« Caminando preguntamos. » — EZLN
Il y a deux ans — les 11 et 12 mai 2024 — nous fondions « L’Adventice », une libre association tournée vers une Écologie Sociale Communaliste. Notre nom, nous l’avons choisi avec soin : illustré par la Vergerette du Canada — Erigeron canadensis — cette plante herbacée que l’agriculture industrielle classe parmi les « mauvaises herbes » à éradiquer, et qui pourtant résiste au glyphosate, pousse dans les interstices, s’invite dans les friches, les voies ferrées, les marges urbaines. Une indésirable, disent les uns. Mais indésirable pour qui, et selon quel référentiel ?
Car cette même plante est comestible, aromatique — piquante —, médicinale, mellifère. Elle accompagne discrètement d’autres espèces, s’adapte aux sols les plus ingrats, surgit là où rien d’autre ne pousse. Originaire d’Amérique centrale, elle s’est naturalisée en Europe sans demander la permission — pionnière, tenace, utile à qui sait la regarder. Dans un monde post-capitaliste, bon nombre d’adventices retrouveraient l’attrait bénéfique de ce qu’elles sont réellement : des plantes tinctoriales, mellifères, aromatiques, comestibles, médicinales. Des compagnes, des alliées, pas des ennemies.
C’est dans cet esprit que nous avons choisi ce nom. Nous aussi, nous poussons dans les interstices. Nous aussi, nous résistons aux herbicides du consensus dominant. Nous aussi, nous sommes jugées selon un référentiel que nous refusons et que nous appelons à abolir pour un autre devenir.
À celles et ceux qui marchent avec nous depuis le début : merci. Votre fidélité, votre lecture, vos retours, votre soutien discret ou actif sont le terreau sans lequel rien de tout cela n’aurait tenu.
À celles et ceux qui nous découvrent aujourd’hui : bienvenue. Vous n’arrivez pas trop tard. Le chemin se fait en marchant, et « En marchant, nous questionnons. » — à notre rythme, avec nos doutes mais avec persévérance et détermination.
En deux ans, nous avons produit plus de 550 publications — avec un peu moins d’articles en réalité, certains textes ayant été repris en plusieurs langues, preuve discrète mais réelle que les idées voyagent. Sur notre propre site, près de 60 000 vues pour quelque 31 000 visiteurs. Et grâce au relais fidèle d’infoLibertaire, qui multiplie par dix notre visibilité, c’est en effet plus de 600 000 vues au total que ces textes ont cumulées. Auxquels il faudrait ajouter — et ce n’est pas rien — les rencontres en chair et en os : forums, conférences-débats, échanges sur le terrain en France et à l’étranger, là où les idées cessent d’être des pixels pour devenir des conversations et des mises en action.
Cela reste modeste à l’échelle des enjeux historiques auxquels nous faisons face. Nous ne nous racontons pas d’histoires. Mais ce n’est pas rien non plus : c’est une diffusion réelle, progressive, obstinée — comme les graines portées par le vent.
Ces deux ans n’ont pas été simples. Le contexte ne l’est pas davantage : crise démocratique, montée des droites autoritaires, désagrégation complète des gauches, urgence écologique que les institutions de la Mégamachine continuent à ignorer grossièrement, guerres. Dans ce paysage, porter une perspective d’écologie sociale et communaliste — c’est-à-dire refuser à la fois la résignation et l’illusion — demande une certaine endurance.
C’est peut-être là que réside notre force. Non dans la grandeur des moyens, mais dans la cohérence de la démarche : une radicalité sans dogmatisme, une rigueur sans sectarisme, une persévérance qui ne se nourrit pas de victoires rapides mais de la conviction que les idées justes finissent par faire leur chemin. Nous croyons que des pratiques préfiguratives, des espaces d’autonomie et d’entraide, des assemblées et des communs peuvent se relier, se multiplier, et finir par constituer un mouvement instituant — par en bas, contre et hors des institutions capitalistes et étatiques. Pas demain. Mais dans la praxis — celle d’une communotechnie vivante : non pas une simple réappropriation des outils, mais un horizon éthique et politique — celui de communautés qui reconquièrent la maîtrise de leurs techniques (au sens large), délibèrent sur leurs fins, et font de la création collective un geste d’émancipation.
« The future must be planted in the present. » — Murray Bookchin, The Ecology of Freedom (1982)
« L’avenir doit être semé dans le présent. » — Murray Bookchin, L’écologie de la liberté (1982)
C’est pourquoi nous vous invitons, aujourd’hui, à cheminer avec nous. Rejoindre L’Adventice, ce n’est pas adhérer à un programme figé ni souscrire à une ligne. C’est participer, à votre rythme et selon vos capacités, à quelque chose qui cherche encore son chemin. Contribution libre, sans condition, sans hiérarchie entre celles et ceux qui donnent beaucoup et celles et ceux qui donnent ce qu’ils peuvent.
👉 Rejoindre L’Adventice sur HelloAsso
Les adventices ne disparaissent pas. Elles repoussent, elles essaiment, elles trouvent d’autres sols, d’autres interstices, d’autres friches — et quand elles se multiplient, c’est tout un monde qui lentement bascule, et un autre printemps qui se prépare, une utopie qui recherche son propre dépassement, sa réalisation..
— Le Collectif de L’Adventice
