Conférences psychanalytiques à l’usage des malades

de Georg Groddeck en 3 volumes

Groddeck a tenu ses « Conférences psychanalytiques » dans son sanatorium de Baden-Baden entre 1916 et 1919. Les textes, restés inédits jusqu’en 1978, sont le compte rendu dactylographique des séances, et la traduction française constitue leur première édition. Les Conférences étaient destinées aux patients du sanatorium et faisaient partie du traitement de Groddeck. Leur fonction est à la fois didactique et thérapeutique. Les Conférences constituent la somme groddeckienne : petit séminaire mais aussi laboratoire d’où sont issus tous les textes ultérieurs.

Groddeck est celui qui le premier exposa le processus d’une psychosomatique auto-guérisante et qui à travers cet extraordinaire cycle de conférences qui s’étalèrent sur trois années (1916-1919) en inventa et en dévoila, si l’on peut dire, la méthode.
Comme le public devant lequel étaient prononcées ces conférences, à savoir les patients du sanatorium où il exerçait, changeait continuellement, Groddeck fit de lui-même son principal objet-sujet d’analyse. Ainsi, les trois années que durèrent ces conférences sont si l’on peut dire, le temps qui lui fut nécessaire pour aller à la rencontre de lui-même, accomplir le chemin vers soi.
Il n’y a rien de manichéen chez Groddeck et l’articulation de ces conférences fait plutôt penser (comme le fait remarquer son traducteur R. Lewinter) à la composition des Variations Goldberg de Bach ou des Diabelli de Beethoven. À une mise à plat dialectique des problématiques créatrices de l’individualité et de l’intériorité.
Si chaque conférence trouve son unité propre (ainsi Groddeck débute l’une d’entre-elle avec un violent mal de crane qui aura totalement disparu à la conclusion de celle-ci), il est également indispensable de les concevoir dans leur totalité agissante.
Si c’est bien dans la psychanalyse freudienne que Groddeck trouva son inspiration principale, il est clair également que l’application pratique qu’il sut en mettre en œuvre est de sa propre invention et brille par sa profonde originalité et perspicacité.
Osez vous confronter au mode de thérapie groddeckien à travers cette lecture; vous n’en sortirez pas indemne mais probablement avec un beaucoup plus grand sentiment de clarté interne et peut-être la compréhension de cette intuition sidérante qui conclut la première conférence: « Le résultat de la vie humaine est d’être un enfant. »

Il serait tout à fait erroné de se dire que ces conférences datant de plus d’un siècle ne sont plus en mesure de nous éclairer sur la difficulté de vivre en l’époque présente car Groddeck voyait loin dans les mécanismes et possibles égarements de notre résistible humanité – la transposition contemporaine s’avère donc assez aisée. Il est peu probable que ceux qui parcourront le cycle de ces 115 conférences trouvent là matière à regret car tout y est accessible et assez facilement compréhensible. Sauf à regretter de ne pas l’avoir découvert plus tôt.

Georg Groddeck fut incontestablement un précurseur de l’Écologie Sociale telle que nous la concevons en notre Atelier.

Voici, si l’on peut dire en amuse-bouche, quelques extraits choisis un peu au hasard car c’est presque à chaque page de ces trois volumes que l’on découvre des remarques des plus pertinentes.

Si je considère le nombre de mes malades et le genre de leur maladies, alors je rencontre toujours d’une part la raison et d’autre part le sentiment; entre les deux, il n’y a pas de passerelle.

Si quelqu’un n’est pas capable d’agir, alors il souffre d’une méfiance trop forte. La question qui se pose alors, c’est d’où provient la méfiance, et pourquoi il y a tant d’êtres humains qui en souffrent constamment et qui sont incapables d’agir.

Ce qui compte, ce n’est pas si les êtres humains m’aiment bien, c’est si moi j’aime bien les êtres humains.

Les êtres humains n’ont aucun soupçon d’eux-mêmes et ne voient pas les choses les plus simples en eux et en autrui. Nous n’apprenons plus à comprendre les choses à partir d’elles-mêmes. On nous désapprend artificiellement à véritablement voir, entendre et sentir, de sorte que nous ne sommes finalement plus rien d’autre que des poupées qui sont remontées et qui jacassent.
Tout en nous est devenu machinal; mais ce qui devrait être compris, ce qui est dedans l’être humain, ça nous échappe.

L’être humain n’est pas une unité, comme une boule de verre par exemple, mais multiforme, penchant tantôt ici, tantôt là, et aspirant pourtant toujours à l’équilibre (…)
L’équilibre toutefois est quelque chose d’extraordinairement mouvant, il doit y avoir en lui un changement constant, car ce qui se trouve au premier plan change, et c’est ce changement de l’accentuation qui importe, c’est lui qui suscite la vie, qui est la vie.

L’envie, le plaisir et la pulsion à repousser la faute sur les autres.(…)
Dans le souhait de rejeter sur les autres ce qu’on réprouve chez soi-même, repose ce qui est la cause de tous les maux, (…) ça atteste un si profond manque de vérité intérieure que ça ne peut pas être puni autrement que par la ruine de l’âme et du corps.

Toutes mes communications précédentes sur le traitement de l’âme indiquent deux choses comme point d’appui. La symbolique d’une part, et l’association d’autre part. La symbolique est l’assimilation involontaire de choses différentes, où une notion prend la place d’une autre. L’association, c’est lorsqu’à une notion s’y joint une série d’autres. Ces deux piliers du traitement se trouvent partout.


Rebonds :

Partagez ...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.