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« LANGAGE » – Abécédaire de l’Écologie Sociale

Le terrain du langage est un espace crucial dans la guerre qui nous oppose au système de domination capitaliste. Ce système, à travers son contrôle massif des médias, à travers aussi les formes spécifiques données à ce que l’on nomme encore « éducation » mais aussi par l’emprise du numérique et de ses algorithmes, cherche à imposer son vocabulaire, sa syntaxe, son interprétation unilatérale des choses. En finalité, il cherche à rendre son monde comme étant le seul monde possible et envisageable.

Et effectivement, beaucoup de gens n’y trouvent plus les mots et la manière pour dire ce qu’ils vivent et ressentent ; pour exprimer et faire connaître leur opposition, leur refus de ce système qui, à travers le langage qu’il utilise, cherche à renforcer son monopole du discours et à imposer sa propre interprétation de ce qui existe. Il s’agit pour lui d’instaurer un langage inoffensif et neutralisé qui dissimule l’ignominie de la réalité présente à tous les niveaux de la structure sociale et ce dès l’enfance.

Il faut se rendre compte qu’il s’agit d’une démarche volontaire et permanente ayant pour but l’abêtissement des populations pour les rendre plus malléables, pour les faire rentrer dans les moules de cette société soumise au règne de la marchandise et de ses technologies. Décrypter les réalités de la société contemporaine, cela ne peut se faire dans la facilité et avec les formes d’expression de notre ennemi le Capitalisme (ou quelque soit le nom que l’on veuille lui donner).

Il faut nécessairement nous distancer par rapport à ces formes, par rapport à cette langue de bois qui ne signifie plus rien. C’est à dire être exigeant vis-à-vis de nous-mêmes au niveau de notre expression mais aussi vis-à-vis de nos lecteurs qui ne pourront retrouver un pouvoir d’agir que s’ils acceptent la nécessité d’avoir à réfléchir et donc d’avoir à se confronter à ce à quoi ils ne sont pas habitués et même parfois à ce qui dérange.

Ce serait se leurrer nous-même et leurrer aussi ceux que nous cherchons à atteindre que de croire que le dépassement de ce monde se fera dans la facilité, à coup de slogans qui ont depuis longtemps perdus leur force d’interpellations, qui ne rencontrent plus aucune oreille qui veuillent les entendre, de changements constitutionnels qui n’apporteront jamais aucune garantie sur le sens qui leur sera donné par les hiérarchies en place et tant que celles-ci seront en mesure de s’imposer. Plus la domination se montre comme étant le parti de la bêtise structurelle du langage, plus nous nous devons d’être du parti de ceux qui cherchent à aller à l’encontre de cette forme majeure de l’aliénation.

Nous ne cherchons à surplomber personne, toute notre démarche tente de travailler au contraire à l’émergence d’une intelligence collective du plus grand nombre qui puisse être en mesure de prendre le dessus face à la stupidité de cette pseudo-société qui nous oppresse tous et qui ne peut que nous mener au désastre – à court terme maintenant. Si nous nous refusons à reproduire un certain type de jargon universitaire derrière lequel s’abrite trop souvent ce milieu particulier, il ne saurait non plus être question de se contenter d’un écrire au plus simple. Les problèmes ou phénomènes que nous avons à traiter sont souvent complexes parce que recouvrant des décennies, parfois des siècles, de processus aliénatoire ; pour y faire face, il nous faut tout au contraire retrouver une maîtrise des langues qui sont les nôtres et œuvrer à son partage. Nous ne nous adressons pas à une quelconque élite; d’ailleurs nous n’en reconnaissons aucune.

Le chemin vers le développement d’une véritable intelligence collective ne passe certainement pas par cet avachissement du langage qui convient si bien aux forces de la domination et auquel elles s’emploient activement. Ce n’est pas parce que nous savons que beaucoup de gens ont été comme dépossédés des moyens d’une expression et même d’une compréhension qui leur soient propres que nous devons nous faire piéger et finalement participer à prolonger cet état. Nous devons travailler au contraire à éveiller les consciences, à les stimuler, pour qu’elles puissent retrouver leur autonomie ; non pas les conforter en leur absence et en sa répétition.

Cette question du langage, d’une réappropriation de son potentiel subversif, de sa vivacité retrouvée, est bien au cœur de notre affrontement avec les forces de l’aliénation vouées à la prolongation quoiqu’il en coûte du système d’oppression capitaliste.


Rebonds :

A la lecture de cet article très intéressant et de ceux proposés en rebond “Radicalité” et “Dialogue” j’ai pensé qu’il serait probablement utile de confronter ces trois mots  à la réalité de l’actualité du moment dont les municipales 2026 et ses différents acteurs font partie… un futur article que l’on pourrait nommé : “Radicalité & Dialogue : une fausse opposition ?”

A cette fin, je proposerai prochainement une version martyre aux membre de notre Atelier avec un chapeau introductif qui pourrait être quelque chose du type : “Les pensées radicales — et parmi elles l’écologie sociale communaliste — sont souvent accusées de sectarisme ou de refus du dialogue. Cette critique, qui provient aussi bien des institutions que d’organisations se réclamant du changement social, masque mal l’inconfort que provoque toute remise en cause profonde des structures existantes. Mais la radicalité n’est ni fermeture ni dogme : elle est un appel à transformer les conditions mêmes du dialogue, pour le rendre plus réel, plus conflictuel, plus démocratique.”

Très souvent la pensée critique est perçue comme un enfermement idéologique qui n’admettrait pas la contradiction. Alors qu’elle est avant tout recherche de la possibilité d’un dépassement de ce qui existe présentement et donc curieuse de tout ce qui pourrait en participer et permettrait d’ouvrir quelque peu à de nouveaux horizons. La radicalité qui peut s’afficher dans un discours, justement parce qu’elle tente de se saisir des choses à leurs racines, en leurs causalités profondes, peut être ressentie comme abrupte par beaucoup parce que cela heurte leurs croyances et leurs perceptions habituelles au sujet de ces choses. Il y manque le temps du débat et du dialogue qui donnerait espace à l’appropriation commune d’une réflexion qui n’apparaitrait plus alors comme étrangère mais deviendrait progressivement beaucoup plus familière.

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TerKo

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