Éléments pour un dialogue lucide entre écologie sociale et critique anti-industrielle
(À partir de la lecture croisée de « Mensonges renouvelables & capitalisme décarboné » de Nicolas Casaux et « Technique autoritaire et technique démocratique » de Lewis Mumford)
Comment penser les choix techniques et technologiques dans une société réellement écologique, démocratique et non hiérarchique ? Cette question traverse de nombreux débats récents, y compris au sein de notre atelier. Elle est complexe, car elle touche à la fois aux conditions matérielles de l’autonomie et à l’horizon d’une société post-capitaliste. Elle exige de sortir des oppositions binaires, sans renoncer à une pensée critique.
Les ouvrages Mensonges renouvelables & capitalisme décarboné de Nicolas Casaux et Technique autoritaire et technique démocratique de Lewis Mumford apportent chacun, à leur manière, des éléments pour ce débat. Mais leur lecture appelle aussi des mises en discussion, notamment à partir de l’écologie sociale inspirée par Bookchin.
1. De quoi parle-t-on vraiment quand on parle de « technique » ou de « technologie » ?
Il semble y avoir, dans certains débats, une confusion entre ces deux termes. Certains critiques anti-industriels tendent à rejeter globalement « la technologie », en tant que forme aliénante, tandis que d’autres — nous y compris — préfèrent poser la question plus « holistiquement » : toutes les technologies sont-elles aliénantes par nature ? Ou faut-il distinguer selon leur échelle, leur structure sociale, leur rapport à l’autonomie humaine ?
Au sein de l’atelier, Floréal nous invite à sortir d’une opposition trop nette entre « technique » (associée au monde communaliste, artisanal, humain) et « technologie » (assimilée à la production industrielle à grande échelle et in fine au capitalisme). Il a très certainement raison de rappeler que certaines formes technologiques — y compris automatisées ou partiellement industrialisées — peuvent être nécessaires dans une société post-rareté au sens de Bookchin : pour produire des outils de base (clous, machines simples), des instruments de soin (chirurgie, prothèses), ou pour répondre aux besoins d’une population nombreuse.
Cette distinction entre technique et technologie ne doit donc pas devenir une opposition de principe. Mais cela n’empêche pas de poser la question suivante : dans une société libérée de la logique du profit, du salariat et de la valorisation marchande, à quelles formes techniques donnerait-on la priorité ? Et comment décider, collectivement, de ce qui est soutenable, désirable, maîtrisable ?
Comme l’a bien rappelé Steka dans un récent échange sur L’Agora :
« La vraie question n’est pas ce que nous souhaiterions abstraitement comme techniques, mais ce que permettrait une société communaliste fidèle à l’écologie sociale : sans travail aliéné, sans capital, sans hiérarchie, en harmonie avec la nature et avec elle-même. »
2. Des critiques utiles, mais parfois insuffisantes
La force du livre de Casaux réside dans sa dénonciation du « mensonge renouvelable » : ce que le capitalisme nomme « transition verte » n’est souvent qu’une opération de verdissement de ses logiques extractives, centralisées et dominantes. Ce qu’il dénonce, c’est un mensonge structurel, un récit hégémonique construit par les classes dominantes pour repeindre en vert les logiques industrielles les plus destructrices :
« La civilisation industrielle s’apprête à achever de détruire ce qu’il reste du monde naturel, mais désormais au nom de l’écologie. »
Il met aussi en lumière les mécanismes de récupération des luttes écologiques par les institutions du système. Casaux parle d’une véritable « cogestion du désastre » :
« L’ONG-isation de la résistance produit des activistes professionnels, payés pour organiser des happenings, qui passeront d’une ONG à une autre, sans jamais remettre en cause le cœur du système. »
— Mensonges renouvelables, p. 107
Ci-dessous le schéma de principe du mécanisme de récupération et de neutralisation des luttes écologiques et sociales par les ONG, fondations et institutions dominantes :
Mais cette critique, aussi salutaire soit-elle, ne va pas toujours jusqu’à poser les conditions concrètes d’une production alternative. Casaux, comme d’autres anti-industriels, tend à inverser les fins et les moyens : il fait de la technique le cœur du problème, sans toujours distinguer entre les usages capitalistes de certaines technologies et les formes possibles d’appropriation collective.
Or, comme le souligne Floréal, le cœur du capitalisme n’est pas la technique, mais la valorisation de la marchandise et la production illimitée de désirs artificiels. Le problème n’est pas tant la machine que ce qu’elle produit, pourquoi et pour qui.
Bookchin lui-même s’est peu à peu rapproché de la critique de Mumford sur ce point :
« La notion que la science et la technique sont autonomes par rapport à la société est une des illusions les plus insidieuses de notre temps. »
— Toward a Democratic Conception of Science and Technology, 1987
3. Un projet politique avant tout
La grille de lecture proposée par Lewis Mumford — entre techniques « autoritaires » et « démocratiques » — peut nous aider à penser ces enjeux sans tomber dans une technophobie paralysante. Ce n’est pas la présence d’une technique qui importe, mais ce qu’elle exige en termes de pouvoir, de ressources, de dépendances. Une centrale nucléaire n’est pas une scierie coopérative. Une plateforme numérique privative n’est pas un outil d’autogestion locale. Ces choix ne sont pas neutres : ils façonnent en partie les sociétés qui les utilisent — et inversement.
Dans cette perspective, la question devient : quelles techniques seraient compatibles avec une société communaliste fondée sur les principes de l’écologie sociale ? Non pas à partir d’un catalogue idéal, mais en partant de contraintes bien réelles : ressources limitées, populations nombreuses, besoins fondamentaux à satisfaire, réparation des dégâts écologiques et sociaux hérités.
4. Agir ici et maintenant : expérimentations concrètes et stratégie politique
Face à l’ampleur du problème, il serait tentant de croire qu’il ne nous reste qu’à survivre dans les marges ou à attendre que « tout s’effondre ». Or, ce que nous pouvons faire dès aujourd’hui – même avec des moyens modestes -, c’est rouvrir le débat sur les techniques à partir de pratiques concrètes, enracinées dans des territoires et des collectifs en lutte.
Cela suppose d’abord de clarifier l’espace du débat : nous devons sortir de l’alternative stérile entre une vision « anti-technique » (hostile à toute forme de technique en soi) et une vision « pseudo-techno-critique » qui se contenterait de bricoler avec les éléments du système technique dominant pour « faire notre affaire ». L’enjeu n’est pas de trier quelques objets « acceptables » dans l’arsenal technologique existant, mais bien de remettre à plat nos besoins, nos modes de vie, nos rapports sociaux — et ce faisant, de rouvrir la question du choix technique à partir de critères politiques, éthiques et écologiques explicites.
Deux pistes complémentaires et indissociables se dessinent alors :
La première consiste à multiplier, soutenir et relier les expérimentations concrètes déjà engagées ici et là – dans l’agriculture, le logement, l’éducation, l’énergie, les communs, etc. – qui, sans attendre, esquissent ce que pourrait être une société communaliste. Ces expériences collectives ne sont pas de simples alternatives pratiques : elles sont des espaces de réappropriation populaire, d’élaboration d’un autre imaginaire social, de mise à l’épreuve de nos critiques, de redéfinition des normes de confort, de besoins et de désirs, à partir de ce que nous rediscutons collectivement. C’est dans ces brèches que peut commencer à s’esquisser une redéfinition de la technique – à condition qu’elles s’inscrivent dans une logique de sortie du capitalisme, et non de simple atténuation de ses effets.
La seconde piste, étroitement liée à la première, est celle d’une réintroduction du Politique – au sens fort – dans ces pratiques alternatives. Très loin de la politique politicienne ou de la gestion institutionnelle, il s’agit de les relier stratégiquement à un projet de transformation radicale : celui du communalisme. Ce qui suppose aussi une remise en cause du travail et de l’économie tels que le capitalisme les a façonnés — autrement dit, une sortie de l’économie comme idéologie naturalisée du vivant à produire, consommer, gérer. Ce travail est d’autant plus difficile que les logiques de pouvoir, de concurrence, de performance restent profondément ancrées — y compris dans des milieux se réclamant d’une alternative.
Mais ce travail est aussi ce que nous pouvons commencer à faire, ici et maintenant, collectivement, en tissant des ponts entre luttes locales, expérimentations pratiques, réflexions critiques et espaces de politisation (sans compromissions). C’est là, et seulement là, que pourra se réinventer une manière d’habiter la technique sans s’y soumettre, en cohérence avec une société éthiquement et politiquement désirable.
Floréal le dit avec justesse : « ce n’est pas une idéologie qui imposera la sobriété, mais les limites physiques de nos milieux de vie. » Et en même temps, pour nous, ces limites ne sont pas forcément une catastrophe, mais une occasion de repenser le sens de nos existences, nos priorités, notre rapport au travail, au soin, à la nature, à la technique et aux technologies.
Cela demandera des efforts, y compris pour celles et ceux qui vivent aujourd’hui dans des conditions modestes dans les pays industrialisés. Il faudra renoncer à certaines formes de confort standardisé, réapprendre des savoir-faire, reconstruire de l’autonomie collective. Mais il y a aussi là un immense champ de créativité, d’émancipation, de réappropriation. Loin d’un retour à la bougie, il pourrait s’agir d’un ré-ancrage dans le réel, où les technologies – choisies, comprises, maîtrisées – redeviendraient des outils au service de la vie commune.
5. Et si on repartait du sens de la vie humaine ?
À la question « quelles techniques pour une société communaliste ? », Steka propose un renversement salutaire : et si l’on partait non pas des objets ou des moyens, mais de ce que suppose une vie véritablement humaine ? Une vie qui ne soit ni sacrifiée à la production, ni grevée par des nuisances subies, ni conditionnée par des infrastructures que personne ne voudrait assumer.
- Qui a envie de vivre à côté d’une usine, d’y travailler, d’en adopter les rythmes ?
- Qui veut vivre près d’une centrale nucléaire ou enfouir des déchets toxiques dans sa cave ?
- Qui désire vraiment habiter au pied d’un champ d’éoliennes géantes ou de panneaux solaires industriels ?
- Qui veut aller creuser les mines de terres rares ou extraire le lithium dans des conditions dégradantes ?
Pas nous, sans doute. Mais alors qui ?
Ces interrogations prennent toute leur force si l’on accepte d’élargir le débat au regard des formes historiques d’organisation sociale. Steka, en s’appuyant notamment sur Clastres et Marx, souligne un point essentiel : ce n’est pas la rareté qui fonde le travail, mais l’inégalité. Ce que le capitalisme ne peut tolérer, ce n’est pas la misère, mais l’existence d’une abondance hors du travail.
Clastres écrivait ainsi :
« Grande était la réprobation à constater que des gaillards pleins de santé préféraient s’attifer comme des femmes de peintures et de plumes au lieu de transpirer sur leurs jardins. Gens donc qui ignoraient délibérément qu’il faut gagner son pain à la sueur de son front. C’en était trop, et cela ne dura pas : on mit rapidement les Indiens au travail, et ils en périrent. »
Et plus loin :
« Le refus des sociétés primitives de laisser le travail et la production les engloutir (…) l’impossibilité intrinsèque de la concurrence ; en un mot, l’interdiction, non formulée mais dite cependant, de l’inégalité. »
Ce que cette réflexion nous rappelle, c’est que la technique n’est pas neutre : elle porte en elle une histoire, des rapports sociaux, des volontés de domination — notamment d’origine militaire, coloniale, capitaliste. Comme le montre Engels dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre, l’introduction de machines n’a pas aboli l’exploitation : elle l’a redéployée ailleurs, souvent dans les colonies ou à la périphérie du système.
Conclusion – Une éthique des moyens
Un dialogue critique avec les penseurs anti-industriels – comme Nicolas Casaux ou Miguel Amorós – peut nourrir utilement notre réflexion. Non pour épouser toutes leurs positions, mais pour éviter le piège d’un technophilisme involontaire ou hérité, qui naturaliserait des dispositifs façonnés par l’ordre dominant. Remettre la technique à sa juste place : derrière les choix politiques, éthiques et écologiques.
Nous sommes encore au milieu du gué, dans le cours d’un débat. Mais certaines lignes se dessinent. Pour les communalistes que nous sommes, une société émancipée n’est pas celle qui dispose des outils les plus puissants, mais celle qui choisit des moyens en cohérence avec ses fins. Une société où l’on ne délègue pas les décisions techniques à des experts, mais où l’on débat collectivement de ce qui est juste, vivable, désirable. Une société où les techniques prolongent les conditions de la vie plutôt que d’y faire écran. Une société, enfin, où les moyens ne sont pas secondaires, mais porteurs en eux-mêmes d’un imaginaire politique, d’un rapport au monde – car ils sont déjà la preuve de ce que nous voulons bâtir.
Mais à ce stade, comme le souligne si justement Steka dans une intervention sur L’Agora, il ne semble pas inutile de reposer la question : qu’est-ce donc que la technique – ou la technologie – pour nous ? Que pourrait-elle devenir, dans une société libérée du capitalisme, du patriarcat et des logiques étatiques ? Que serait une technique qui ne soit plus cette extériorité évidente, ce dehors opaque à l’humain, mais une modalité d’inscription dans le monde, pleinement assumée, comprise, débattue, maîtrisée ? Reconnaissons-le : la réponse est loin d’être simple. Mais c’est une des nombreuses tâches qui nous attend, si nous voulons que l’écologie sociale reste fidèle à sa promesse.
Nous relayons cet article sur L’Agora, notre espace de débat, pour poursuivre la discussion ensemble. Vos contributions y sont les bienvenues.
Rebonds :


« Il ne fait aucun doute que l’une des dimensions fondamentales d’une alternative émancipatoire est la transformation de nos imaginaires, afin d’en finir avec la technolâtrie et le prométhéisme et d’adopter une pensée des limites et de l’autosuffisance. La reconnaissance de notre interdépendance et de notre écodépendance permettrait de nous éloigner de la technologie pour revenir à une technique, et une science, qui n’associeraient plus connaissance et domination. »
Adrián Almazán Gómez – professeur à l’université de Deusto (Bilbao) –
Voir https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2025/07/20/adrian-almazan-gomez-la-non-neutralite-de-la-technologie/
Merci Steka pour ce partage essentiel.
Le texte d’Adrián Almazán rappelle avec force que la critique sociale passe aussi par une critique du fait technique — de sa place dans nos vies, des formes d’organisation qu’il façonne, et réciproquement — à toutes les échelles.
Il nous invite à rompre avec l’illusion d’une technologie neutre ou simplement « réparable », pour penser des techniques enracinées, appropriables, mises au service de l’autonomie collective et des milieux de vie.
Peut-on imaginer une société communaliste qui intègre pleinement cette pensée des limites et de l’interdépendance ?
Et comment une telle société pourrait-elle discerner — et faire émerger collectivement — les techniques ou technologies fidèles à la philosophie de l’écologie sociale ? Celles à refuser ? Et celles à réinventer ?
Même si certaines voix critiques hispanophones — comme Floréal M. Romero, Miguel Amorós, Alfredo Apilanez ou Raúl Zibechi — soulignent avec justesse les ambiguïtés d’Écologistas en Acción, dont Adrián Almazán est membre (notamment en raison des financements publics(1) que cette fédération reçoit en Espagne), cela n’enlève rien, selon moi, à la pertinence ni à la portée de ce texte en particulier, qui mérite d’être lu, discuté et prolongé.
(1) : Des enquêtes récentes (Rebelión notamment) ont mis en lumière que Ecologistas en Acción a reçu en 2024 près de 2,48 millions d’euros de revenus, dont 1,15 M€ de subventions publiques et environ 961 000 € de fondations privées liées à des paradigmes comme le Green New Deal ou même des groupes pronucléaires (Clean Air Task Force) (L’article de Rebelión : https://rebelion.org/ecologismo-independiente-y-ecologismo-para-el-sistema/).
Ce financement externe a suscité des critiques internes, notamment de la part du collectif Ecologistas Indignadas, qui accuse certaines fondations (ex. European Climate Foundation, Clean Air Task Force) d’influencer la stratégie de l’organisation vers des logiques de transition « technoverte ».
« Le problème n’est pas tant la machine que ce qu’elle produit, pourquoi et pour qui. »
Le problème ce sont aussi les machines, car elles ne tombent pas du ciel, mais il faut également les produire : ce qui implique toute une organisation sociale autour de leur production. Et dans le cas des machines électroniques, c’est le même problème qu’avec l’industrie nucléaire…
En notre débat interne de l’Atelier, j’avais formulé cette problématique de cette manière :
Pour moi, la question fondamentale n’est pas ce que nous souhaiterions abstraitement en matière de techniques mais ce que la forme organisationnelle de la société communaliste dont nous espérons l’émergence sera en mesure de permettre et qui lui conviendra. Nous voulons l’abolition du travail aliéné, c’est à dire de toute forme d’activité réifiée, vécue comme extérieure par l’être humain et ne lui permettant pas de donner sens à sa vie. Nous voulons la fin de l’argent et donc de toutes formes de concentration du capital. Nous voulons le rétablissement d’une harmonie entre l’activité humaine et la nature première. Nous voulons en terminer avec les hiérarchies et les logiques inégalitaires. Nous ne voulons certainement pas non plus « externaliser » les problèmes en en faisant peser la charge sur « d’autres » en une forme de néo-colonialisme. Nous voulons également réenchanter le monde, re-passionner la vie, et pas seulement pour quelques-uns. Je pense que c’est à partir de tout cela qu’il nous faut aussi penser le champ des techniques envisageables.
« Il importe donc de concevoir que l’exclusion du monde, l’obsolescence programmée et l’appauvrissement de l’expérience forment autant de symptômes d’une mise en conformité de chacun. Or, il ne s’agit pas du résultat d’une volonté politique et sociale, mais de l’économie de l’existence en général, qui a lieu au sein d’un monde technicisé, formé par l’ensemble des appareils techniques dont la fonction est d’assurer la médiation de tout agir. « Car ce n’est plus un QUI qui nous rend conforme, mais un QUOI. »
« L’obsolescence programmée résume le projet de vie global proposé à chacun ; naître, se reproduire, s’épuiser puis mourir. Si chacun se trouve ainsi jeté dans un monde qui n’est pas le sien et ne lui dit plus rien, c’est parce que l’humanité se perpétue comme élément jetable de la production. Les modalités de l’expérience, garantie de la liberté, s’effacent au profit d’une mise au pas conforme de chacun, modelée idéalement comme n’importe quel produit de consommation. »
extraits de « Günther Anders, une politique de la technique » de Edouard Jolly
Bonjour, je me permets de partager ce lien qui me semble intéressant pour nourrir la reflexion.
https://ricochets.cc/L-impossible-autogestion-du-systeme-industriel.html
Qu’en pensez vous?
Une société écologie, communaliste, libertaire etc ne devrait elle pas renoncer à l’industrie, ou du moins la réduire à portion congrue en démantelant les macrosystèmes techniques? https://fr.wikipedia.org/wiki/Macro-syst%C3%A8me_technique
Bonjour savouret44,
Nous réfléchissons depuis longtemps à la question des techniques dans une société communaliste, à travers l’introduction du concept de communotechnie :
Communotechnie (n.f. – néologisme)
Du latin *commūnis* (commun, partagé) + grec *technè* (art de faire, savoir-faire).
Ensemble de pratiques techniques élaborées, maîtrisées et transformées collectivement au sein de communautés démocratiques et écologiques.
La communotechnie désigne une manière d’habiter le monde par des savoir-faire situés, appropriables, à échelle humaine, enracinés dans un territoire et mis au service de l’émancipation politique, de l’autonomie matérielle et de la symbiose avec la nature.
Elle s’oppose aux systèmes technologiques autonomes, industriels et centralisés, totalisants, qui arrachent les moyens de production aux mains des communes vivantes.
Elle engage un rapport technique qui est aussi un rapport social, politique et cosmopolitique.
Elle peut aussi s’inscrire dans une dynamique du don technique : les outils ou systèmes conçus collectivement sont offerts à la communauté, non pour le profit privé, mais pour améliorer la vie commune et susciter des vocations solidaires.
Plutôt que de trier ce qui serait conservé ou abandonné des technologies actuelles, ta question nous invite à imaginer : quelles communotechnies pourraient émerger dans une société en phase avec l’écologie sociale ? Quels savoir-faire, outils et techniques démocratiques – bien différents, voire opposés, aux technologies souvent autoritaires et aliénantes d’aujourd’hui – pourraient être conçus collectivement pour servir ces principes et créer de nouveaux imaginaires techniques ?
Merci encore pour tes liens et ta contribution à cette réflexion ! On continue !