L’incendie du Diois, et tous les autres, ne sont pas des métaphores. C’est notre présent, et le désastre continuera de s’étendre tant que la mégamachine — ses data centers, son béton, ses flux de minerais et de capital — dictera le rythme du monde. Ce poème de David Myriam dit cette réalité sans détour, et nous le relayons, ici avec son accord, pour cela : parce que nommer l’incendie, et ce qu’il recouvre, est la condition pour ne pas s’y perdre dans la sidération.
Car ce que nous vivons n’est pas une catastrophe qui nous tombe dessus par accident. C’est une guerre contre le vivant, menée méthodiquement, et dont la politique de la terre brûlée des institutions capitalistes et étatiques est l’arme délibérée : épuiser, exproprier, incendier plutôt que céder un pouce de contrôle et d’exploitation. Face à cela, il n’y a pas de position de surplomb ni de refuge tempéré. Il ne nous reste qu’un choix : l’auto-institution par en-bas, ici et maintenant, comme condition de survie — non pas seulement biologique, mais aussi de ce qui nous reste de dignité humaine.
Retourner le feu, c’est refuser que la mégamachine, impunie, poursuive sa course effrénée, désormais auto-alimentée, vers une fin du monde qu’elle a elle-même programmée et dont elle est la seule responsable. C’est construire, dès les décombres, sur les ruines présentes et à venir, les formes germinales d’un pouvoir populaire dual, confédéré, fondé sur la démocratie directe — seul horizon capable de nous arracher à la terre brûlée qu’on nous prépare.
Comme nous le rappelle avec justesse Pierre Bance dans La Grande Fédération : « Un autre futur est possible, mais ça se prépare. »
Retour de flammes
Poésie d’été caniculaire
jeudi 16 juillet 2026, par .
Ici des cigales qui pulsent
De l’eau émeraude qui chante
De beaux rochers polis
Et des touristes presque bronzésIci des pins parasols
De la peau blanche qui cuit
Des selfis carte postale
Et du ciel bleu entre les falaisesMais déjà quelques brumes cuivrées
Ici la course de l’eau fraîche
Les jacuzzis à remous
Les enfants qui sautent et rient
Et les bières sont à pointMais déjà une petite odeur âcre
Ici on essaie d’oublier
On fait comme si
Comme si tout allait bien
Comme si ça pouvait durerIci pourtant des rivières à sec
Et des oiseaux qui tombent
Sur des lits de galets
Transformés en tombesMais déjà le vent se lève
Mais de l’autre côté l’incendie
Les cendres qui volent
Partout les fumées des forêts
Des montagnes qui brûlent
Des animaux qui crient
Des flammes lèchent les vitrines
Des voitures fuient
Des villages évacués
Des braises dans les rafales
Et le smog qui s’infiltre
Jusqu’au fond des vallées
Jusque dans nos chambres
A l’intérieur de nos corps
Le feu
Pas d’échappatoire à l’incendie
Les flammes impriment les rétines
Les chairs recuites par les canicules
Même si l’esprit regarde ailleurs
Les corps retiennent tout
L’incendie partout
La nouvelle réalité du monde Machine
L’incendie
Des cendres sur la peau
Des cendres dans la gorge
La réalité brûleLà-bas des fleuves d’Argent
Et des mégatonnes de minerais
Pour attiser l’incendie
Et ruiner les paysansIci des bras
Quelques avions
Des bulls et des camions
Pour ralentir d’immenses tornades de feuL’incendie vient de loin
De partout
Des cheminées des usines des machines
Des entrepôts des camions du béton
Des paquebots des routes des soutes
Des robots des voitures des ordures
Des grandes surfaces des pesticides
Des data centers du pétrole du charbon
Il dévale des marées glacées
Du calcul égoïste
Des salons feutrés
Où les décideurs assassinentExplosions de crises de larmes
D’étouffés cris de l’âme
Sidérer
Plutôt aiguiser nos fines lames
Pour terminer le bruit des armes
Désarmer
Le carburant jeté sur les flammesIl n’y a plus d’autre côté
Plus de recoins tendres où fuir
Plus de vallées où se reposer
Mais il reste la solidarité
Il reste la rage et la révolte
Il reste à faire face
A retourner le feu
Pour ensemble fomenter
La fin de ce monde gris métal et brûlant
Pour que vivent nos mondes
Incandescents
Sur les ruines de la mégamachine
Pour que vive.
David Myriam, juillet 2026
P.-S.
Poème inspiré de l’énorme incendie dans le Diois de juillet 2026 et d’autres incendies en France
Sources :
Image : https://art-engage.net/spip.php?page=recherche&recherche=Retour+de+flammes
