Ce que nous tentons de mettre en œuvre, c’est une écologie sociale de combat cherchant à dévoiler de manière sensible et saisissable les multiples aberrations et égarement caractérisant la présente forme de société, celle qu’a progressivement mise en place le système capitaliste global pour pouvoir s’imposer et se perpétuer. Nous démontrerons pas à pas que derrière sa prétendue logique, le capitalisme est un système essentiellement morbide et prédateur, travaillant à détruire non seulement tout ce qui donne sens à notre humanité mais aussi, à travers sa démarche d’asservissement complet de l’humain et de la nature, notre environnement vital.
Loin de toute pose moraliste, ce que nous voulons avant tout démontrer et rendre visible, c’est que la vraie vie, en ce système sociétal dévoyé, est toujours plus absente. Toute joie de vivre y a été lentement étouffée par la sinistre farce organisationnelle de l’Économie politique, de la « liberté » et de la prédominance du marché, fondement idéologique de ce système.
Ce à quoi nous assistons, dans la désolation, c’est à l’imposition d’un monde qui nous est toujours plus étranger, qui s’oppose à nous en notre essence même et où l’on veut nous réduire à n’être que les spectateurs impuissants et jobardisés de notre auto-destruction en tant que genre humain.
La machine dévastatrice du capitalisme est pour sa part à l’œuvre, étendant son pouvoir depuis plusieurs siècles malgré les multiples oppositions sociales et culturelles qui se sont dressées contre elle mais qui par leur dispersion, souvent aussi par leur ignorance de la nature véritable de leur ennemi, ont jusqu’ici toujours été vaincues ou récupérées par elle.
C’est pourquoi l’écologie sociale que nous voulons promouvoir ne peut d’aucune manière se complaire dans la déploration de cette négation du vivant que représente le capitalisme global mais se doit d’aller le débusquer en ses moindres recoins pour en démontrer le caractère inacceptable. Tout exposé des constituants de la négativité se doit aussi de les combattre et de rechercher leur dépassement.
Une grande part de la puissance du capitalisme, de ce qui explique pourquoi cette nuisance mondialisée n’a pu à ce jour être renversée, c’est qu’il n’est pas seulement une vaste machinerie extérieure contraignante mais qu’il a su également prendre ses aises en chacun de nous, y établir des habitudes et des réflexes conditionnés et plus ou moins inconscients qui participent de sa continuité et de sa répétition sous toutes les formes de régimes politiques actuellement existant. L’inertie contemporaine face à un système idéologique qui est en train de détruire à grande vitesse les conditions de vie sur Terre ne peut s’expliquer autrement.
C’est pourquoi l’Écologie sociale se doit désormais de faire le lien avec ce que la riche expérience des psychothérapies a pu mettre en lumière durant plus d’un siècle. Ce n’est nullement un hasard si, actuellement, la totalité du secteur du soin consacré à toutes les espèces de désarrois psychiques, qui ne font pourtant que s’amplifier, est en pleine liquidation. L’aberrante forme d’organisation sociale mondialisée, issue de l’idéologie du capitalisme, et qui prétend se maintenir envers et contre tout, ne souhaite nullement faire face aux conséquences pourtant de plus en plus criantes de ses méfaits sur l’équilibre même de notre humanité et sur la possibilité de son devenir. Son monde de plus en plus invivable pour le plus grand nombre est donc bien en train de devenir un monde de fous mais cela ne fait plus rire personne. Au stade contemporain de cette dissolution du sens commun, les gestionnaires et responsables de ce système préfèrent s’enfermer dans le déni, d’autant qu’ils présentent eux-mêmes de plus en plus souvent des signes marqués d’égarement psychique versant dans leurs cas vers une évidente toxicité sociale et comportementale qui finit par les transformer en véritables sociopathes.
Si l’expérience même du quotidien nous amène à vérifier de plus en plus souvent cet état des choses dans cette société là, sa course vers l’irresponsabilité et finalement vers la démence, c’est probablement dans la perte accélérée du sens des mots, et à travers eux de tout ce qui nous sert de repères de compréhension mutuelle, que cela se concrétise le plus visiblement. Le vocabulaire, son usage, ses significations ne peuvent se déterminer que dans l’appartenance à un commun, à une sphère commune en mesure de se reconnaître comme telle. Le capitalisme, pour sa part, règne par la séparation et la destruction de toutes formes de communauté ne se pliant pas à son ordre pathologique. Or, dans le conflit mortel qui nous oppose à cet ordre, ce sont bien les ressources vitales que la communauté humaine, dans son ensemble, aura su conserver qui seront décisives. Parmi ces ressources, la matière ouvrant à la possibilité du dialogue, c’est à dire un langage qui soit chargé de significations et de contenus et non pas un ensemble de formules creuses à l’image de celles qu’emploient en permanence tous les gestionnaires et publicistes du système en leurs discours. Se défaire de l’emprise de ces gens là et de ce qu’ils représentent, c’est donc aussi refuser leur langage et sa vacuité, se refuser à le reproduire en une sorte de mimétisme inconscient qui finit par nous en rendre complices. Leur liberté, leur démocratie, leur valeur, leur progrès, leur ordre, leurs géographies, leurs guerres, leurs technologies ne sont pas les nôtres et sont même l’expression de ce qui nous opprime et nous est tout à fait contraire. Le capitalisme a voulu à toute force créer un monde à son image en voulant nous faire oublier la totale artificialité de ses dogmes, en voulant nous faire croire que la profonde misère existentielle dont il est la cause serait d’ordre naturel.
Le désarroi profond dans lequel nous vivons dans les temps présents, non seulement dans notre esprit mais jusque dans notre peau désigne pourtant bien une causalité centrale. Cette causalité ne demeure invisible pour beaucoup que par le fait qu’à travers sa représentation mensongère de la totalité, c’est la marche même du monde qu’elle prétend représenter. La tâche prioritaire de l’Écologie sociale et plus largement de l’humanité dans son ensemble est maintenant de détromper radicalement cette prétention et de l’envoyer au plus vite dans les poubelles de l’histoire.
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