L’anticapitalisme est devenu une étiquette-valise, creuse ou fourre-tout, revendiquée sur le vecteur de la Politique politicienne de l’extrême gauche à l’extrême droite, mais aussi par tout un secteur syndicaliste. Ne s’en revendiquent pas moins les écologistes, les anti-industriels, les décroissants et autres mouvances « alternatives ».

Mais à gratter un peu ces anticapitalismes, sous des vernis différents nous ne pourrons qu’en conclure que nous avons plutôt à faire à des « altercapitalismes ». A commencer par une gauche pseudo-critique jonglant tour à tour avec les concepts d’anticapitalisme et d’antilibéralisme. Un soit-disant antilibéralisme d’autant plus hypocrite et contradictoire qu’il se dira parfois critique du capitalisme « tout court ». Cet « anticapitalisme tronqué » est le fruit meurtri offert par des intellectuels de la « Gauche du Capital », ces « économistes atterrés ». Partisans de Harvey, « friotistes » ou « pikettistes », ces régulationnistes à la sauce keynésienne, s’acquittent de leurs promesses émancipatrices en vilipendant le méchant « capital financier », oubliant Marx lui-même: « le mouvement du capital n’a ni fin ni mesure ». Condamnant ce « parasite » – les banques, la finance et les paradis fiscaux tout en défendant le « bon capital » productif d’une économie soit disant réelle, pourvoyeuse d’emplois et de salaires pour les « honnêtes travailleurs ». Du déjà vu que cette configuration du « bon capitalisme » des Trente Glorieuses pour échapper au mauvais « capitalisme de casino ». Mais également du déjà vu que cette mise au pilori imaginaire de la financiarisation et du marché, à l’extrême opposé du spectre politique, comme lorsque Hitler pointait le « capital rapace » pour mieux naturaliser le capitalisme.

Dès lors, l’économie politique se mue en protectionnisme national ou global, affirmant que cette politique économique interventionniste vise à protéger et favoriser les producteurs et travailleurs nationaux face à la concurrence étrangère. Avant-même son application matérielle, déjà elle trahit idéologiquement, puisqu’elle tend à nous faire croire qu’un capitalisme « durable », ou « à visage humain » est possible. Cet « anticapitalisme tronqué » traverse tout autant la nébuleuse social-démocrate mélenchoniste, celle de Syriza, de Podemos que la frange gauchiste de l’UCL, du NPA, de LO et de Révolution Permanente. Qu’elle en appelle à l’insurrection du peuple pour atteindre le « point L » -Lénine ou Lordon- ou le vote pour LFi, cette stratégie vise le pouvoir étatique pour opérer « une redéfinition globale du marché en direction de l’État social » ? On atteint là la quadrature du cercle car il ne saurait y avoir d’économie contre l’Économie, pas plus que de politique étatique contre l’État même en l’enjolivant de social.

Dès lors, on se demande bien comment pourraient être remises en cause, en tant que telles, les formes sociales intrinsèquement capitalistes que sont, le travail, la valeur, l’argent, la marchandise, le patriarcat modernisé à la sauce « valeur dissociation », la forme juridique du droit, – protégeant la propriété privées des moyens de production, entre autres – l’oxymore d’une démocratie représentative, l’État couronnant le tout. Un synthèse sociale qui somme toute, n’a que cinq siècles d’existence.

Du côté des luttes, malgré un dévouement militant souvent acharné, le résultat d’un manque d’analyse radical, finit par produire un effet contraire à celui escompté, allant jusqu’à réclamer une reconnaissance institutionnelle, voire des subventions étatiques. Ainsi celles des travailleurs tout comme celles des communautés racisées, de genre et de sexualité réclamant une répartition plus égalitaire des fruits de la richesse. Elles finissent par s’épuiser « à l’intérieur d’un cadre juridique garantissant le jeu de la concurrence, c’est-à-dire une inclusion dans le marché consubstantielle à une exclusion structurelle. » – Sandrine Aumercier.

Devant ce mur, les alternatives pensant l’abolition de l’argent par des circuits de trocs, finissent également par se heurter à une socialisation à une échelle plus générale. Initiatives souvent intéressantes dans leurs variantes pédagogiques autogestionnaires mais qui, faute de viser les catégories essentielles de l’Économie dans un large mouvement émancipateur, peuvent jusqu’à se présenter à l’occasion, comme alternative à la seule sphère de circulation capitaliste quand celle-ci s’effondre comme en Argentine dans les années 2000. Il en va de même pour les monnaies locales, les Scoops, les entreprises expropriées et autogérées par le contrôle ouvrier, des SELS, les circuit courts, l’économie relocalisée, la simplicité volontaire, les Amaps, etc., qui par ce manque de projet commun émancipateur finissent par tomber chacune dans une espèce de phénomène identitaire inoffensif. Aussi sous l’emprise de l’Économie garantie par l’État, il ne peut en résulter que des protestations domptées, des résistances soumises, des réactions subordonnées aux fétiches tutélaires qu’elles prétendent contester.

Ernst Schmitter nous le rappelle lucidement :

« Ce que nous appelons « économie » n’est pas un domaine de la vie sociale parmi d’autres, mais un mode de destruction du monde qui s’est imposé comme totalité. L’économie capitaliste ne peut pas être corrigée ou rééquilibrée : elle doit être dépassée dans ses fondements mêmes. Le problème n’est pas la mauvaise gestion de l’économie, mais le fait qu’il y ait économie comme sphère autonome, abstraite, séparée de la vie réelle. »

Murray Bookchin insistait aussi sur cette critique essentielle permettant de nous situer au-delà de la simple critique:

« Il ne suffit pas de critiquer les effets du capitalisme, il faut démanteler les institutions et les relations sociales qui le rendent possible. La critique radicale n’est pas seulement morale ou conjoncturelle ; elle est structurelle, historique, politique. Elle nous invite à déconstruire les catégories sociales héritées du capitalisme pour en faire émerger d’autres, fondées sur la coopération, l’autonomie, la solidarité, l’éthique. »

Faute de pouvoir imaginer et pratiquer une forme de vie sociale inédite par-delà ce monde, sans un mouvement révolutionnaire fondé sur la « rupture catégorielle et ontologique«  et le basculement pratique vers une autre forme de synthèse sociale, c’est-à-dire une révolution comme sortie de l’humanité de l’économie en tant que telle, les insurrections et alternatives vides de contenu, butteront sur les contraintes imposées par la forme de vie capitaliste dont on ne sort toujours pas. Notre lutte contre le Capital, outre la résistance, se doit d´aborder tous les aspects de notre existence et de porter en son sein une autre forme de vie sociale. Soit une négation comme création clairement déterminée.

C’est dans cette direction que s’oriente la perspective communaliste : dépasser l’anticapitalisme incantatoire ou aménageable pour construire une rupture concrète, à travers la démocratie directe. Le politique visant alors la réappropriation communale et l’organisation collective des moyens de vie, une relocalisation éthique des activités productives à échelle humaine en vue de pourvoir aux besoins de toutes et de tous sans exception – minimum irréductible et égalité des inégaux – hors de la sphère marchande. Non pas une utopie hors-sol, mais un processus de reconstruction sociale ancré dans le présent, appuyé sur des agirs et des institutions populaires capables de préfigurer une société post-capitaliste, émancipée et en relation étroite, mutuellement enrichissante avec son milieu naturel.

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6 commentaires

  1. Faites avaler à une IA la totalité de la Wertkritik, de Kurz à Aumercier, et elle vous pondra un texte de ce genre. Vous en êtes là, Floréal. Un automate de la critique radicale. En tout cas, merci pour votre grande lucidité qui nous illumine. Ceci dit, elle est largement partagée parmi nous, vous savez ? Ça pense aussi dans nos rangs. Nous, cet amalgame de « gauchistes » que vous décrivez si bien de votre poste d’observation.
    Nous qui tentons, tant bien que mal, de faire ce que l’on peut avec ce qu’on a. Nous qui savourons les petites, les ridicules victoires, celles qui ne renversent rien mais qui grappillent quelques miettes de dignité ou quelques mois de sursis avant la prochaine offensive du Capital. Et dans ce « sursis », il y a tout. Y compris, oui, la rage au ventre face au pire. Alors vous pensez quoi, sérieusement ? Qu’on ne peut pas avoir très bien lu et compris la Wertkritik et en même temps désirer ardemment, ne serait-ce que pour respirer, que LFI remplace la macronie ? Oui, on en est là. On adorerait, croyez-moi, réaliser la « rupture catégorielle et ontologique ». La perspective existe parmi nous. Et pas qu’un peu. Plus ou moins nette chez chacun, mais globalement là. Mettez-vous ça dans la tête. Mais je vous en prie, descendez de votre chaire, venez parmi nous. En AG, dans une occupation, sur un piquet de grève, ou dans n’importe lequel de nos regroupements confus et contradictoires, et proposez-la. Le réel sur lequel vous vous cognerez vous fera écrire avec moins d’automatisme.
    Venez donc parmi nous, vous verrez, vous serez bien reçu, je pense. Non pas parce que nous ignorerions ce que vos concepts recouvrent. L’époque où il fallait ferrailler pour expliquer que le travail n’est pas une catégorie anthropologique mais le cœur de la domination fétichiste est, pour une bonne part, chaque jour croissante, derrière nous. Nous ne manquons pas de savoir, le savez-vous ? Simplement, on n’est plus en 1990. Si Kurz écrivait Lire Marx aujourd’hui, il ancrerait sa relecture, pour une part, dans les déterminations actuelles des concepts ésotériques marxistes. C’était là sa force, vous n’en faites rien.
    Les contradictions qui nous traversent évoluent, car le capitalisme évolue à mesure qu’il entre en crise et tente de la dépasser. Crise et critique. Pas seulement la « critique », Floréal ! Et que ne fait-il pas, ce capitalisme, pour surmonter sa crise actuelle, sinon retourner à son code génétique ? La thèse de Kurz sur la modernité née de « l’économie politique des armes à feu » n’a jamais été aussi concrète. La valorisation par la destruction, la fuite en avant dans la production de moyens de mort pour différer l’effondrement, ce n’est plus une simple théorie, c’est le bulletin d’information de 20h.
    Et quelles analyses sur nos luttes ? Regardez ce qui traverse nos mouvements, de la manière la plus massive et la plus « confuse » qui soit : la Palestine. Vous y voyez sans doute un anti- impérialisme classique, sentimental et sans fondement catégoriel, un gloubi-boulga crasseux adorateur de pâles figures à la Bouteldja. Mais c’est précisément là que vous vous trompez. La lutte contre le sionisme, dans sa forme actuelle, est une démonstration éclatante que la Wertkritik résonne pour une part dans nos pratiques. Car le sionisme, dans sa réalisation étatique ACTUELLE, n’est-il pas l’exemple paradigmatique, presque chimiquement pur, de cette modernité guerrière et mortifère ? Une « guerre de fondation de l’État » permanente, une « machine militaire hors-sol » qui ne peut survivre que par son articulation à la logique capitaliste la plus avancée et par la gestion destructrice d’une population superflue. Ce n’est pas un accident de l’histoire, c’est la logique même du capital parvenue à son stade terminal. Quand nos camarades, dans un apparent désordre théorique, luttent contre cet État, ils ne s’opposent pas simplement à une politique coloniale, ils se heurtent concrètement à l’incarnation même de la valeur en armes. C’est une application dialectique, vivante et sanglante de la théorie, bien loin de vos récitations.

    Alors, votre « perspective communaliste », votre « réappropriation communale »… magnifique. Mais comment on y va ? Dites-nous. Comment passe-t-on du blocage d’un entrepôt Amazon, action nécessairement ponctuelle et symbolique, à l’abolition concrète de la marchandise ? Expliquez-nous, à nous qui peinons à organiser un simple tour de garde, comment on met en place une « organisation collective des moyens de vie » à l’échelle d’un quartier, sans que cela ne se transforme immédiatement en une nouvelle micro-entreprise de la survie, aussitôt réabsorbée ou folklorisée.
    Le drame n’est plus l’aveuglement, Floréal, on vous l’a dit, c’est la lucidité. Et votre texte est une preuve de plus que la théorie, quand elle tourne à vide, devient son propre fétiche. Un mantra. Une récitation juste, mais morte, parce que désincarnée. Un zombie
    Alors la prochaine fois que vous écrirez sur « nous », sur nos confusions et nos échecs, épargnez-nous de faire l’épigone nébuleux. La critique de la valeur n’est pas un catéchisme à réciter, c’est un outil pour déchiffrer le présent en train de se faire et de se défaire. Venez plutôt élaborer la critique sur les déterminations concrètes et actuelles de la crise, mais faites-le parmi nous. Dans le bruit de nos assemblées, dans l’épuisement de nos actions, dans la merde de nos contradictions. C’est là, et seulement là, que la théorie redevient vivante.
    Tout le reste n’est que de la glose pour initiés. Et nous n’avons plus le temps pour ça

    • Jamal, pour commencer, te dire qu’en ce qui me concerne, n’ayant jamais posé les pieds sur les gradins d’une Université, je n’aurai aucun mal à descendre de cette « chaire » imaginaire qui me servirait selon tes propos de « poste d’observation ». Et comme je pense être une personne agissante, même lorsque je pense, je me sens à la même hauteur que toi ou de ces « Nous » énigmatiques que tu évoques sans cesse, sans savoir si tu parles au nom de tous « les gauchistes », de ton Parti ou de ton groupe d’action directe. C’est donc à ras du sol, ancien ouvrier du bâtiment et actuellement agriculteur, – on ne peut plus à ras du sol – que je vais entamer cette conversation avec toi, en te tutoyant. J’aurais bien aimé que tu m’en dises plus sur toi, au lieu de te réfugier derrière le NOUS anonyme. Cependant, je ne doute aucunement ni de ta sincérité ni de tes convictions, surtout celles se référant à « la critique de la valeur dissociation », la seule que tu évoques par ailleurs. Je regrette juste le ton agressif et péremptoire de tes objections à ma très -trop- courte recension des « anticapitalismes ». Car voilà des propos bien peu affables si tu cherches à ouvrir un dialogue ; à l’image de cet oxymore nommé IA à laquelle tu prétends me réduire puis encore : « là, Floréal. Un automate de la critique radicale. » ou bien cette peu aimable incitation à me « mettre ça dans la tête », puisque selon toi, mes propos ne seraient que pure « récitations » – « hors sol ». Diable, diable, j’en suis encore tout transi.

      Toutefois, je vais me centrer sur la fond en passant au-dessus de la forme même si l’on peut se demander si elles sont vraiment séparables. Un jour je demanderai sans doute à l’IA, elle doit savoir….
      Je distingue dans ton texte, deux parties, d’abord celle que j’aurais pu signer. Elle concerne la critique de la valeur que tu sembles bien connaître et je m’en réjouis, car elle est pour moi, incontournable, la considérant comme je le signale dans mon texte: Soit une négation comme création clairement déterminée.
      Cette première partie de ton texte que j’approuve commence par ces propos : « La thèse de Kurz sur la modernité née de l’économie politique des armes à feu » n’a jamais été aussi concrète… et ce jusqu’à : « ils se heurtent concrètement à l’incarnation même de la valeur en armes. »

      La seconde partie démarre après ce bref exposé qui attribue à Kurz une capacité critique hautement positive: « C’est une application dialectique, vivante et sanglante de la théorie, bien loin de vos récitations. » Mais as-tu pensé à poser aux « critiques de la valeur dissociation » cette question qui suit: « Comment passe-t-on du blocage d’un entrepôt Amazon, action nécessairement ponctuelle et symbolique, à l’abolition concrète de la marchandise ? » Aurais-tu cherché à savoir si Kurz lui-même avait essayé de répondre à cette question ? De le faire tu te serais aperçu qu’il avait avancé des propositions très peu connues encore mais qui ne diffèrent guère de celles avancées par Bookchin, voire celles de Castoriadis. Te serais tu exclamé alors qu’il s’agit là d’ « Un mantra. Une récitation juste, mais morte, parce que désincarnée. Un zombie. » ? Deux poids, deux mesures ?

      Tiens à propos et pour te prendre au mot, je viens de poser une question à l’IA et là j’ai eu peur car , oh horreur ! il se pourrait que tu aies raison, qu’elle soit ma « mère idéologique » :

      « Agir ici et maintenant » (Floréal Romero) est un livre qui ne se contente pas de critiquer, mais propose des pistes d’action concrètes et des exemples d’expérimentations qui se développent au quotidien pour sortir du système capitaliste, en s’appuyant sur la pensée de l’écologie sociale de Murray Bookchin et du municipalisme libertaire. L’ouvrage, qualifié d’essai autant que de manifeste, offre des conseils pratiques et une vision pour une puissance d’agir collective et anonyme face à la crise environnementale

      En tout cas pour en revenir à l’essentiel et qui mobilise tous nos efforts au sein de l’Atelier d’écologie sociale et communalisme, tu le traduis Alors, votre « perspective communaliste », votre « réappropriation communale »… magnifique. Mais comment on y va ? Comment passe-t-on du blocage d’un entrepôt Amazon, action nécessairement ponctuelle et symbolique, à l’abolition concrète de la marchandise ?

      Question essentielle que celle-ci et si je répondais par une recette toute faite, tu aurais raison de t’en inquiéter car militer n’est pas suivre une recette. Afin que la « Wertkritik résonne pour une part dans nos pratiques » comme tu le souhaites, il nous faut avant tout se réapproprier l’histoire, mettre en œuvre un patrimoine immatériel, celui des rêves et des luttes de tou·tes celles et ceux qui nous ont précédé·es sans oublier les apories qui se répètent sans cesser et dans lesquelles tu retombes de façon assez caricaturale. En fait ton « je et ton Nous » devraient arrêter de « travailler du chapeau », se référer à la Wertkritik , affirmant l’avoir très bien comprise et en même temps désirer ardemment, ne serait-ce que pour respirer, que LFI remplace la macronie.

      C’est oublier ce dont nous avertissait Bookchin et qui a quelque chose à voir avec cette indispensable récupération de l’histoire:
      « Chaque compromis, surtout une politique du moindre mal, conduit invariablement à des maux plus grands. C’est par une série de moindres maux offerts aux Allemands pendant la République de Weimar que Hitler a accédé au pouvoir. Hindenburg, le dernier de ces moindres maux, qui fut élu président en 1932, a nommé Hitler chancelier en 1933, donnant le fascisme à l’Allemagne, pendant que les sociaux-démocrates continuaient à voter pour un moindre mal après l’autre jusqu’à ce qu’ils obtiennent le pire de tous les maux. »

      Sans aller aussi loin, rappelons l’illusion qui avait grandi tout au long des années de luttes tous azimuts des années 1970: il suffirait d’une victoire électorale pour changer la vie. Avec celle de Mitterrand, le 10 mai1981, l’immense enthousiasme populaire qui a suivi l’annonce de ce résultat a lui-même été suivi d’une récession et dégringolade des luttes sans précédant. Puis la succession des alternances entre gouvernements de droite menant des politiques de droite et gouvernements de gauche menant des politiques de droite, jusqu’à l’effondrement en 2017 de ce duopole, avec l’élection d’Emmanuel Macron. Mitterrand, en plus d’avoir réhabilité Le Pen dans le seul but de sa réélection fut déjà, tout comme Hollande de manière encore plus directe après lui, un marchepied pour la macronie. Que de modernisateurs du capitalisme ! Au suivant ! Pourquoi pas Mélenchon ?

      D’ailleurs, le travail de sape de ce dernier, en attendant les élections est assez éloquent. N’a-t-il pas déjà commencé à l’occasion du récent « Bloquons tout » comme nous le montre le « Moine Bleu » ?

      « Grâce aux efforts conjoints de l’intersyndicale, équipée de ses services d’ordre, et du Soviet Suprême de LFI, ayant efficacement signifié aux potentiels trouble-fêtes l’interdiction absolue de toute action offensive ces derniers jours, le mouvement Bloquons Tout ! se trouve, comme prévu, effectivement bloqué. Charge, maintenant, aux prolétaires d’attendre avec discipline les prochaines élections. À l’issue desquelles le Front républicain devrait, une fois encore, faire la démonstration de sa pertinence stratégique. Tout se passe conformément au plan. 
      Venceremos ! »

      Mais cette ambiguïté du recours à la « gauche du capital », ne trouverait-il pas son origine dans cet « activisme de la précipitation » dont tu sembles faire l’apologie, celle de vouloir des résultats immédiats. Résultats frustrés te pouss ant in fine à choisir ce moindre mal, celle de l’illusion de la protection social-démocrate. Là aussi il nous faudra apprendre de l’histoire sinon nous ne ferons que la répéter, faire du surplace, ou pis encore, marcher à reculons. A bien te regarder toi-même, toi et tes « Nous » et à relire tes dires il se pourrait bien que tes dires correspondent à ce que tu me reproches. Car, oui, j suis pour la lutte mais tout en regardant de temps en temps derrière soi, ce que tu ne sembles faire aucunement, pour ne pas reproduire ces erreurs monumentales. Et là comme tu le dis : « C’est là, et seulement là, que la théorie redevient vivante. Tout le reste n’est que de la glose pour initiés. Et nous n’avons plus le temps pour ça. »

      « La révolte des années 1960, malgré toutes ses idées généreuses, s’est effondrée entre autres parce que les jeunes radicaux exigeaient une satisfaction immédiate et des succès sensationnels. Si les gens croient aujourd’hui que la politique est comme une machine distributrice dans laquelle on dépose sa pièce de 25 cents et qui expulse une tablette de chocolat, alors je leur recommanderais de retourner à la vie privée. » Bookchin

      Et de poursuivre: « Les gens doivent se préparer, ils doivent s’aguerrir, ils doivent avoir de la force de caractère, ils doivent incarner la culture politique de l’avenir dans leur propre caractère pour créer un mouvement qui pourrait un jour changer la société pour qu’elle soit libertaire, communaliste et politique dans le meilleur sens de ce mot. »

      Comme tu le vois, c’est bien dans cette perspective que se situe l’Atelier d’écologie sociale et communalisme, celle de l’indispensable création d’un mouvement politique révolutionnaire. Ce mouvement consistant en un aller-retour constant entre théorie et pratique, ce que Castoriadis appelait praxis – comme déjà le faisait Marx – et qu’il défendait avec ferveur:

      « La praxis est donc ce qui vise le développement de l’autonomie comme fin et utilise à cette fin l’autonomie comme moyen. Ainsi définie, la praxis ne se réduit pas à l’application d’un savoir préalable. Elle est un processus créatif : « l’objet même de la praxis c’est le nouveau » et « son sujet lui-même est constamment transformé à partir de cette expérience où il est engagé et qu’il fait mais qui le fait aussi. » Elle est « l’agir réflexif d’une raison qui se crée dans un mouvement sans fin comme à la fois individuelle et sociale. »

      Là aussi, dans sa partie positive l’on peut faire appel à l’expérience, celle de nos aînés ayant développé des stratégies pour développer des processus révolutionnaires., non pas pour les copier mais pour s’en inspirer. C’est ce que je te conseille humblement de lire à ce propos dans ces deux textes que j’ai également rédigé :

      https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2024/07/18/revolution-et-collectivisations-en-espagne/
      https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2025/03/30/pour-une-strategie-communaliste/

      D’autres articles suivront à ce propos et nous n’aurons de cesse de réfléchir à cette question cruciale. Je te propose même de te joindre à nous pour cette réflexion essentielle, celle nous permettant de développer une intelligence collective contre l’oxymore de l’IA et son manque d’humour et d’amour, afin de développer une stratégie communaliste pour Ici et Maintenant et qui nous permette de sortir de l’impasse.

    • Il me semble que la Wertkritik, de Kurz à Aumercier, si elle n’est pas générée par IA, est le produit d’une écriture automatique.

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