réfèrent. Ce qui a fait décoller cette pensée (en tout cas ici en Europe) est son application concrète au Kurdistan, sans l’ombre d’un doute. Avec peut-être aussi l’accent toujours plus fort mis sur la crise écologique (voire même celle des démocraties représentatives, mais je suis moins sûr de ce que j’avance). En tout cas si on se focalise sur le volet politique du municipalisme libertaire. Autrement dit, il faut un débouché concret, une façon de l’appliquer pour que ça ne reste pas qu’une simple vue de l’esprit. C’est là où la question de la théorie autour de la nature posée par Bookchin touche peut-être plus difficilement le public que son volet politique. La méthode même de discours de Bookchin, pas forcément simple et clair, a pu être un frein également, avec les nombreuses polémiques engendrées.
Si on voulait faire porte le discours, il faudrait peut-être réactualiser certaines choses et faire un tri, notamment autour du discours sur l’écologie, naturalisme dialectique, société d’abondance, etc. (ce que fait en partie le récent livre de Pelletier, mais peut-être pas de la bonne manière, on y reviendra, je n’ai pas fini sa lecture) et le lien avec des théories plus récentes (le choix de faire le lien avec les communs de Pierre Sauvêtre était une bonne approche). Voir aussi pour ouvrir le modèle démocratique et rappeler qu’il est adaptable (Une assemblée ? Une assemblée avec un organe d’organisation/suivi ? plusieurs cercles/commissions qui renvoient à l’assemblée ?), réfléchir à comment l’adapter aux différents contextes : campagnes vs villes, Etats centralisés et forts, Etats plus fragiles, etc. La question de l’économie dans une confédération de commune pourrait être approfondie également. Bref, oui il y a sans doute un travail de structure & vocabulaire à reprendre pour mieux être en phase avec le présent. Et que les gens puissent mieux se l’approprier car ils en verraient le sens.
Cita de TerKo en 6 marzo 2026, 19h32Merci VTG pour ces éléments très éclairants.
Ce que tu dis sur le fait que l’on arrive souvent à l’écologie sociale par d’autres chemins militants me semble en partie vrai. Il est certain que des militant·es libertaires — dont anarcho-syndicalistes — écologistes, zadistes, etc., y viennent par ce biais. Mais peut-être sous-estimons-nous aussi d’autres voies d’accès possibles.
Car j’ai également l’impression que, dans ces milieux militants eux-mêmes, la profondeur conceptuelle qu’implique la juxtaposition de ces deux mots n’est pas toujours perçue d’emblée. Pris séparément, « écologie » et « social » parlent évidemment beaucoup au monde militant, mais nombre de personnes n’ont pas nécessairement connaissance du concept philosophique et politique que recouvre l’Écologie Sociale telle que l’a formulée Bookchin et telle que nous essayons aujourd’hui de la faire vivre, en l’actualisant et en l’enrichissant de nos propres réflexions.
Autrement dit, ces milieux militants — parfois eux-mêmes un peu figés dans des idées ou des pratiques héritées — n’ont pas nécessairement conscience de la portée holistique et profondément révolutionnaire de l’écologie sociale, ni même de ses fondations anthropologiques et radicales. Et lorsqu’ils en prennent conscience, par exemple à l’occasion d’une conférence, d’un débat ou d’un forum, il arrive aussi que cela suscite une forme de recul : la radicalité de ce que cela implique peut apparaître trop déstabilisante ou trop exigeante.
À l’inverse, il n’est pas impossible que des personnes moins engagées dans des cadres militants préexistants y voient plus spontanément une étincelle, une ouverture vers d’autres manières de penser, de vivre et d’organiser la société.
Du coup, je ne suis pas certain que les milieux militants existants soient, in fine, les plus réceptifs à ce que cette pensée implique réellement — sauf peut-être ceux pour qui l’horizontalité, la démocratie directe, la recherche d’un équilibre avec la nature, l’entraide et la solidarité font déjà partie des pratiques quotidiennes. Ceux-là pourraient constituer des « déjà-là » sur lesquels s’appuyer.
Cela m’amène à me poser une autre question : parler trop tôt du communalisme — que nous concevons comme la forme politique la plus appropriée pour tendre vers une société d’écologie sociale, impliquant notamment l’abolition du capitalisme et de l’État au profit d’une démocratie directe au sein de communes libres et confédérées — n’est-ce pas, d’une certaine manière, brûler les étapes ?
Bien sûr, il est important de donner à voir un horizon politique. Mais il me semble aussi nécessaire de susciter d’abord des étincelles, d’ouvrir des imaginaires, en partant de l’écologie sociale elle-même. Pour moi, il s’agit d’un concept — voire d’un véritable nouveau paradigme — qui reste encore très confidentiel et largement méconnu en France comme en Europe.
C’est d’ailleurs l’écologie sociale elle-même qui, en premier lieu, a éveillé ma curiosité et m’a donné envie d’aller plus loin.
Peut-être qu’un recentrage des stratégies et des tactiques autour de l’écologie sociale, au moins dans un premier temps, servirait mieux le projet communaliste que l’invitation à constituer des assemblées populaires « ici et maintenant ». Autrement dit : commencer par tisser des liens et refaire sens commun, comme le propose l’écologie sociale, en prenant le temps de l’expliquer, de la discuter et de donner envie de l’expérimenter collectivement dans la vie quotidienne, partout où cela est possible — en recréant du commun, en développant des formes d’entraide et en gagnant progressivement en autonomie.
Puis, dans un second temps, une fois ces collectifs réellement vivants et opérants, ouvrir une phase politique plus explicitement instituante autour d’un mouvement pour la démocratie directe et le communalisme à plus grande échelle : fédérations de communes, puis confédération de communes libres.
En somme, (re)faire de l’Écologie Sociale le cœur battant et fédérateur du projet communaliste.
Voilà, en quelques mots, où j’en suis actuellement dans ma réflexion.
Merci VTG pour ces éléments très éclairants.
Ce que tu dis sur le fait que l’on arrive souvent à l’écologie sociale par d’autres chemins militants me semble en partie vrai. Il est certain que des militant·es libertaires — dont anarcho-syndicalistes — écologistes, zadistes, etc., y viennent par ce biais. Mais peut-être sous-estimons-nous aussi d’autres voies d’accès possibles.
Car j’ai également l’impression que, dans ces milieux militants eux-mêmes, la profondeur conceptuelle qu’implique la juxtaposition de ces deux mots n’est pas toujours perçue d’emblée. Pris séparément, « écologie » et « social » parlent évidemment beaucoup au monde militant, mais nombre de personnes n’ont pas nécessairement connaissance du concept philosophique et politique que recouvre l’Écologie Sociale telle que l’a formulée Bookchin et telle que nous essayons aujourd’hui de la faire vivre, en l’actualisant et en l’enrichissant de nos propres réflexions.
Autrement dit, ces milieux militants — parfois eux-mêmes un peu figés dans des idées ou des pratiques héritées — n’ont pas nécessairement conscience de la portée holistique et profondément révolutionnaire de l’écologie sociale, ni même de ses fondations anthropologiques et radicales. Et lorsqu’ils en prennent conscience, par exemple à l’occasion d’une conférence, d’un débat ou d’un forum, il arrive aussi que cela suscite une forme de recul : la radicalité de ce que cela implique peut apparaître trop déstabilisante ou trop exigeante.
À l’inverse, il n’est pas impossible que des personnes moins engagées dans des cadres militants préexistants y voient plus spontanément une étincelle, une ouverture vers d’autres manières de penser, de vivre et d’organiser la société.
Du coup, je ne suis pas certain que les milieux militants existants soient, in fine, les plus réceptifs à ce que cette pensée implique réellement — sauf peut-être ceux pour qui l’horizontalité, la démocratie directe, la recherche d’un équilibre avec la nature, l’entraide et la solidarité font déjà partie des pratiques quotidiennes. Ceux-là pourraient constituer des « déjà-là » sur lesquels s’appuyer.
Cela m’amène à me poser une autre question : parler trop tôt du communalisme — que nous concevons comme la forme politique la plus appropriée pour tendre vers une société d’écologie sociale, impliquant notamment l’abolition du capitalisme et de l’État au profit d’une démocratie directe au sein de communes libres et confédérées — n’est-ce pas, d’une certaine manière, brûler les étapes ?
Bien sûr, il est important de donner à voir un horizon politique. Mais il me semble aussi nécessaire de susciter d’abord des étincelles, d’ouvrir des imaginaires, en partant de l’écologie sociale elle-même. Pour moi, il s’agit d’un concept — voire d’un véritable nouveau paradigme — qui reste encore très confidentiel et largement méconnu en France comme en Europe.
C’est d’ailleurs l’écologie sociale elle-même qui, en premier lieu, a éveillé ma curiosité et m’a donné envie d’aller plus loin.
Peut-être qu’un recentrage des stratégies et des tactiques autour de l’écologie sociale, au moins dans un premier temps, servirait mieux le projet communaliste que l’invitation à constituer des assemblées populaires « ici et maintenant ». Autrement dit : commencer par tisser des liens et refaire sens commun, comme le propose l’écologie sociale, en prenant le temps de l’expliquer, de la discuter et de donner envie de l’expérimenter collectivement dans la vie quotidienne, partout où cela est possible — en recréant du commun, en développant des formes d’entraide et en gagnant progressivement en autonomie.
Puis, dans un second temps, une fois ces collectifs réellement vivants et opérants, ouvrir une phase politique plus explicitement instituante autour d’un mouvement pour la démocratie directe et le communalisme à plus grande échelle : fédérations de communes, puis confédération de communes libres.
En somme, (re)faire de l’Écologie Sociale le cœur battant et fédérateur du projet communaliste.
Voilà, en quelques mots, où j’en suis actuellement dans ma réflexion.
El agora pretende ser un espacio de intercambio, reflexión e investigación para todos aquellos que aspiran a transformar nuestra sociedad hacia estilos de vida más respetuosos con el medio ambiente, más justos y arraigados en la democracia directa y la solidaridad local. Inspirado en las ideas de Murray Bookchin y el pensamiento comunalista, este foro es un lugar donde las voces de individuos y comunidades pueden unirse para construir un futuro basado en la descentralización, la autogestión colectiva y el respeto por las personas y nuestros ecosistemas.
En él abordamos una serie de temas relacionados con la ecología social: la defensa de los bienes comunes, las iniciativas locales de gestión colectiva, la resistencia a las infraestructuras no deseadas, las prácticas sostenibles y la creación de asambleas populares. Queremos fomentar debates constructivos y respetuosos que permitan a todos compartir sus ideas, experiencias y conocimientos, para fortalecer nuestras acciones y enriquecer nuestro pensamiento colectivo.
Tanto si eres activista, investigador, estudiante o simplemente sientes curiosidad por estos temas, aquí encontrarás una comunidad acogedora y comprometida. Este foro es ante todo una herramienta para nuestras luchas y alternativas comunes, un lugar donde plantear preguntas, compartir recursos y desarrollar estrategias concretas para avanzar juntos, creando un movimiento emancipador hacia un modelo de sociedad basado en la democracia directa, la ayuda mutua, la solidaridad y el respeto por la naturaleza.
No dudes en inscribirte, participar en los debates o incluso lanzar tus propios temas. Construyamos juntos un espacio de diálogo e inspiración para imaginar soluciones arraigadas en el respeto por los seres vivos y el poder de las comunidades locales en tensión permanente, ¡pero sobre todo al margen de las estructuras estatales y capitalistas!