Ce petit ouvrage de Paula Cossart participe à remettre en lumière le lien historique existant entre La Commune de Paris de 1871 et le projet d’organisation sociale communaliste. S’appuyant sur les analyses de Murray Bookchin, l’autrice fait valoir que La Commune n’est pas un modèle qu’il suffirait de reprendre ou de commémorer mais une incitation à « réactiver un passé révolutionnaire demeuré inachevé, porteur de potentialités encore latentes ». La Commune de par sa brève existence, à peine trois mois, et sous la menace permanente de son extinction, n’eut guère en effet, malgré le formidable enthousiasme qu’elle souleva dans les populations qui la vécurent, l’occasion de faire ses preuves dans la durée. On sait qu’elle fut sauvagement écrasée par la réaction versaillaise qui depuis n’a plus quitté la place. Elle demeure pourtant une ressource mémoriel essentielle pour ceux qui ne désespèrent pas de notre humanité et « qui permet de desserrer l’emprise du présent en rappelant que l’ordre social existant n’est ni naturel ni inéluctable ».
L’une des initiatives des plus déterminantes de La Commune fut certainement son appel à la restructuration des territoires du pays en une confédération de communes libres disposant de leur autonomie politique. Ce qui pouvait mettre fin à l’emprise centralisatrice de l’État et à sa confiscation de la démocratie par l’intermédiaire d’une soi-disant représentation. On sait ce qu’il en est à ce sujet, cette représentation nous continuons hélas de la voir à l’œuvre.
Marx lui-même ne s’y trompa pas et déclara alors : « Ce ne fut donc pas une révolution contre telle ou telle forme de pouvoir d’État (…). Ce fut une révolution contre l’État lui-même, cet avorton surnaturel de la société; ce fut la reprise par le peuple et pour le peuple de sa propre vie sociale. »
Positionnement que nombre de ceux qui prétendirent ultérieurement se réclamer de lui firent mine d’oublier.
Un autre enseignement essentiel de La Commune fut sa mise en pratique, même confuse du fait des circonstances, de l’auto-organisation et de la démocratie directe, de la démocratie par le bas. Ce sont principalement les assemblées populaires de quartier qui prirent en charge l’organisation de la vie quotidienne. Ce sont elles qui incarnèrent « la véritable créativité politique du moment ».
Toutefois, il apparait également que La Commune demeura prisonnière, à travers certaines de ses institutions, des illusions d’une légalité républicaine où le pouvoir de décision reste en partie dans les mains d’organes administratifs par nature peu réactifs. Ainsi, faisant référence à l’action du comité central de la Garde nationale, Bookchin note que « La légalité républicaine semble avoir exercé un effet paralysant sur ces révolutionnaires pourtant déclarés, qui, malgré leur rhétorique fédéraliste et parfois socialiste, demeuraient fascinés par l’aura mystique de l’État français et de ses institutions financières. » Alors que pour leur part et dans le même temps, les versaillais ne s’embarrassaient plus d’aucune entrave juridique pour mener leurs opérations.
On remarquera ici comment le pouvoir de vieilles idées, fortement instaurées dans les esprits par l’habitude peut, dans le moment crucial d’une situation révolutionnaire, devenir une véritable entrave à sa réussite et la cause de son égarement. On ne peut que faire le parallèle avec la révolution espagnole de 1936 où des représentants du formidable mouvement anarchiste de cette époque crurent bon de prendre place dans le gouvernement républicain sans se rendre compte qu’il mettaient ainsi un terme à cette révolution et collaboraient à son échec. Comme il s’est dit depuis, les révolutions ont toujours commencé sans chef et quand elles en ont eu, elles ont fini.
La confusion contemporaine volontairement entretenue par certaines tendances politiciennes entre municipalisme et communalisme rentre tout à fait dans cet ordre des choses. Le municipalisme prétend pouvoir prendre place dans le cadre de la sphère étatique, de ses hiérarchies et de son environnement et fondement capitaliste et marchand. Le communalisme ne saurait s’en satisfaire d’aucune manière.
Voir aussi sur ce site notre présentation des principaux ouvrages sur La Commune : La Commune de 1871 — REGARDEZ LA COMMUNE DE PARIS, C’ÉTAIT LA DÉMOCRATIE !
