L’Agora

Ici, on échange librement pour comprendre, questionner et faire vivre ensemble l’Écologie Sociale.


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L’Agora est un espace d’échanges, de réflexion et de recherche inspiré de l’écologie sociale et du communalisme. Son ambition est de rassembler celles et ceux qui souhaitent contribuer à l’émergence de sociétés plus justes, plus écologiques et fondées sur la démocratie directe, l’entraide et l’autonomie collective.

Les deux espaces publics — l’un francophone, l’autre anglophone (partagé avec le Transnational Institute of Social Ecology – TRISE) — ont vocation à favoriser le partage d’expériences, de ressources et de réflexions autour des enjeux écologiques, sociaux et politiques de notre temps.

Que vous soyez militant·e, chercheur·se, étudiant·e ou simplement curieux·se de ces questions, n’hésitez pas à participer aux discussions ou à lancer vos propres sujets. Ensemble, faisons vivre un espace de dialogue et d’apprentissage mutuel pour imaginer et construire des alternatives capables de s’affirmer hors des structures étatiques et capitalistes.

Penser l'époque présente

Citation

Un extrait particulièrement significatif, pour expliquer le temps présent, d'un entretien avec Jacques Rancière :

"Quand on parle de vie fasciste et d’affect révolutionnaire, il faut avoir en tête le caractère composite des affects politiques, faits souvent d’éléments contradictoires et instables. 

La première question est de savoir ce qu’est un affect révolutionnaire. Historiquement, cela toujours été un complexe de passions négatives et de passions positives : de colère et de rage contre l’ordre oppressif et d’acharnement tendu vers sa destruction ; mais aussi de confiance dans la capacité des égaux de construire un autre monde et d’imagination pour en établir ici et maintenant des formes d’anticipation.

 Cette présence du futur dans le présent et cette confiance ont été essentielles pour nourrir des formes de joie révolutionnaire que la haine de l’oppresseur ne peut engendrer. 

C’est elle qui a été atteinte par la contre-révolution à l’œuvre dans nos pays depuis la fin des années 1970. L’offensive du capitalisme absolutisé a pris pour cible les lieux et les formes de la solidarité et de la force collective des égaux. Et elle a du même coup érodé les formes de la confiance dans la capacité collective de développer les formes de solidarité déjà existantes pour en faire des ébauches de la vie future.

 La colère devant l’oppression ne s’accompagne plus de la joie née de la confiance dans la capacité collective de créer un autre monde.

 La contre-révolution intellectuelle a secondé cette offensive en jetant le discrédit sur toutes les combats de l’égalité de 1789 jusqu’à nous. La haine de l’oppresseur se change alors en sentiment d’impuissance et cette impuissance nourrit la passion du ressentiment. Or la force du ressentiment est de s’adapter à toutes les conditions et situations.

 On décrit volontiers dans mon pays les progrès de l’extrême-droite comme une affaire concernant tout particulièrement les ouvriers et les classes populaires. Ils étaient naguère unis par la puissance collective des partis et syndicats et maintenant ils se retrouvent isolés devant l’oppression, sans autre recours pour exister collectivement que le partage de la haine et tout particulièrement de la haine des autres, une haine qui mêle le mépris pour des populations perçues comme arriérées et la crainte devant la menace qu’elles représentent.

 Mais le ressentiment touche aussi bien les intellectuels et notamment ceux et celles qui viennent de la tradition progressiste et révolutionnaire. Ils avaient jadis foi dans les vertus de la théorie marxiste pour éclairer le présent et construire l’avenir. Aujourd’hui cette théorie continue à tout expliquer des raisons de la domination mais nul n’attend plus qu’elle arme les combattants de la liberté et de l’égalité. La science sert à comprendre pourquoi les choses sont comme elles sont et continueront à l’être. C’est effectivement un plaisir triste, le plaisir pris à un savoir qui produit surtout de la résignation à la nécessité, accompagnée de la seule satisfaction de savoir ce que les ignorants ignorent et de pouvoir mépriser ces gens du peuple qui ne comprennent pas la raison des choses et se laissent séduire par les discours des démagogues.

 Nous sommes ainsi dans ce que j’appelais dans le Maître ignorant une « société du mépris », une société où tout le monde méprise tout le monde : les électeurs de l’extrême-droite méprisent les immigrés qui envahissent leurs banlieues mais aussi ces intellectuels des beaux quartiers qui leur donnent des leçons sans savoir ce qu’ils vivent. Les intellectuels méprisent les gouvernants qui les méprisent en retour ; ils ont honte d’être gouvernés par des gens qu’ils méprisent mais serrent les rangs derrière eux par peur du « péril fasciste », quitte à avoir honte de leur peur et à se soumettre d’autant plus, etc."

source - https://lundi.am/Nous-vivons-une-contre-revolution

Concernant la question du ressentiment, on consultera également avec intérêt : https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2024/06/13/%f0%9f%93%bd%ef%b8%8f-se-liberer-du-ressentiment/

 

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