Agir et penser - Penser et agir.
Citation de Steka le 8 novembre 2025, 15h39Apporter quelques éclaircissements au très ancien conflit consistant à envisager comme antinomiques la pensée, la théorie, et l’action – l’agir direct dans le cadre du monde qui nous entoure dans l’espoir de pouvoir le changer. L’urgence contemporaine appelle à mettre un terme à cette vieille séparation qui dans ses fondements fait justement partie des problèmes qu’il nous faut résoudre et dépasser si nous voulons ouvrir d’autres horizons. Il n’y a pas dans la réalité présente, et telle qu’elle prétend s’imposer, de solutions toutes faites à ce problème qui exige pour envisager son dépassement de se poser déjà dans un au-delà des conditions existantes, dans un au-delà de la société capitaliste. Autrement dit, aucune idée ne peut mener en elle-même au dépassement des conditions existantes mais seulement au-delà des idées existantes sur ce qui est là dans l’époque présente. Cette démarche réflexive, qui se veut donc aussi être un moment de l’agir, cette praxis, ne peut donc que demeurer ouverte en se gardant de tout enfermement idéologique. Dire ce qui ne fonctionne pas, ce qui s’avère erroné, est souvent très mal perçu subjectivement alors que c’est pourtant en cette négativité exprimée que se dessine la possibilité du dépassement d’une positivité maintenant périmée, qui s’est retournée contre elle-même et qui a donc cessé d’être agissante. Appel donc à débattre sur cette question.
Apporter quelques éclaircissements au très ancien conflit consistant à envisager comme antinomiques la pensée, la théorie, et l’action – l’agir direct dans le cadre du monde qui nous entoure dans l’espoir de pouvoir le changer. L’urgence contemporaine appelle à mettre un terme à cette vieille séparation qui dans ses fondements fait justement partie des problèmes qu’il nous faut résoudre et dépasser si nous voulons ouvrir d’autres horizons. Il n’y a pas dans la réalité présente, et telle qu’elle prétend s’imposer, de solutions toutes faites à ce problème qui exige pour envisager son dépassement de se poser déjà dans un au-delà des conditions existantes, dans un au-delà de la société capitaliste. Autrement dit, aucune idée ne peut mener en elle-même au dépassement des conditions existantes mais seulement au-delà des idées existantes sur ce qui est là dans l’époque présente. Cette démarche réflexive, qui se veut donc aussi être un moment de l’agir, cette praxis, ne peut donc que demeurer ouverte en se gardant de tout enfermement idéologique. Dire ce qui ne fonctionne pas, ce qui s’avère erroné, est souvent très mal perçu subjectivement alors que c’est pourtant en cette négativité exprimée que se dessine la possibilité du dépassement d’une positivité maintenant périmée, qui s’est retournée contre elle-même et qui a donc cessé d’être agissante. Appel donc à débattre sur cette question.
Citation de TerKo le 8 novembre 2025, 20h25Merci Steka, pour l'ouverture de ce sujet très important dans le sens ou nous y sommes fréquemment confrontés dans les divers collectifs, que nous côtoyons, qui parfois semblent privilégier l'un ou l'autre, voire même d'en exclure purement et simplement le Penser (sous prétexte que la théorie et l'analyse historique ne serait pas assez concrète).
A première vue, par simple intuition, j'ai comme l'impression qu'il ne faudrait pas opposer Agir et penser à Penser et agir mais d'en favoriser une sorte d'hybridation simultanée et permanente.
Enfin je vais y réfléchir et tenter d'apporter une contribution ici même dans quelques temps.
Merci Steka, pour l'ouverture de ce sujet très important dans le sens ou nous y sommes fréquemment confrontés dans les divers collectifs, que nous côtoyons, qui parfois semblent privilégier l'un ou l'autre, voire même d'en exclure purement et simplement le Penser (sous prétexte que la théorie et l'analyse historique ne serait pas assez concrète).
A première vue, par simple intuition, j'ai comme l'impression qu'il ne faudrait pas opposer Agir et penser à Penser et agir mais d'en favoriser une sorte d'hybridation simultanée et permanente.
Enfin je vais y réfléchir et tenter d'apporter une contribution ici même dans quelques temps.
Citation de VTG le 13 novembre 2025, 9h09Oui, merci Steka. C'est un grand sujet de débat, et peut-être qui a souvent donné lieu à de mauvais débats finalement. Mon sentiment est qu'une vision dualiste est forcément mal partie, par essence. L'action se nourrit forcément de pensée et la pensée doit être en lien avec l'action. On sera sans doute toutes et tous d'accord là-dessus.
L'argument, et c'est ce qui m'a motivé dans l'écriture de L'imaginaire au pouvoir, c'est que l'action a besoin d'une représentation préalable. On pèche aujourd'hui par une incapacité à s'imaginer vivre hors du modèle capitaliste/économie de marché, devenu seul horizon palpable. Je pense qu'on ne peut pas imaginer changer le monde sans avoir une piste ou une intuition de ce vers quoi on voudrait voir émerger à la place. D'où le besoin de retrouver des utopies, des projets, des idéologies même si on veut bien. On est plus forts, en terme de potentiel mobilisateur, si en plus de nos oppositions on a aussi une alternative à proposer à la place. Sinon d'autres décideront pour nous le chemin à suivre et beaucoup suivront. Par défaut.
Le risque reste malgré tout de faire émerger des modèles à suivre coûte que coûte, figés ou coupés de la réalité, alors qu'il faudrait que ces utopies/aspirations soient souples, changeantes, adaptables, sachant qu'elles ne se réaliseront pas comme on les a pensées. Une utopie pragmatique où la justesse de la pensée importe moins que ses valeurs et son potentiel rassembleur je dirais.
...et sinon peut-être aussi qu'il y a différents moments pour penser et/ou agir, et qu'on se réfugie facilement dans la pensée quand agir est devenu trop compliqué. Une façon d'ouvrir des brèches dans les imaginaires pour les voir ensuite faire le poids sur le terrain.
Oui, merci Steka. C'est un grand sujet de débat, et peut-être qui a souvent donné lieu à de mauvais débats finalement. Mon sentiment est qu'une vision dualiste est forcément mal partie, par essence. L'action se nourrit forcément de pensée et la pensée doit être en lien avec l'action. On sera sans doute toutes et tous d'accord là-dessus.
L'argument, et c'est ce qui m'a motivé dans l'écriture de L'imaginaire au pouvoir, c'est que l'action a besoin d'une représentation préalable. On pèche aujourd'hui par une incapacité à s'imaginer vivre hors du modèle capitaliste/économie de marché, devenu seul horizon palpable. Je pense qu'on ne peut pas imaginer changer le monde sans avoir une piste ou une intuition de ce vers quoi on voudrait voir émerger à la place. D'où le besoin de retrouver des utopies, des projets, des idéologies même si on veut bien. On est plus forts, en terme de potentiel mobilisateur, si en plus de nos oppositions on a aussi une alternative à proposer à la place. Sinon d'autres décideront pour nous le chemin à suivre et beaucoup suivront. Par défaut.
Le risque reste malgré tout de faire émerger des modèles à suivre coûte que coûte, figés ou coupés de la réalité, alors qu'il faudrait que ces utopies/aspirations soient souples, changeantes, adaptables, sachant qu'elles ne se réaliseront pas comme on les a pensées. Une utopie pragmatique où la justesse de la pensée importe moins que ses valeurs et son potentiel rassembleur je dirais.
...et sinon peut-être aussi qu'il y a différents moments pour penser et/ou agir, et qu'on se réfugie facilement dans la pensée quand agir est devenu trop compliqué. Une façon d'ouvrir des brèches dans les imaginaires pour les voir ensuite faire le poids sur le terrain.
Citation de TerKo le 24 janvier 2026, 23h29Je me permets d’apporter un élément de réflexion à partir de la lecture récente de La Grande Fédération de Pierre Bance, qui me semble éclairer très directement ce débat — sans chercher à le clore.
Ce que montre Bance, c’est que le problème n’est pas tant d’opposer agir et penser (opposition stérile, on en conviendra toutes et tous), que de comprendre pourquoi leur dissociation conduit presque systématiquement à l’échec des dynamiques émancipatrices.
D’un côté, l’agir sans pensée institutionnelle mène souvent à l’épuisement, à la récupération ou à la répression. De l’autre, la pensée sans ancrage pratique se fige, se marginalise ou devient une posture critique sans prise réelle. Bance ne hiérarchise pas ces deux dérives : il les analyse comme les deux faces d’un même problème.
Sa proposition est alors très claire et somme toute similaire à la nôtre : ce qui manque le plus souvent, ce n’est ni la volonté d’agir ni la capacité de penser, mais une praxis politique instituante, c’est-à-dire une articulation vivante entre réflexion, expérimentation, auto-organisation et mise à l’épreuve collective dans la durée.
Cela rejoint fortement ce qui a été dit plus haut sur la nécessité d’un imaginaire, d’une représentation préalable, d’une utopie pragmatique. Mais Bance pousse, à mon sens, la réflexion plus loin : il montre que les surgissements (révoltes, bascules, brèches imprévues) existent toujours — et surgiront encore — mais qu’ils ne peuvent trouver appui, s’amplifier et durer que si un travail de fond a déjà été mené en amont : formes d’autonomie, démocratie directe, autogestion, fédération, contrat social, droits et libertés explicitement pensés… et surtout déjà partiellement expérimentés par le mouvement porteur de cette émancipation. Dans son analyse, le mouvement pour la démocratie directe pourrait précisément jouer ce rôle, du fait de son fort potentiel fédérateur, lié autant à son ouverture qu’à l’intitulé même qu’il porte — un intitulé immédiatement lisible et parlant pour beaucoup de personnes, bien davantage que des notions comme l’écologie sociale ou le communalisme, qui supposent le plus souvent une explicitation, voire une formation préalable, et un certain niveau de familiarité ou de conscience politique.
Ces clarifications et formations resteront évidemment nécessaires et indispensables, mais elles peuvent intervenir dans un second temps, lorsque le mouvement aura déjà gagné en ampleur, en forces et en moyens, et sans constituer un prérequis pour entrer, participer et faire mouvement. C’est là, me semble-t-il, un choix stratégique assumé chez Bance : fédérer d’abord largement autour d’un horizon compréhensible, pour ensuite approfondir collectivement les contenus, les pratiques et les cadres émancipateurs.
Autrement dit, penser n’est pas ici un préalable abstrait à l’action, ni l’action une simple mise en œuvre de la pensée : les deux sont déjà imbriqués dans une praxis réflexive, locale et fédérale, qui se corrige, se transforme et s’institue en marchant.
De ce point de vue, La Grande Fédération apporte, me semble-t-il, des outils très concrets pour dépasser la vieille alternative penser ou agir, et pour poser une question plus exigeante : comment préparer dès maintenant les formes politiques capables de soutenir les surgissements à venir, plutôt que de les voir retomber ou se faire récupérer ?
Il y a là, à mon sens, une matière très féconde pour prolonger ce débat, y compris en interne à l’Atelier — peut-être dans notre rubrique Stratégie, ou pourquoi pas à travers un Manifeste communaliste ? héhéhé 😉
Je me permets d’apporter un élément de réflexion à partir de la lecture récente de La Grande Fédération de Pierre Bance, qui me semble éclairer très directement ce débat — sans chercher à le clore.
Ce que montre Bance, c’est que le problème n’est pas tant d’opposer agir et penser (opposition stérile, on en conviendra toutes et tous), que de comprendre pourquoi leur dissociation conduit presque systématiquement à l’échec des dynamiques émancipatrices.
D’un côté, l’agir sans pensée institutionnelle mène souvent à l’épuisement, à la récupération ou à la répression. De l’autre, la pensée sans ancrage pratique se fige, se marginalise ou devient une posture critique sans prise réelle. Bance ne hiérarchise pas ces deux dérives : il les analyse comme les deux faces d’un même problème.
Sa proposition est alors très claire et somme toute similaire à la nôtre : ce qui manque le plus souvent, ce n’est ni la volonté d’agir ni la capacité de penser, mais une praxis politique instituante, c’est-à-dire une articulation vivante entre réflexion, expérimentation, auto-organisation et mise à l’épreuve collective dans la durée.
Cela rejoint fortement ce qui a été dit plus haut sur la nécessité d’un imaginaire, d’une représentation préalable, d’une utopie pragmatique. Mais Bance pousse, à mon sens, la réflexion plus loin : il montre que les surgissements (révoltes, bascules, brèches imprévues) existent toujours — et surgiront encore — mais qu’ils ne peuvent trouver appui, s’amplifier et durer que si un travail de fond a déjà été mené en amont : formes d’autonomie, démocratie directe, autogestion, fédération, contrat social, droits et libertés explicitement pensés… et surtout déjà partiellement expérimentés par le mouvement porteur de cette émancipation. Dans son analyse, le mouvement pour la démocratie directe pourrait précisément jouer ce rôle, du fait de son fort potentiel fédérateur, lié autant à son ouverture qu’à l’intitulé même qu’il porte — un intitulé immédiatement lisible et parlant pour beaucoup de personnes, bien davantage que des notions comme l’écologie sociale ou le communalisme, qui supposent le plus souvent une explicitation, voire une formation préalable, et un certain niveau de familiarité ou de conscience politique.
Ces clarifications et formations resteront évidemment nécessaires et indispensables, mais elles peuvent intervenir dans un second temps, lorsque le mouvement aura déjà gagné en ampleur, en forces et en moyens, et sans constituer un prérequis pour entrer, participer et faire mouvement. C’est là, me semble-t-il, un choix stratégique assumé chez Bance : fédérer d’abord largement autour d’un horizon compréhensible, pour ensuite approfondir collectivement les contenus, les pratiques et les cadres émancipateurs.
Autrement dit, penser n’est pas ici un préalable abstrait à l’action, ni l’action une simple mise en œuvre de la pensée : les deux sont déjà imbriqués dans une praxis réflexive, locale et fédérale, qui se corrige, se transforme et s’institue en marchant.
De ce point de vue, La Grande Fédération apporte, me semble-t-il, des outils très concrets pour dépasser la vieille alternative penser ou agir, et pour poser une question plus exigeante : comment préparer dès maintenant les formes politiques capables de soutenir les surgissements à venir, plutôt que de les voir retomber ou se faire récupérer ?
Il y a là, à mon sens, une matière très féconde pour prolonger ce débat, y compris en interne à l’Atelier — peut-être dans notre rubrique Stratégie, ou pourquoi pas à travers un Manifeste communaliste ? héhéhé 😉
L’agora se veut être un espace d’échanges, de réflexion et de recherche pour toutes celles et ceux qui aspirent à transformer notre société vers des modes de vie plus respectueux de l’environnement, plus justes, et ancrés dans la démocratie directe et la solidarité locale. Inspiré des idées de Murray Bookchin et de la pensée communaliste, ce forum est un lieu où les voix des individus et des communautés peuvent se rassembler pour construire ensemble un avenir fondé sur la décentralisation, l’autogestion collective dans le respect humain et de nos écosystèmes.
Ici, nous abordons une diversité de sujets qui touchent aux enjeux de l’écologie sociale : défense des biens communs, initiatives locales de gestion collective, résistance aux infrastructures non désirées, pratiques durables, ou encore la création d’assemblées populaires. Nous souhaitons encourager des discussions constructives et respectueuses qui permettent à chacun et chacune de partager ses idées, ses expériences et ses connaissances pour renforcer nos actions et enrichir nos réflexions collectives.
Que vous soyez activiste, chercheur, étudiant ou simplement curieux de ces thématiques, vous trouverez ici une communauté accueillante et engagée. Ce forum est avant tout un outil au service de nos luttes et alternatives communes, un espace pour poser des questions, partager des ressources, et développer des stratégies concrètes pour avancer ensemble en créant un mouvement émancipateur vers un modèle de société fondé sur la démocratie directe, l’entraide, la solidarité et le respect de la nature.
N’hésitez pas à vous inscrire, à participer aux discussions ou même à lancer vos propres sujets. Ensemble, construisons un espace de dialogue et d’inspiration pour imaginer des solutions ancrées dans le respect du vivant et le pouvoir des communautés locales en tension permanente, mais surtout hors des structures étatiques et capitalistes !