Préface de l’Atelier à la publication du texte de l’AAdTP
« Construire l’autonomie sur les territoires et la planète – Faire pays dans le pays »
Nous avons choisi de publier ce texte de l’AAdTP – Actrices et Acteurs des Temps Présents – car il apporte une contribution précieuse aux luttes en cours : celle de donner corps à l’autonomie des territoires, de lier solidarités sociales et écologiques, et de renforcer concrètement les moyens de durer dans les temps de crise.
Ce texte propose une boîte à outils pragmatique et stimulante : cantines, greniers, foncières, caisses, réseaux de savoirs, dispositifs de protection… autant d’expériences qui peuvent armer nos luttes et nourrir des solidarités réelles. Il ouvre aussi des perspectives d’internationalisme, par sa traduction multilingue et ses liens tissés entre Sud et Nord.
Nous reconnaissons dans ce travail des convergences fortes avec l’écologie sociale communaliste :
- l’ancrage local et démocratique des initiatives,
- le dualisme de pouvoir face à l’État, quoique formulé de manière encore incomplète et parfois ambiguë (voir § divergences et faiblesses),
- la construction de solidarités matérielles,
- la nécessité de protéger celles et ceux qui s’organisent,
- l’appel à l’internationalisme.
Mais nous voulons aussi signaler certaines limites qui, pour nous, demeurent décisives. Le texte met en avant des outils, mais n’institue pas encore pleinement le cœur battant du projet communaliste : des assemblées populaires souveraines, des mandats impératifs et révocables, une confédération de communes libres capable de dépasser la seule logique de réseau.
À cet égard, plusieurs divergences et faiblesses méritent d’être relevées :
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une remise en cause incomplète de l’État : certains passages semblent laisser entendre que des alliances avec des institutions publiques existantes sont envisageables ou encore qu’il suffirait de transposer des outils sociaux vers des institutions publiques rénovées ou autonomes, risquant ainsi de restaurer une « autorité publique » au lieu de construire un pouvoir populaire radicalement distinct ;
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une gouvernance fragile : la mise en avant de commissions de gestion, de tirages au sort non cadrés et de droits de veto accordés aux initiateurs ouvre la porte à des dérives oligarchiques ;
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une absence de confédération claire : l’échelle inter-territoriale est pensée en termes de réseaux, sans véritable institution fédérale et confédérale articulée par des mandats impératifs et une charte commune ;
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une ambiguïté du rapport aux institutions : l’ouverture aux alliances avec des structures publiques ou des ONG directement ou indirectement financées par des lobbies ou fondations privées, sans évaluation claire des risques, peut encourager une reproduction de logiques réformistes ou intégratives ;
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une insuffisance dans la conception de l’économie : la question économique est reléguée au second plan et réduite à un outillage (comme la caisse communaliste), alors qu’il s’agit d’édifier une économie morale et communale, subordonnée au politique et guidée par des principes éthiques de solidarité, de partage et de refus de la marchandisation illimitée.
C’est pourquoi nous publions le lien vers ce texte accompagné d’un cadrage communaliste. Nous le faisons non pour corriger mais pour dialoguer : pour enrichir la boîte à outils de la boussole démocratique, et rappeler que seule une approche holistique – politique, sociale, écologique, culturelle et éthique – peut donner forme durable à nos espoirs d’émancipation. Car si ce texte nous semble fécond dans ses propositions tactiques, il lui manque encore une analyse radicale du capitalisme dans ses catégories essentielles et sa totalité sociale, condition nécessaire pour dépasser véritablement ce système. La lutte et les expérimentations autogestionnaires, si importantes soient-elles, ne suffisent pas à elles seules : elles doivent s’inscrire dans une stratégie claire de sortie du capitalisme.
En ce sens, nous considérons ce texte comme une étape et un levier : il nous appartient collectivement de l’inscrire dans une stratégie fédérale et confédérale, afin de bâtir un véritable pouvoir populaire, contre et hors des institutions étatiques et capitalistes, et capable d’ouvrir la voie à une société libre, écologique et solidaire. Un tel chemin suppose aussi un dialogue incessant entre tendances pour déjouer les replis identitaires, et pour fonder ensemble des institutions locales et communales pérennes, en tension avec l’État, servant à la fois de lieux d’apprentissage de la démocratie directe, de l’entraide et de la réponse immédiate à nos besoins essentiels. C’est dans ce double mouvement – enrichir nos luttes d’outils pratiques et affirmer une perspective stratégique anticapitaliste – que nous pouvons avancer ensemble.
Lien vers le texte de l’AAdTP : Construire l’autonomie sur les territoires et la planète
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