Celui qui a soulevé les douloureuses paupières du siècle, —
Deux grosses pommes dormantes —
Entendra à jamais hurler les torrents
Des temps mensongers et sourds. (Mandelstam)
La poésie moderne s’est faite dans une opposition constante aux forces dominantes de la société où ses créateurs ont vécu. (Potlacht)
Ils se sont tous en insensés
Protégés contre la pensée
Et contre les derniers rêves d’amour. (Robin)
Rêvais-tu de ces jours (…)
Où, le cœur tout gonflé d’espoir et de vaillance,
Tu fouettais tous ces vils marchands à tour de bras,
Où tu fus maître enfin ? Le remords n’a-t-il pas
Pénétré dans ton flanc plus avant que la lance ? (Baudelaire)
Plus à portée de l’homme il est d’autres coïncidences
Véritables fanaux dans la nuit du sens
C’était plus qu’improbable c’est donc exprès
Mais les gens sont si bien en train de se noyer
Que ne leur demandez pas de saisir la perche. (Breton)
Tandis que je traversais de nuit le confluent des fleuves dans les aveugles cris à pied et en voiture de mes hommes, dans les feux des torches de pin où nous cherchions les basses eaux, dans les étoiles éparses stationnaires sur la grève, dans le dense parfum des fumées sous le vent, il me sembla entendre le malheur et la voix des rencontres déçues. (Shi Su)
Je ris et mon rire ne passe pas dedans
Je brûle et ma brûlure n’apparaît pas au dehors. (Machiavel)
La grand’ville a le pavé chaud,
Malgré vos douches de pétrole,
Et décidément, il nous faut
Vous secouer dans votre rôle… (Chant de guerre parisien – mai 1871 – Arthur Rimbaud)
Car les mots,
les plus beaux mots,
on ne les a pas vus soudain disparaître
comme les feuilles à l’automne.
Non, au contraire,
l’un après l’autre, on les a sourdement massacrés,
mais en leur laissant un semblant de vie,
cadavres prêts à servir d’habits neufs à l’horreur. (Ivsic)
Médecin solitaire
dans cette maison de fous
j’ai chanté mes chants médecines. (Khlebnikov)
De vos largesses importunes,
Marchands, je me ris !
Car en une nuit, rien qu’une,
Des châteaux je me construis.
Mes palais sont bottes de paille – mais basta !
Mon chemin ne passe pas – par chez toi. (Marina Tsvétaïva)
Le bandeau de l’époque sur les yeux, nous ne savons dessiner que les carcasses de maisons.
Au fond de l’aube, les racines du cœur.
L’épuisement
Le silence
La légèreté
La lumière emmêlée
La cellophane du matin s’enroule sur elle-même
Les bribes des mots se rétractent dans les touffes d’herbe
Le sentier conduit vers l’enfance des ombres. (Annie Le Brun)
Qu’il vienne, qu’il vienne
Le temps dont on s’éprenne. (Rimbaud)
La poésie est à la fois le résultat de l’isolement et de la révolte. On me dit qu’il y a de beaux cris poétiques qui louent le monde. Mais c’est à première vue. Je pense qu’il ne s’agit là, au contraire, que de cris du cœur prêtant au monde ce que celui-ci lui refuse. Et c’est encore la révolte. (Ribemont-Dessaignes)
Et toi oubliée, tes souvenirs ravagés par toutes les consternations de la mappemonde, échouée aux Caves Rouges de Pali-Kao, sans musique et sans géographie, ne parlant plus pour l’hacienda où les racines pensent à l’enfant et où le vin s’achève en fables de calendrier. Maintenant c’est joué. L’hacienda, tu ne la verras pas. Elle n’existe pas.
Il faut construire l’hacienda. (Chtcheglov)
Maintenant c’est une histoire d’obscurité stagnante
remplie par ceux que la peur maîtrise
avec une résignation terrible dans leur accroupissement. (Marie Low)
Vous n’êtes pas encore totalement corrompus,
Vous n’êtes pas tous des maquereaux, des banquiers et des flics,
Vous pouvez toujours entrevoir la magie qui émerge de vos pâles horizons. (Marie Low)
