Le 27 septembre, l’Écologie Sociale dans le Tarn à la Fête de la ferme de Manelphe

Et maintenant, place à la fête à la ferme de Manelphe, dans le Tarn.

Une fête, non pas pour s’évader ou fuir, comme il est de coutume de nos jours, mais pour célébrer la joie du monde paysan et aussi la réflexion collective, comme étant l’une des plus belles qualités humaines. Les deux activités, au lieu de s’opposer, peuvent alors se stimuler mutuellement par la joie et la complicité dans la pensée.

Nous tenons à remercier Meriem, qui nous a aimablement invités en demandant à Floréal de présenter l’écologie sociale et de participer aux débats autour d’une table ronde. Remerciements également adressés à toute l’équipe organisatrice, partie prenante de l’AMAP du Tarn.

Vous êtes toutes et tous invités à cette journée unique en son genre. Pour vous en persuader par vous-mêmes, il est conseillé de jeter un œil sur le programme, sans oublier de vous inscrire au cas où votre décision serait prise.

De l’agriculture, nous passerons à l’écologie, ce qui, à première vue, semble une évidence puisque l’activité paysanne a toujours été celle de prendre soin de notre terre, notre Terre mère. Mais l’agriculture n’est plus la paysannerie d’antan… Il ne s’agit plus de prendre soin directement de la communauté, là où l’on habite, de pourvoir à son alimentation via le soin des sols et des plantes nourricières ou médicinales.

Désormais, seule compte la production pour on ne sait qui…, entraînés que nous sommes dans une concurrence et un productivisme aveugles. L’industrialisation et la réglementation croissante de l’agriculture biologique transforment ce qui était un mouvement militant en un marché de masse standardisé. Si cette évolution permet de « démocratiser le bio » — surtout l’industriel —, elle impose également de lourdes charges administratives, financières et techniques aux agriculteurs, tout en sanctionnant indirectement les petites structures.

Voilà comment est présenté l’abordage d’une autre écologie, la sociale, sur le site de la ferme de Manelphe :

« L’écologie est souvent perçue dans les campagnes comme une contrainte coûteuse pour les agriculteurs, à cause des normes aussi injustes qu’inutiles et de la concurrence des prix de l’agriculture biologique industrielle. Ce qui ne favorise en rien les consommateurs. Le texte propose une autre vision de l’écologie : une écologie sociale, fondée sur la solidarité, l’autonomie, la relocalisation de l’économie et la démocratie locale. Préalables sociaux essentiels pour défendre et prendre soin de notre milieu naturel, le vivifier et le diversifier. Il invite ainsi à réfléchir à une question : l’écologie peut-elle devenir un moyen d’émancipation pour les territoires ruraux plutôt qu’une contrainte ? »

Pour l’instant, plus de questions que de réponses toutes faites. Mais n’est-ce pas là le principe premier qui nous mène vers la connaissance ? Non pas celle à engranger dans l’univers académique ou à vanter à titre personnel pour paraître, mais celle qui nous aidera à enrichir les dialogues. Dialogues comme mise en commun, en face à face, où intervient la sensibilité, contrairement aux écrans, petits ou grands. Ces systèmes limitants où « je reçois votre avis » et « vous recevez le mien ».

Nous avons cependant, en ce moment plus que jamais, l’immense nécessité de développer une intelligence collective capable de nous sortir de l’impasse actuelle et de nous guider vers une société émancipée.

Encore faut-il que l’on se pose les bonnes questions, celles résultant non pas d’une simple curiosité, mais celles issues d’un choc moral face à une situation intolérable. Ainsi, au lieu de normaliser ce qui est établi, si une situation est « inadmissible », elle ne doit pas être expliquée pour être acceptée — voire assimilée à la « résilience climatique ».

Se dire « Comment cela est-il possible ? » face à cet intolérable permet de remonter aux racines profondes d’un problème plutôt que d’en traiter les symptômes. C’est en cela que l’écologie est une écologie radicale, ce qui est bien loin de cette distorsion conceptuelle mainstream selon laquelle la radicalité serait l’équivalent de l’extrémisme.

La difficulté réside dans le fait que l’on se pose de moins en moins cette question fondamentale, par manque d’indignation face à une situation donnée. L’autre difficulté réside dans l’habituation — l’accoutumance. À force de voir les records tomber et les catastrophes se répéter, le risque est de considérer l’extrême comme une normalité.

Une situation comparable à cette fable urbaine de la « grenouille dans l’eau bouillante », selon laquelle, si l’on plonge une grenouille dans l’eau chaude, elle s’échappe. Si on la met dans de l’eau tiède que l’on chauffe lentement, elle s’habitue et finit par cuire sans bouger.

Ainsi, si les personnes et les sociétés s’adaptent progressivement à des conditions toujours plus dangereuses, elles finissent par ne plus percevoir l’ampleur du désastre.

Autre difficulté majeure, et des plus étouffantes pour développer une conscience collective : celle qui émane des médias et des divertissements à la « mesure de chacun », dispensés via les algorithmes et autres réseaux sociaux, qui anesthésient l’esprit critique, formatent les consciences et dont l’avalanche permanente inhibe l’action — idéologie invisible créant un consensus et une soumission inconsciente au système.

Mais, au-delà du constat, l’écologie sociale ne se réduit pas à l’analyse. Face à la dystopie d’un futurisme annoncé, comme présent prolongé dans le futur — par exemple : la résilience climatique —, partant d’un constat sans appel de « ce qui est », elle propose un projet de « ce qui pourrait être », un horizon, une utopie.

Une utopie que nous appelons communalisme, comme exercice du pouvoir collectif : celui de décider ensemble de la manière de combler nos besoins hors des rapports sociaux capitalistes et en harmonie avec notre milieu naturel.

À quoi sert l’utopie, au fait ? Elle sert à avancer. Nous avançons d’un pas, elle recule d’un pas… Eduardo Galeano.

Voici, à titre d’éclairage, les couleurs de cette utopie que proposait déjà, en 1978, Murray Bookchin, le pionnier de l’écologie sociale et du communalisme :

« En définitive, cela signifie que nous devons commencer à développer des communautés écologiques. Non pas une simple société écologique, mais de véritables communautés écologiques, composées de petits groupes, de beaux espaces urbains suffisamment espacés pour être accessibles à pied, sans avoir à parcourir des centaines de kilomètres en voiture. Cela signifie que nous devons remettre les terres en culture et les réutiliser pour créer des potagers biologiques, et apprendre à développer une nouvelle agriculture où chacun participera à la production de légumes et de fruits. »

Pari certes difficile, mais comme avertissait Bookchin à la même date :

« Si nous ne parvenons pas à l’impossible, nous allons nous retrouver face à l’impensable. »

Partant de « ce qui est », les AMAP n’ont-elles pas en germe toutes les potentialités de « ce qui pourrait être » ?

Certes, nous avons encore bien du chemin à parcourir et les AMAP seules ne suffiront pas, mais le chemin se fait en marchant ensemble, comme nous le rappellent les zapatistes.

Et puis…

« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace réside notre pouvoir de choisir notre réponse. »
Viktor Frankl

« Aimer, c’est risquer le rejet. Vivre, c’est risquer de mourir. Espérer, c’est risquer le désespoir. Essayer, c’est risquer l’échec. Risquer est une nécessité. Seul celui qui ose risquer est vraiment libre. »
Paulo Coelho

Cette initiative de fête, de réflexion et de dialogue est une première, mais elle devrait se multiplier partout, où que vous soyez.

En effet, si nous pensons que l’AMAP constitue bel et bien un germe de « ce qui devrait être », il n’en demeure pas moins qu’un projet de l’envergure de l’écologie sociale, riche en éléments positifs et rationnels, est à même de réenchanter le monde.

Et, du coup, de favoriser la reconnexion humaine au sein des AMAP et, au-delà, entre les sociétés humaines elles-mêmes et entre ces dernières et la nature première.

Si vous voulez en savoir plus, en attendant de nous rencontrer en personne à ce sujet, à l’occasion de cette belle rencontre et de celles à venir, je vous propose trois sites en étroite relation avec ce dont nous allons débattre :

Floréal M. Romero.

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