« CYNISME » – Abécédaire de l’Écologie Sociale
Quote from Steka on 4 July 2025, 16h29Si l’on s’interroge sur ce qui permet psychiquement à certains d’exercer sans honte un pouvoir abusif sur tout ce qui les environne, on rencontre presque systématiquement des formes de cynisme instaurées qui font office de paravent aux individus concernés. Que ce soit le pouvoir de l’argent ou celui que cherche à s’accaparer un politicien quelconque ou même celui d’un simple mafieux, le cynisme devient très vite la parade permettant d’occulter la médiocrité du comportement et la corruption de l’esprit qui ne peut que l’accompagner. Très peu des individus concernés sont en effet en mesure de s’assumer comme salop-e-s et se voient donc dans la nécessité de se construire un voile justificatif leur permettant de continuer leur route destructrice tout en gardant l’illusion d’un vestige de conscience. La panoplie de rôles donnant ouverture à cette illusion est assez large. Citons en priorité la raison d’État, la religion, la famille, l’individualisme décomplexé axé sur la réussite sociale ou encore le ressentiment devenu mode d’existence au quotidien. Remarquons que ces différents éléments peuvent éventuellement s’associer en une combinatoire qui offrira les meilleurs résultats en terme de couverture et permettra au cynique de se trouver plus à l’aise, si l’on peut dire.
La raison d’État associée généralement au nationalisme ou à la patrie autorise beaucoup de choses, le plus souvent infâmes, à ceux qui s’y prêtent. Au nom d’une totalité abstraite censée fictivement représenter l’intérêt commun dans un cadre national, les actions les plus criminelles s’en trouvent subitement justifiées. Ce n’est pas sans cynisme que les décideurs et exécuteurs de ces basses-œuvres semblent trouver en ce cadre une forme d’absolution de leurs méfaits et prétendent même, ultérieurement, en tirer une sorte de gloire qui ne sera pourtant reconnue que par leurs semblables ou dans des pseudo-livres d’histoire spécialement conçus pour eux. Il faut d’ailleurs reconnaître que toutes les époques, jusqu’à ce jour, ont trouvé leurs lots de crapules acceptant de se glisser dans ces rôles.
La religion n’est pas seulement un opium du peuple. Elle est aussi la feuille de vigne de nombre de gens de pouvoir qui semble leur autoriser toutes les infamies. On sait de longue date que la religion, quelle qu’elle soit, est très souvent associée à la plus grande hypocrisie, couvrant de son moralisme de façade les comportements les plus affligeants et les plus répréhensibles. On croyait il y a quelques décennies s’en être enfin débarrassé. À tort visiblement car elle a fait retour et tout spécialement dans les divers cercles de la domination qui ont estimé qu’en finalité ils ne pouvaient s’en passer et que l’épouvantail religieux avait son utilité en les parant d’une sorte d’éthique qui leur manquait absolument. Et puis les guerres de religions ou en leurs noms, c’est bien commode pour justifier l’injustifiable.
La famille, du fait de son caractère autocentré, justifie subjectivement nombre d’activités crapuleuses. Sa défense, sa protection, semble autoriser chez certains toutes les exactions et leur permet d’échapper, selon les apparences, à tout sentiment de culpabilité. Du chef de cartel au chef d’entreprise, du politicien au haut-fonctionnaire dépositaires d’un pouvoir détourné, on les voit tous trôner au milieu de leur famille comme dans le meilleur des mondes, oublieux des ravages qu’ils peuvent commettre dans la sphère publique. D’une manière plus banale encore, on observe que ce qui est considéré comme tout à fait condamnable à l’extérieur de la famille, chez les autres, reçoit rapidement absolution à l’intérieur de son cercle.
L’individualisme associé à la réussite sociale apparaît désormais comme un foyer particulièrement actif du déploiement d’un cynisme décomplexé. Le manque total de scrupules y est considéré comme un mérite qui ne saurait que trouver sa récompense. On y grimpe comme en rampant ainsi que put le dire en son temps un encyclopédiste. L’avidité, le désir de parvenir, en sont les principaux moteurs. On ne peut s’abstenir de constater que l’idéologie du capitalisme, en son stade contemporain, en jetant au caniveau toutes les prétentions moralistes qui cherchèrent à le justifier antérieurement, est le terrain idéal favorisant la floraison particulièrement néfaste de cette espèce invasive.
Le ressentiment fait également et très logiquement florès dans ce type de société. Le plus grand nombre ne pouvant que s’y ressentir, plus ou moins confusément, comme floué, victime d’une injustice qu’il croit le viser tout particulièrement. N’étant pas en mesure d’y reconnaître un système en toute ses dimensions, le ressentiment se cherche des coupables qu’il faut punir. C’est ici que le ressentiment rejoint également une forme de cynisme ; c’est que craignant les puissants, l’être du ressentiment tourne sa hargne vers les plus faibles en qui il croit distinguer une menace pour sa conservation. Le cynisme travaille alors en meute.
Rebonds :
Si l’on s’interroge sur ce qui permet psychiquement à certains d’exercer sans honte un pouvoir abusif sur tout ce qui les environne, on rencontre presque systématiquement des formes de cynisme instaurées qui font office de paravent aux individus concernés. Que ce soit le pouvoir de l’argent ou celui que cherche à s’accaparer un politicien quelconque ou même celui d’un simple mafieux, le cynisme devient très vite la parade permettant d’occulter la médiocrité du comportement et la corruption de l’esprit qui ne peut que l’accompagner. Très peu des individus concernés sont en effet en mesure de s’assumer comme salop-e-s et se voient donc dans la nécessité de se construire un voile justificatif leur permettant de continuer leur route destructrice tout en gardant l’illusion d’un vestige de conscience. La panoplie de rôles donnant ouverture à cette illusion est assez large. Citons en priorité la raison d’État, la religion, la famille, l’individualisme décomplexé axé sur la réussite sociale ou encore le ressentiment devenu mode d’existence au quotidien. Remarquons que ces différents éléments peuvent éventuellement s’associer en une combinatoire qui offrira les meilleurs résultats en terme de couverture et permettra au cynique de se trouver plus à l’aise, si l’on peut dire.
La raison d’État associée généralement au nationalisme ou à la patrie autorise beaucoup de choses, le plus souvent infâmes, à ceux qui s’y prêtent. Au nom d’une totalité abstraite censée fictivement représenter l’intérêt commun dans un cadre national, les actions les plus criminelles s’en trouvent subitement justifiées. Ce n’est pas sans cynisme que les décideurs et exécuteurs de ces basses-œuvres semblent trouver en ce cadre une forme d’absolution de leurs méfaits et prétendent même, ultérieurement, en tirer une sorte de gloire qui ne sera pourtant reconnue que par leurs semblables ou dans des pseudo-livres d’histoire spécialement conçus pour eux. Il faut d’ailleurs reconnaître que toutes les époques, jusqu’à ce jour, ont trouvé leurs lots de crapules acceptant de se glisser dans ces rôles.
La religion n’est pas seulement un opium du peuple. Elle est aussi la feuille de vigne de nombre de gens de pouvoir qui semble leur autoriser toutes les infamies. On sait de longue date que la religion, quelle qu’elle soit, est très souvent associée à la plus grande hypocrisie, couvrant de son moralisme de façade les comportements les plus affligeants et les plus répréhensibles. On croyait il y a quelques décennies s’en être enfin débarrassé. À tort visiblement car elle a fait retour et tout spécialement dans les divers cercles de la domination qui ont estimé qu’en finalité ils ne pouvaient s’en passer et que l’épouvantail religieux avait son utilité en les parant d’une sorte d’éthique qui leur manquait absolument. Et puis les guerres de religions ou en leurs noms, c’est bien commode pour justifier l’injustifiable.
La famille, du fait de son caractère autocentré, justifie subjectivement nombre d’activités crapuleuses. Sa défense, sa protection, semble autoriser chez certains toutes les exactions et leur permet d’échapper, selon les apparences, à tout sentiment de culpabilité. Du chef de cartel au chef d’entreprise, du politicien au haut-fonctionnaire dépositaires d’un pouvoir détourné, on les voit tous trôner au milieu de leur famille comme dans le meilleur des mondes, oublieux des ravages qu’ils peuvent commettre dans la sphère publique. D’une manière plus banale encore, on observe que ce qui est considéré comme tout à fait condamnable à l’extérieur de la famille, chez les autres, reçoit rapidement absolution à l’intérieur de son cercle.
L’individualisme associé à la réussite sociale apparaît désormais comme un foyer particulièrement actif du déploiement d’un cynisme décomplexé. Le manque total de scrupules y est considéré comme un mérite qui ne saurait que trouver sa récompense. On y grimpe comme en rampant ainsi que put le dire en son temps un encyclopédiste. L’avidité, le désir de parvenir, en sont les principaux moteurs. On ne peut s’abstenir de constater que l’idéologie du capitalisme, en son stade contemporain, en jetant au caniveau toutes les prétentions moralistes qui cherchèrent à le justifier antérieurement, est le terrain idéal favorisant la floraison particulièrement néfaste de cette espèce invasive.
Le ressentiment fait également et très logiquement florès dans ce type de société. Le plus grand nombre ne pouvant que s’y ressentir, plus ou moins confusément, comme floué, victime d’une injustice qu’il croit le viser tout particulièrement. N’étant pas en mesure d’y reconnaître un système en toute ses dimensions, le ressentiment se cherche des coupables qu’il faut punir. C’est ici que le ressentiment rejoint également une forme de cynisme ; c’est que craignant les puissants, l’être du ressentiment tourne sa hargne vers les plus faibles en qui il croit distinguer une menace pour sa conservation. Le cynisme travaille alors en meute.
Rebonds :
The agora aims to be a space for exchange, reflection and research for all those who aspire to transform our society towards lifestyles that are more respectful of the environment, fairer, and rooted in direct democracy and local solidarity. Inspired by the ideas of Murray Bookchin and communalist thought, this forum is a place where the voices of individuals and communities can come together to build a future based on decentralization, collective self-management and respect for people and our ecosystems.
Here, we address a diversity of topics that touch on the issues of social ecology: defense of the commons, local collective management initiatives, resistance to unwanted infrastructure, sustainable practices, or the creation of people’s assemblies. We want to encourage constructive, respectful discussions that allow everyone to share their ideas, experiences and knowledge to strengthen our actions and enrich our collective thinking.
Whether you’re an activist, researcher, student or simply curious about these issues, you’ll find a welcoming and committed community here. This forum is first and foremost a tool for our common struggles and alternatives, a space to ask questions, share resources and develop concrete strategies to move forward together, creating an emancipatory movement towards a model of society based on direct democracy, mutual aid, solidarity and respect for nature.
Don’t hesitate to sign up, take part in discussions or even launch your own topics. Together, let’s build a space for dialogue and inspiration to imagine solutions rooted in respect for living things and the power of local communities in permanent tension, but above all outside state and capitalist structures!