El Ágora

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Livre "Pour un nouveau communalisme"

Je tombe sur plusieurs annonce de la sortie de ce livre et je suis curieux : Pour un nouveau communalisme, les communes au coeur de la révolution citoyenne, publié par l’institut de la Boétie (cercle des Insoumis, si j’ai bien suivi) par un quatuor d’auteur, et préfacé par… Jean-Luc Mélenchon.

https://institutlaboetie.fr/pour-un-nouveau-communalisme/

Est-ce que quelqu’un l’a lu ? De prime abord, ça semble toujours opportuniste quand ça paraît juste avant des élections municipales et par un parti politique qui s’autoédite. Mais j’essaie aussi de ne pas tomber dans les préjugés trop facile et j’avoue ne pas connaître les auteurs & autrices.

Salut VTG,

Je ne l’ai pas lu, et pour être transparent je n’en ai pas spécialement l’envie. Non par réflexe pavlovien ou par rejet a priori, mais parce que je connais assez bien le fonctionnement de La France insoumise et de ses structures satellites pour y avoir moi-même milité un temps — à une période où je cherchais encore une voie politique cohérente avec mes aspirations.

Cette expérience m’a surtout permis de comprendre une chose : derrière un vocabulaire parfois séduisant, la logique reste celle d’un parti classique, fortement verticalisé — pour ne pas dire stalinien dans ses modes d’organisation et de discipline interne — avec une stratégie fondamentalement nationale, parlementaire et présidentielle. Dans ce cadre, l’irruption du mot « communalisme » — portée ici par une structure directement liée à LFi, à l’approche des municipales — m’apparaît moins comme une découverte théorique que comme un usage stratégique et opportuniste.

Sur ce point précis, j’avais proposé il y a quelque temps un texte au collectif de l’Atelier, qui sera probablement publié prochainement, et qui tente d’apporter quelques éléments d’analyse sur cette récupération conceptuelle. Je le partage ici en primeur, si ça peut nourrir la discussion :

« Nouveau communalisme » : quand les partis capturent les mots pour neutraliser les forces émancipatrices

Depuis quelques mois, à l’approche des municipales 2026, le mot « communalisme » sort de son terreau historique (écologie sociale, municipalisme libertaire, démocratie directe, confédéralisme) pour devenir un label électoral. Ce glissement n’a rien d’anecdotique : il touche au nerf des batailles politiques contemporaines — la bataille du sens.

Le symptôme est désormais affiché sans détour : l’Institut La Boétie (structure liée à LFi) promeut un ouvrage intitulé Pour un nouveau communalisme : les communes au cœur de la révolution citoyenne, explicitement arrimé à la séquence municipale, avec une préface de Jean-Luc Mélenchon, et présenté comme un livre « essentiel » pour « gouverner les communes ». (Institut la Boétie)
Or, ce cadrage dit déjà l’essentiel : il ne s’agit pas d’instituer un pouvoir populaire autonome, mais d’habiller une stratégie de conquête institutionnelle avec un mot chargé d’histoire révolutionnaire.

L’Atelier l’a formulé clairement : « Communalisme ou électoralisme ? » — autrement dit : s’agit-il de construire la démocratie directe, ou de capter son prestige pour alimenter la “politique” telle qu’elle existe ? (Communalisme ou électoralisme ?)

1) L’anatomie d’un détournement : comment un parti “mange” un concept

Un parti n’emprunte pas un mot comme on emprunte un outil neutre. Un parti recode : il prend un terme, le dépouille de ce qui le rend dangereux, puis le réinjecte dans un récit compatible avec sa finalité centrale : l’accès au pouvoir d’État (ou, au minimum, la reproduction de son appareil, de ses cadres et de ses positions).

C’est exactement ce que montre la communication de l’Institut La Boétie : le « communalisme » y est réinscrit dans une trajectoire où la commune devient un “maillon” d’une stratégie nommée « révolution citoyenne », et où l’objectif opérationnel est la bataille municipale.
On peut partager telle ou telle critique du « néolibéralisme urbain » ; ce n’est pas le sujet. Le point décisif est ailleurs : la forme politique proposée.

Car le communalisme (au sens bookchinien / écologie sociale) n’est pas un supplément d’âme de la gestion municipale. C’est une rupture : remplacer les institutions étatiques (et leurs relais locaux) par une démocratie directe fondée sur des assemblées populaires souveraines, fédérées et confédérées — avec des délégués mandatés et révocables, et une logique de double pouvoir.

Dès lors, parler de « communalisme » tout en promettant de « gouverner les communes » produit une confusion structurante : la commune n’est plus l’espace d’une auto-institution populaire ; elle redevient une prise dans l’échiquier institutionnel.

Précisons-le sans ambiguïté, afin d’éviter tout faux procès : il ne s’agit pas ici de dire aux personnes ce qu’elles devraient ou ne devraient pas faire dans leurs engagements locaux, ni de distribuer des certificats de pureté politique. Chacun est libre de croire — ou non — à la possibilité d’agir dans le cadre d’élections municipales, de municipalismes ou de stratégies institutionnelles.

Ce que nous contestons, en revanche, c’est l’usage du mot “communalisme” pour désigner des pratiques et des formes politiques qui lui sont structurellement incompatibles. Car à ce point, il ne s’agit plus d’un désaccord tactique, mais d’un détournement conceptuel : faire passer pour communalisme ce qui relève de la représentation électorale et de la verticalité institutionnelle revient à falsifier une forme d’organisation fondée, précisément, sur la démocratie directe, l’auto-institution populaire, la décentralisation et la déspécialisation du pouvoir.

C’est à cette confusion — et à cette falsification — que l’Atelier s’oppose, et qu’il continuera de nommer chaque fois que cela sera nécessaire.

2) La Politique vs Le Politique : la ligne de fracture que les partis doivent effacer

L’écologie sociale communaliste insiste sur une distinction vitale : la politique (comme métier, compétition, carrières, institutions) n’est pas Le Politique (comme puissance collective de décider et de faire ensemble). (📜 Le POLITIQUE contre la politique)

Cette critique n’est pas un jugement moral porté sur “les élu·es” : elle est structurelle.

L’Abécédaire « POLITIQUE » le dit très clairement : la corruption du politicien n’est pas d’abord affaire de psychologie individuelle ; elle tient à la fonction, à la place occupée dans une structure sociale (capitalisme mondialisé, institutions, carrières) qui façonne l’essentiel des comportements — et fabrique une caste. (« POLITIQUE » – Abécédaire de l’Écologie Sociale)

Autrement dit : ce n’est pas “tel individu” qu’il faudrait purifier, c’est la forme qu’il faut dépasser.

C’est précisément cette ligne de fracture que les partis doivent brouiller. Pourquoi ? Parce que si les gens comprennent que le politique est leur affaire — quotidienne, locale, confédérale, concrète — alors la politique professionnelle perd sa légitimité. Le communalisme, pris au sérieux, est donc anti-parti par construction : non par posture, mais parce qu’il vise à déspécialiser le pouvoir, à empêcher sa confiscation.

Et cela rejoint une intuition plus large, posée par l’Atelier dans « 10 septembre 2025… Et si maintenant nous prenions nos affaires en main pour de bon ? » : tant qu’on attend des “solutions” d’en haut, tant qu’on remplace l’action collective par la délégation, on reste captifs du même monde — alors que l’enjeu est de commencer à bâtir l’autre, ici et maintenant, contre toutes les dominations. (Et si maintenant nous prenions nos affaires en main pour de bon ?)

3) Le vote comme piège structurel : la démocratie réduite à son échec

L’Atelier n’a jamais dit “ne votez jamais” comme slogan moral. Il dit : le vote n’est pas la démocratie. Le vote peut même devenir l’expression de l’échec démocratique : l’incapacité à construire un champ du commun où chacun puisse se retrouver. (« VOTE » – Abécédaire de l’Écologie Sociale)

Cela ne signifie pas “désert absolu”. Cela signifie : ne pas confondre un geste de délégation périodique avec une pratique de souveraineté populaire. Or toute stratégie partisane a besoin de cette confusion. Parce que le parti vit de la délégation : il prétend incarner, représenter, traduire. Même quand il promet “participation”, il l’encadre. Même quand il promet “citoyenneté”, il la reconfigure en public de ses campagnes.

Vouloir associer communalisme et participation électorale relève d’un égarement ; soutenir des partis “au nom du communalisme” revient à renforcer la triste représentation de la démocratie libérale — et l’histoire du système représentatif est celle de la falsification de la démocratie effective. Encore une fois : ce n’est pas une insulte, c’est une thèse politique sur la forme et le fond — les moyens et les fins.

4) Pourquoi la récupération accélère : 2026, la fenêtre municipale, la “marque” communalisme

À l’approche de 2026, le mot « communalisme » circule désormais hors des cercles qui l’ont construit, et certaines formations revendiquent un horizon “communaliste” pour leurs listes locales. Le texte « Communalisme ou électoralisme ? » a décrit ce glissement et les confusions qu’il engendre, en particulier lorsque le vocabulaire de l’émancipation est mobilisé pour légitimer des stratégies de conquête institutionnelle. (Communalisme ou électoralisme ?)

Dans le cas de LFi, cette appropriation est appuyée par une véritable infrastructure politique et médiatique : institut de formation, publication dédiée, tournée nationale, relais militants et communication centralisée. (Institut la Boétie)

Ce n’est pas un hasard si le terme est ainsi mis en avant : il est hautement rentable sur le plan symbolique.
Il évoque le collectif, le local, la démocratie directe ; il convoque l’héritage de la Commune ; il est encore suffisamment méconnu pour être redéfini rapidement ; et il offre un vernis anti-système à une stratégie pourtant pleinement institutionnelle.

Pour autant, il serait politiquement insuffisant — et même contre-productif — de considérer que toute référence au municipal relèverait mécaniquement du même type de récupération. L’article de l’Atelier consacré aux Perspectives du PEPS adopte à dessein une autre démarche : il distingue, discute, analyse les propositions, pointe à la fois les proximités apparentes et les glissements problématiques, sans mettre sur le même plan une initiative encore marginale, traversée de tensions réelles, et la puissance de frappe d’un parti institutionnel national solidement installé. (Détournement de l’esprit du communalisme)

Cette exigence de discernement est d’autant plus nécessaire que la dynamique observée dépasse largement le cadre français. Elle s’inscrit dans un contexte idéologique global de décomposition, où des forces pourtant opposées — de l’extrême droite la plus réactionnaire à la gauche réformiste — en viennent à mobiliser des schémas explicatifs étonnamment similaires : dénonciation d’un capitalisme “déviant” ou “parasitaire”, appel à un retour à une économie productive “saine”, tout en évacuant les causes structurelles du capitalisme lui-même.

C’est précisément ce brouillage que met en lumière le texte « L’œuf du serpent : la vague ultra comme symptôme de la dégradation du capital », en montrant comment ces lectures superficielles, bien que politiquement antagonistes en apparence, convergent dans leur incapacité à penser une rupture réelle — et contribuent, chacune à leur manière, à canaliser les colères populaires vers des impasses institutionnelles ou redistributives. (L’œuf du serpent : la vague ultra comme symptôme de la dégradation du capital)

Autrement dit, il ne s’agit pas de distribuer des anathèmes, mais de tenir une boussole politique claire : à quel moment la logique électorale, même parée d’un vocabulaire radical, transforme-t-elle un horizon d’émancipation en simple programme de gestion ?

5) La perfidie n’est pas psychologique : elle est structurelle

Si nous voulons une analyse radicale et réaliste, loin du procès d’intention, alors disons-le clairement : la perfidie principale n’est pas dans la tête de tel dirigeant (même si certains le sont…), ni dans la moralité de tel militant. Elle est dans la forme-parti.

Le parti — ou parti de fait, parfois dissimulé sous l’appellation de “mouvement” — même “de rupture”, est construit pour :
— concentrer la décision,
— homogénéiser la ligne,
— produire des porte-parole,
— discipliner la base,
— transformer des conflits sociaux en compétition électorale,
— et faire dépendre l’horizon politique d’un calendrier institutionnel.

Le parti ne “trahit” pas par accident : il absorbe.
Il ne “dénature” pas par méchanceté : il reformate pour survivre.
Il n’“annexe” pas par erreur : il neutralise ce qui pourrait le dépasser.

Voilà pourquoi les meilleurs concepts finissent en slogans — et pourquoi les slogans finissent en programmes — et pourquoi les programmes finissent en gestion : une gestion qui entretient la dépossession et la frustration permanente de la population, la source même de la séparation… et de la montée des extrémismes.

6) La preuve par le contenu : ce que le communalisme devient quand on le rend compatible

Une fois le mot capturé, plusieurs amputations deviennent nécessaires :

  1. Disparition de l’anti-étatisme réel

    Le communalisme vise un contre-pouvoir autonome qui remplace progressivement l’État ; la version électorale vise une “bonne gestion” et une “réforme” à l’intérieur du cadre. (Contre la perversion du communalisme)

  2. Dissolution du confédéralisme

    Sans confédération de communes (et sans internationalisme), le “communalisme” se réduit à un localisme administré — un communalisme réduit au local n’a pas de sens : le projet vise la planète entière contre États et frontières.

  3. Neutralisation du double pouvoir

    Le double pouvoir implique une concurrence de légitimité : l’assemblée populaire contre l’institution. Or une campagne municipale classique ne peut pas porter cette tension jusqu’au bout sans se nier elle-même. L’enjeu n’est pas d’atteindre la mairie, mais de vider les institutions de leur sens par l’autogestion et la réappropriation populaire.

  4. Substitution “citoyenne” au peuple agissant

    Le mot “citoyen” devient souvent le masque poli de la délégation : on “associe”, on “consulte”, on “participe”, mais on ne décide pas souverainement.

Bref : rendu compatible, le communalisme cesse d’être un projet d’émancipation et devient une esthétique politique.

7) Que faire : tenir la ligne, clarifier, instituer

Face à cette offensive sémantique et politique, la riposte ne peut pas être seulement défensive ou réactive. Elle doit être instituante — c’est-à-dire capable de produire ses propres formes, ses propres normes, ses propres pratiques, au lieu de courir derrière l’agenda des forces dominantes.

a) Clarifier publiquement (sans se perdre en querelles secondaires)

L’Atelier le fait déjà, et doit continuer à le faire : nommer la récupération, rappeler les fondements du communalisme, pointer la contradiction irréductible entre logique communaliste et logique électoraliste.

Cette clarification n’est ni polémique ni identitaire : elle est politique au sens fort. Comme le rappelle l’Abécédaire de l’écologie sociale, les mots sont des enjeux de pouvoir : laisser un concept être redéfini par ses adversaires, c’est accepter que le terrain de la lutte soit déplacé sans combat.
Nommer la falsification empêche qu’elle devienne une évidence médiatique ; poser des distinctions claires empêche la confusion organisée de se transformer en “sens commun”.

Il ne s’agit pas d’entrer dans une guerre de chapelles, mais de tenir une ligne intelligible, transmissible, et vérifiable par les pratiques.

b) Réancrer le communalisme dans des pratiques vérifiables

Une définition qui ne se prouve pas par des formes concrètes est vulnérable à toutes les récupérations. Le communalisme ne peut donc pas rester un horizon abstrait, un corpus théorique ou un slogan mobilisateur : il doit s’incarner.

Là où des assemblées populaires se tiennent réellement, où les mandats sont discutés, limités, révocables, où des décisions collectives sont prises et mises en œuvre, où des communs sont institués et défendus, le mot “communalisme” retrouve immédiatement sa densité politique. Il cesse d’être appropriable comme simple étiquette.

C’est ce que rappelle Le POLITIQUE contre la politique : le politique n’existe pas dans les discours, mais dans la capacité effective d’agir ensemble. Là où cette capacité se développe, la domination recule ; là où elle est absente, les institutions se referment et se reproduisent.

c) Refuser le chantage au “réalisme”

Contre le “réalisme de pacotille” qui invite sans cesse à se plier aux règles du jeu existant au nom de l’efficacité, il faut opposer un réalisme plus profond, plus exigeant.

Le véritable irréalisme consiste à croire que la démocratie représentative, structurellement arrimée au capitalisme et à l’État, pourrait produire l’émancipation qu’elle promet depuis des décennies. Comme le montre le manuscrit, ce régime ne cesse de reproduire la séparation, la dépossession et l’impuissance politique, tout en recyclant périodiquement l’espoir pour mieux le neutraliser.

Le réalisme communaliste, au contraire, part d’un constat simple : sans auto-organisation populaire, sans institutions démocratiques directes, sans contre-pouvoirs enracinés, aucune transformation durable n’est possible. Ce réalisme n’est pas une fuite hors du monde, mais une prise au sérieux des conditions matérielles et politiques de l’émancipation.

c bis) Refuser le chantage à l’« union de la gauche ou des gauches » : une incompatibilité de projet, pas une querelle tactique

Il faut également refuser sans ambiguïté le chantage permanent à l’union de la gauche — qu’il s’agisse de « gagner les élections » ou de « faire barrage à l’extrême-droite ».

Ce refus n’est ni une posture morale, ni un caprice stratégique : il repose sur une incompatibilité de fond entre deux projets de société.

L’écologie sociale communaliste, dans le sillage de Murray Bookchin, ne propose pas une meilleure gestion du monde existant, mais une rupture avec les formes historiques de domination que sont le capitalisme, l’État, la bureaucratie et la délégation politique. Elle vise la réappropriation collective du pouvoir, par des assemblées populaires souveraines, confédérées, capables de décider et de produire leurs propres normes. Autrement dit : elle s’attaque à la racine du problème politique — la séparation entre gouvernants et gouvernés.

À l’inverse, les partis de gauche institutionnelle, quelles que soient leurs inflexions discursives, ne sortent pas du cadre étatique-capitaliste. Ils en acceptent les présupposés fondamentaux : croissance, économie marchande, centralité de l’État, primat de la représentation. Leur horizon n’est pas l’auto-institution de la société, mais la gestion “plus juste” d’un système dont ils ne contestent ni la structure, ni la logique profonde. En ce sens, ils coulissent, comme les partis de droite, le long du même vecteur – celui du capitalisme, avec des vitesses et des habillages différents.

Cornelius Castoriadis l’avait formulé avec une lucidité implacable : la social-démocratie n’est pas une alternative au capitalisme, mais son mode de régulation politique dans les phases de crise. En prétendant humaniser un système fondé sur l’hétéronomie, elle a contribué à désarmer l’imaginaire radical, à substituer la gestion à l’institution, et à transformer la politique en administration des choses plutôt qu’en création collective de sens.

Le chantage à l’union fonctionne précisément sur cette neutralisation : il impose l’idée que toute rupture réelle serait irresponsable, dangereuse, voire complice de l’extrême-droite. Or l’histoire montre exactement l’inverse. La montée de l’extrême-droite et de l’extrême-centre autoritaire — dont le macronisme est aujourd’hui l’expression la plus aboutie — ne résulte pas d’un “défaut d’union”, mais d’une accumulation d’échecs, de renoncements et de trahisons des forces se réclamant de la gauche gouvernementale.

L’extrême-centre n’est pas un accident : c’est la forme politique contemporaine de la défense du capitalisme lorsque les médiations traditionnelles (partis, syndicats, compromis sociaux) s’effondrent. Et lorsque ses intérêts fondamentaux sont menacés, il n’hésite pas à converger avec l’extrême-droite — sur l’autoritarisme, le sécuritaire, le contrôle social, la criminalisation des luttes. Cette convergence n’est pas une dérive : elle est structurelle.

Dans ce contexte, continuer à appeler à l’union de la gauche revient à recycler les causes mêmes de ce que l’on prétend combattre. L’histoire électorale est éloquente : de la stratégie mitterrandienne de réhabilitation du Front national — utilisée cyniquement pour verrouiller le jeu politique — aux politiques sociales-démocrates européennes qui ont accompagné la précarisation et la dépossession, les digues dites “républicaines” ont souvent fabriqué le terrain sur lequel prospèrent les forces autoritaires.

Refuser cette union, ce n’est donc pas diviser le camp de l’émancipation : c’est refuser de dissoudre un projet révolutionnaire dans une coalition de gestionnaires. C’est affirmer que l’alternative à l’extrême-droite ne se trouve pas dans un cartel électoral de plus, mais dans la reconstruction d’une puissance populaire autonome, capable de refaire société hors du capitalisme et de l’État.

Dans cette perspective, un travail essentiel pour l’Atelier consiste aussi à documenter concrètement ce qui se joue sur le terrain, à mesure que la séquence électorale approche. Non pour distribuer des consignes, mais pour comprendre finement les stratégies à l’œuvre.

Il peut ainsi être politiquement fécond de porter une attention particulière à certaines situations locales : des communes ou des “patelins” où existe un militantisme anti-parti, sensible aux idées communalistes, confronté à une droite électoraliste ou à une gauche municipaliste reprenant le vocabulaire du communalisme comme levier d’attraction pour “prendre le pouvoir”.

De tels contextes — où des groupes de citoyennes et de citoyens tentent par exemple de faire exister des assemblées populaires comme contre-pouvoir, indépendamment des calendriers électoraux — constituent des laboratoires politiques précieux. Les observer, les analyser, en tirer des enseignements collectifs permettrait de nourrir des analyses ultérieures, bien plus solides que toute abstraction ou polémique de principe.

d) Construire un mouvement, pas un parti

Enfin, le communalisme ne peut advenir ni par décret, ni par victoire électorale, ni par l’addition de listes locales isolées. Il exige un mouvement : un processus long, conflictuel, cumulatif, capable de confédérer des expériences, des luttes, des territoires, des imaginaires.

Comme le rappelle 10 septembre 2025…, il ne s’agit plus d’attendre des “conditions favorables”, mais de prendre nos affaires en main, ici et maintenant, en assumant la lenteur, les tâtonnements et les déséquilibres propres à toute construction émancipatrice réelle.

Un mouvement, et non un parti :
— parce qu’il ne vise pas la conquête du pouvoir, mais sa dissolution dans le commun ;
— parce qu’il ne produit pas des cadres professionnels, mais des capacités partagées ;
— parce qu’il ne promet pas des lendemains électoraux, mais construit des commencements politiques réels. (Et si maintenant nous prenions nos affaires en main pour de bon ?)

C’est à cette condition seulement que le communalisme cessera d’être une idée séduisante pour devenir une force historique.

Conclusion : la bataille n’est pas un mot, c’est un pouvoir

La séquence actuelle révèle une vérité décisive : si un parti se met à parler votre langue, ce n’est pas qu’il vous a compris — c’est qu’il a compris que votre langue peut servir sa stratégie. La captation du mot communalisme n’est pas un malentendu ; c’est un acte politique conscient, inscrit dans une logique de pouvoir.

Le communalisme n’est pas un décor municipal, ni une méthode de gouvernance locale parmi d’autres. Il est une proposition de renversement : rendre à la société la capacité de s’auto-instituer, de décider collectivement de ses conditions d’existence, de produire ses normes, ses usages, ses formes de vie — hors du capitalisme, hors de l’État, hors de la délégation politique.

C’est précisément pour cela qu’il est incompatible avec la logique partisane, avec l’électoralisme, avec les appels récurrents à l’union de la gauche. Non par refus de l’unité populaire, mais parce que l’unité ne peut pas se faire au prix de la neutralisation du projet. Une unité fondée sur la gestion du système existant ne combat ni ses causes profondes ni les forces autoritaires qu’il engendre.

La montée conjointe de l’extrême-centre autoritaire et de l’extrême-droite ne se combattra pas par un recyclage des mêmes recettes institutionnelles, ni par un élargissement indéfini de coalitions électorales. Elle ne se combattra que par la reconstruction d’une puissance populaire autonome, capable de refaire société là où le capitalisme et l’État ont produit séparation, dépossession et impuissance.

La bataille qui s’ouvre n’est donc pas seulement sémantique, même si les mots y jouent un rôle central. Elle est institutionnelle au sens fort : qui institue quoi, comment, et au profit de qui. Elle est une bataille pour le pouvoir — non pas le pouvoir de gouverner les autres, mais la capacité collective de décider ensemble.

Oui, la confusion va s’accélérer. Oui, la machine partisane dispose de relais, de médias, d’écoles de formation, de cadres et de moyens considérables. Mais une force de frappe n’est pas une force de vérité, et encore moins une force d’émancipation.

Cette bataille n’est pas seulement nationale : elle est le reflet d’un écroulement global des formes politiques capables de penser, de décrire et de transformer les sociétés.

Comme le souligne L’œuf du serpent, à l’échelle planétaire — qu’il s’agisse de VOX en Espagne ou des forces réformistes en France — la même incapacité à penser les causes profondes du capitalisme conduit à des récits qui neutralisent toute perspective antagoniste et font converger, par illusion séductrice, des forces qui devraient être irréconciliables. (L’œuf du serpent : la vague ultra comme symptôme de la dégradation du capital).

Un mot n’appartient à personne.

Ce qui compte, c’est le monde qu’il rend possible — et les pratiques concrètes qui lui donnent sens et chair.

L’histoire a déjà montré ce que deviennent les projets d’émancipation lorsque leurs mots sont confisqués par des forces de domination : vidés de leur sens, retournés contre ceux qu’ils prétendaient libérer.

Le communalisme ne vivra que là où des femmes et des hommes reprennent effectivement leurs affaires en main.

Tout le reste n’est que récupération, gestion — et prolongation du monde que nous combattons.

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