Nombre des individus parmi les plus conscients, et d’une certaine manière les plus lucides, ont désormais tendance à désespérer du devenir de notre humanité, de la possibilité d’une issue favorable à l’établissement d’une forme de société effectivement humaine. Il faut reconnaître que les «évolutions» successives observées depuis 50 ans et jusqu’à aujourd’hui n’ont en leur surface visible rien d’encourageantes, comme si tout allait irrévocablement vers le pire.
On remarquera toutefois que cette surface, cet affichage du monde, est pour sa plus grande part celui-là même du visage de la domination, en ce qu’elle veut nous faire voir mais aussi nous cacher, ce qu’elle veut instaurer dans les esprits. Comme prétention à une vue d’ensemble, ce qui est ainsi instillé quotidiennement, c’est une incitation au renoncement et au fatalisme historique.
Les gestionnaires du chaos, de la Mégamachine mondialisée, nous signifient ainsi qu’il est tout à fait vain d’espérer autre chose et qu’ils sont, somme toute, les mieux placés pour faire perdurer quelque peu les choses, pour éviter le pire justement … Accessoirement, ils nous font également savoir, par des exemples tout à fait parlants et signifiants, qu’ils sont prêts à tout pour se maintenir en place et que le préférable serait donc pour les mécontents, pourtant de plus en plus nombreux, de se tenir malgré tout à carreau.
Les représentants de la Mégamachine n’envisagent jamais leur responsabilité, c’est même l’un des éléments qui les caractérisent. C’est pourquoi et selon une méthode tout à fait banalisée, ils externalisent en permanence le mal, la faute, vers une humanité tout à fait abstraite rendue coupable de tous les dévoiements et qu’il faudrait donc mettre au pas par tous les moyens imaginables. C’est pourquoi, dans le monde entier, les structures étatiques et hiérarchiques de toutes étiquettes se recentrent désormais sur ce qui a toujours été leur fonction principale et ce qui les réunit toutes, la répression des aspirations à l’émancipation de tous les peuples.
Ce mouvement global auquel nous assistons est en lui-même très révélateur du fait qu’une époque est arrivée à son terme.
L’aveu implicite que mettent en lumière ces logiques répressives se généralisant, c’est que ce monde là, avec ses frontières ridicules, ses pouvoirs verticaux, ses impitoyables rapports de classe, ses destructions massives des milieux naturels, son racisme et ses discriminations galopantes, n’a plus rien à offrir d’autre que la désolation.
Toutes les promesses dont il voulait se montrer le porteur se sont écroulées successivement, ne laissant derrière elles que des champs de ruines où le plus grand nombre en est réduit à tenter de survivre péniblement en payant le prix de chaque chose sur sa peau et dans la plus grande confusion sur les causalités de toutes ces existences gâchées, de toutes ces vies perdues.
Ce monde là n’est pas sauvable ni réformable et la seule issue véritable consiste à envisager clairement son complet renversement. Il nous faut pour cela mettre fin à la force des habitudes qui nous font admettre comme légitimes tout un ensemble de leurres mis en place par la Mégamachine pour entretenir notre passivité ou notre égarement. Sortir donc des visions tronquées ou carrément mensongères liées aux nationalismes, de la fiction d’une démocratie représentative ou de celle d’une technologie libératrice, des religions ou du productivisme marchand comme source obligée de progrès. Tout ces leurres ont largement démontré leur inanité et la réalité désastreuse de leurs aboutissements. Il nous faut admettre en pleine conscience que nous n’avons rien de bon à en attendre et qu’il n’est plus temps non plus de transiger. Se saisir des mécanismes de cette néo-société en leur effectivité, en leur négativité, c’est comprendre aussi qu’il n’y a là nulle fatalité, qu’une autre forme de monde est tout à fait possible.
Le projet communaliste, qu’avec d’autres, nous présentons en cet Atelier est désormais au-delà de la simple utopie, propose des formes organisationnelles pratiques qui ne demandent qu’à se concrétiser partout par le biais de la mise en œuvre de la démocratie directe abolissant les hiérarchies et un grand nombre des séparations qui empoisonnent le monde actuel.
La désespérance n’est toujours pas de mise.
