« RECONNAISSANCE » – Abécédaire de l’Écologie Sociale

Encore un problème qui ne peut trouver son élucidation que par l’Écologie Sociale. La reconnaissance dont nous voulons parler ici est ce besoin tout naturel qu’éprouve toute individualité de trouver sa place dans le milieu social qui l’environne et donc d’y être reconnue en son être particulier. Or dans la société du spectacle produite par la logique exclusivement marchande du capitalisme, il ne saurait être question d’espérer obtenir une telle reconnaissance. Seul le paraître qui, dans ce type de société, passe aussi très généralement par l’Avoir y sera pris en compte. Dans ce cadre, un certain nombre de rôles sont ouverts ; rôles d’intégration à cette société du spectacle mise en scène par le capitalisme, qui seront attribués et rétribués en fonction du degré d’allégeance à cette même société, de l’utilité à son service qu’elle (et elle seule) vous y reconnaîtra. Ignorants, pour le plus grand nombre, ce détournement caractérisé du besoin humain vers quelque chose qui lui est fondamentalement étranger – vers quelque chose qui lui est même essentiellement ennemi – ceux qui ont à vivre dans cette société là, c’est à dire tout le monde dans les temps présents – se retrouvent comme tout à fait démunis face à cette caractéristique de l’époque. C’est que ce besoin naturel de reconnaissance persiste pour sa part et ne trouve nul endroit où prendre place qui ne soit déjà une forme de falsification, de tricherie avec cet autre besoin qu’est l’authenticité, le goût du vrai. Il en ressort une société particulièrement dépressive où chacun doit vivre avec le sentiment d’un manque permanent dont les médiocres compensations s’avéreront n’être en finalité que des leurres. On ne peut nier que certaines couches particulières de population semblent se complaire en cet état des choses, y trouver même leur épanouissement. Mais on ne sera pas surpris d’y trouver ce qu’il peut y avoir de plus avili en terme d’humanité ; somme toute, le capitalisme ne pouvait finalement confier son devenir, son destin, qu’à ce qu’il y a de pire en matière de nature humaine, à la lie de l’humanité. Et c’est tous les jours que nous assistons au triste spectacle de leurs agissements, qu’ils y paraissent en toute exclusivité par la grâce des médias.

Ces pitres sont le reflet exact du type de reconnaissance qu’autorise la forme organisationnelle présente et mondialement.

Tous ceux qui prétendent combattre cette société là doivent donc se pencher très sérieusement sur ce que ce besoin naturel de reconnaissance fait d’eux et vers quoi il les pousse ; distinguer avec lucidité ce piège permanent qui leur est tendu. Faute de quoi, leur succès même risque bien de se révéler comme étant leur pire échec, leur pire renoncement.

Mais que faire alors dans ces circonstances de ce besoin naturel d’une reconnaissance que nous sommes tous amenés à désirer ? Il nous faut pleinement admettre qu’il n’a tout simplement pas sa place dans ce monde là autrement que comme leurre, qu’au mieux nous serons reconnus par quelques proches et amis mais qu’il ne faut pas souhaiter aller au-delà si nous ne voulons pas nous perdre bien plus gravement. Voilà qui devrait nous inciter tout au contraire à œuvrer, en fonction de nos moyens, au dépassement définitif de cette misérable forme sociétale dont la fonction principale semble être de tout transformer en déchets jusqu’à totale annihilation.

On ne peut nier également que face à cette absence de reconnaissance effective, beaucoup versent au cours de leur vie dans l’aigreur et le ressentiment ; c’est qu’ils n’ont pas su prendre suffisamment de distance avec cette pseudo-société et en attendaient encore quelque chose qu’en toute logique ils ne pouvaient obtenir. Il y a un certain honneur à ne pas être reconnu par ce monde là et tous ceux qui prétendent s’y opposer devraient en prendre conscience.

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