Techniques - technologies et société communaliste
Citation de TerKo le 25 juillet 2025, 13h47Éléments pour un dialogue lucide entre écologie sociale et critique anti-industrielle
(À partir de la lecture croisée de « Mensonges renouvelables & capitalisme décarboné » de Nicolas Casaux et « Technique autoritaire et technique démocratique » de Lewis Mumford)
Comment penser les choix techniques et technologiques dans une société réellement écologique, démocratique et non hiérarchique ? Cette question traverse de nombreux débats récents, y compris au sein de notre atelier. Elle est complexe, car elle touche à la fois aux conditions matérielles de l’autonomie et à l’horizon d’une société post-capitaliste. Elle exige de sortir des oppositions binaires, sans renoncer à une pensée critique.
Les ouvrages Mensonges renouvelables & capitalisme décarboné de Nicolas Casaux et Technique autoritaire et technique démocratique de Lewis Mumford apportent chacun, à leur manière, des éléments pour ce débat. Mais leur lecture appelle aussi des mises en discussion, notamment à partir de l’écologie sociale inspirée par Bookchin.
1. De quoi parle-t-on vraiment quand on parle de « technique » ou de « technologie » ?
Il semble y avoir, dans certains débats, une confusion entre ces deux termes. Certains critiques anti-industriels tendent à rejeter globalement « la technologie », en tant que forme aliénante, tandis que d’autres — nous y compris — préfèrent poser la question plus « finement » : toutes les technologies sont-elles aliénantes par nature ? Ou faut-il distinguer selon leur échelle, leur structure sociale, leur rapport à l’autonomie humaine ?
Au sein de l’atelier, Floréal nous invite à sortir d’une opposition trop nette entre « technique » (associée au monde communaliste, artisanal, humain) et « technologie » (assimilée à la production industrielle à grande échelle et in fine au capitalisme). Il a très certainement raison de rappeler que certaines formes technologiques — y compris automatisées ou partiellement industrialisées — peuvent être nécessaires dans une société post-rareté au sens de Bookchin : pour produire des outils de base (clous, machines simples), des instruments de soin (chirurgie, prothèses), ou pour répondre aux besoins d’une population nombreuse.
Cette distinction entre technique et technologie ne doit donc pas devenir une opposition de principe. Mais cela n’empêche pas de poser la question suivante : dans une société libérée de la logique du profit, du salariat et de la valorisation marchande, à quelles formes techniques donnerait-on la priorité ? Et comment décider, collectivement, de ce qui est soutenable, désirable, maîtrisable ?
Comme l’a bien rappelé Steka dans un récent échange sur L’Agora :
« La vraie question n’est pas ce que nous souhaiterions abstraitement comme techniques, mais ce que permettrait une société communaliste fidèle à l’écologie sociale : sans travail aliéné, sans capital, sans hiérarchie, en harmonie avec la nature et avec elle-même. »
2. Des critiques utiles, mais parfois insuffisantes
La force du livre de Casaux réside dans sa dénonciation du « mensonge renouvelable » : ce que le capitalisme nomme « transition verte » n’est souvent qu’une opération de verdissement de ses logiques extractives, centralisées et dominantes. Ce qu’il dénonce, c’est un mensonge structurel, un récit hégémonique construit par les classes dominantes pour repeindre en vert les logiques industrielles les plus destructrices :
« La civilisation industrielle s’apprête à achever de détruire ce qu’il reste du monde naturel, mais désormais au nom de l’écologie. »
Il met aussi en lumière les mécanismes de récupération des luttes écologiques par les institutions du système. Casaux parle d’une véritable « cogestion du désastre » :
« L'ONG-isation de la résistance produit des activistes professionnels, payés pour organiser des happenings, qui passeront d’une ONG à une autre, sans jamais remettre en cause le cœur du système. »
— Mensonges renouvelables, p. 107Ci-dessous le schéma de principe du mécanisme de récupération et de neutralisation des luttes écologiques et sociales par les ONG, fondations et institutions dominantes :
Mais cette critique, aussi salutaire soit-elle, ne va pas toujours jusqu’à poser les conditions concrètes d’une production alternative. Casaux, comme d’autres anti-industriels, tend à inverser les fins et les moyens : il fait de la technique le cœur du problème, sans toujours distinguer entre les usages capitalistes de certaines technologies et les formes possibles d’appropriation collective.
Or, comme le souligne Floréal, le cœur du capitalisme n’est pas la technique, mais la valorisation de la marchandise et la production illimitée de désirs artificiels. Le problème n’est pas tant la machine que ce qu’elle produit, pourquoi et pour qui.
Bookchin lui-même s’est peu à peu rapproché de la critique de Mumford sur ce point :
« La notion que la science et la technique sont autonomes par rapport à la société est une des illusions les plus insidieuses de notre temps. »
— Toward a Democratic Conception of Science and Technology, 19873. Un projet politique avant tout
La grille de lecture proposée par Lewis Mumford — entre techniques « autoritaires » et « démocratiques » — peut nous aider à penser ces enjeux sans tomber dans une technophobie paralysante. Ce n’est pas la présence d’une technique qui importe, mais ce qu’elle exige en termes de pouvoir, de ressources, de dépendances. Une centrale nucléaire n’est pas une scierie coopérative. Une plateforme numérique privative n’est pas un outil d’autogestion locale. Ces choix ne sont pas neutres : ils façonnent en partie les sociétés qui les utilisent — et inversement.
Dans cette perspective, la question devient : quelles techniques seraient compatibles avec une société communaliste fondée sur les principes de l’écologie sociale ? Non pas à partir d’un catalogue idéal, mais en partant de contraintes bien réelles : ressources limitées, populations nombreuses, besoins fondamentaux à satisfaire, réparation des dégâts écologiques et sociaux hérités.
4. Ce que nous pouvons faire dès maintenant
Plutôt que d’opposer une vision « anti-technique » à une vision « techno-critique », ne s’agirait-il pas de rouvrir l’espace d’une réflexion collective sur les usages, les besoins, et les moyens ?
Floréal le dit avec justesse : ce n’est pas une idéologie qui imposera la sobriété, mais les limites physiques de nos milieux de vie. Et en même temps, pour nous, ces limites ne sont pas forcément une catastrophe, mais une occasion de repenser le sens de nos existences, nos priorités, notre rapport au travail, au soin, à la nature, à la technique et aux technologies.
Cela demandera des efforts, y compris pour celles et ceux qui vivent aujourd’hui dans des conditions modestes dans les pays industrialisés. Il faudra renoncer à certaines formes de confort standardisé, réapprendre des savoir-faire, reconstruire de l’autonomie collective. Mais il y a aussi là un immense champ de créativité, d’émancipation, de réappropriation. Loin d’un retour à la bougie, il pourrait s’agir d’un ré-ancrage dans le réel, où les technologies — choisies, comprises, maîtrisées — redeviendraient des outils au service de la vie commune.
5. Et si on repartait du sens de la vie humaine ?
À la question « quelles techniques pour une société communaliste ? », Steka propose un renversement salutaire : et si l’on partait non pas des objets ou des moyens, mais de ce que suppose une vie véritablement humaine ? Une vie qui ne soit ni sacrifiée à la production, ni grevée par des nuisances subies, ni conditionnée par des infrastructures que personne ne voudrait assumer.
- Qui a envie de vivre à côté d'une usine, d'y travailler, d'en adopter les rythmes ?
- Qui veut vivre près d’une centrale nucléaire ou enfouir des déchets toxiques dans sa cave ?
- Qui désire vraiment habiter au pied d’un champ d’éoliennes géantes ou de panneaux solaires industriels ?
- Qui veut aller creuser les mines de terres rares ou extraire le lithium dans des conditions dégradantes ?
Pas nous, sans doute. Mais alors qui ?
Ces interrogations prennent toute leur force si l’on accepte d’élargir le débat au regard des formes historiques d’organisation sociale. Steka, en s’appuyant notamment sur Clastres et Marx, souligne un point essentiel : ce n’est pas la rareté qui fonde le travail, mais l’inégalité. Ce que le capitalisme ne peut tolérer, ce n’est pas la misère, mais l’existence d’une abondance hors du travail.
Clastres écrivait ainsi :
« Grande était la réprobation à constater que des gaillards pleins de santé préféraient s’attifer comme des femmes de peintures et de plumes au lieu de transpirer sur leurs jardins. Gens donc qui ignoraient délibérément qu’il faut gagner son pain à la sueur de son front. C’en était trop, et cela ne dura pas : on mit rapidement les Indiens au travail, et ils en périrent. »
Et plus loin :
« Le refus des sociétés primitives de laisser le travail et la production les engloutir (...) l’impossibilité intrinsèque de la concurrence ; en un mot, l’interdiction, non formulée mais dite cependant, de l’inégalité. »
Ce que cette réflexion nous rappelle, c’est que la technique n’est pas neutre : elle porte en elle une histoire, des rapports sociaux, des volontés de domination — notamment d’origine militaire, coloniale, capitaliste. Comme le montre Engels dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre, l’introduction de machines n’a pas aboli l’exploitation : elle l’a redéployée ailleurs, souvent dans les colonies ou à la périphérie du système.
Conclusion – Une éthique des moyens
Un dialogue critique avec les penseurs anti-industriels – comme Nicolas Casaux ou Miguel Amorós – peut nourrir utilement notre réflexion. Non pour épouser toutes leurs positions, mais pour éviter le piège d’un technophilisme involontaire ou hérité, qui naturaliserait des dispositifs façonnés par l’ordre dominant. Remettre la technique à sa juste place : derrière les choix politiques, éthiques et écologiques.
Nous sommes encore au milieu du gué, dans le cours d’un débat. Mais certaines lignes se dessinent. Pour les communalistes que nous sommes, une société émancipée n’est pas celle qui dispose des outils les plus puissants, mais celle qui choisit des moyens en cohérence avec ses fins. Une société où l’on ne délègue pas les décisions techniques à des experts, mais où l’on débat collectivement de ce qui est juste, vivable, désirable. Une société où les techniques prolongent les conditions de la vie plutôt que d’y faire écran. Une société, enfin, où les moyens ne sont pas secondaires, mais porteurs en eux-mêmes d’un imaginaire politique, d’un rapport au monde – car ils sont déjà la preuve de ce que nous voulons bâtir.
Mais à ce stade, comme le souligne si justement Steka dans une intervention sur L’Agora, il ne semble pas inutile de reposer la question : qu’est-ce donc que la technique – ou la technologie – pour nous ? Que pourrait-elle devenir, dans une société libérée du capitalisme, du patriarcat et des logiques étatiques ? Que serait une technique qui ne soit plus cette extériorité évidente, ce dehors opaque à l’humain, mais une modalité d’inscription dans le monde, pleinement assumée, comprise, débattue, maîtrisée ? Reconnaissons-le : la réponse est loin d’être simple. Mais c’est une des nombreuses tâches qui nous attend, si nous voulons que l’écologie sociale reste fidèle à sa promesse.
Nous relayons cet article sur L’Agora, notre espace de débat, pour poursuivre la discussion ensemble. Vos contributions y sont les bienvenues.
Rebonds :
Éléments pour un dialogue lucide entre écologie sociale et critique anti-industrielle
(À partir de la lecture croisée de « Mensonges renouvelables & capitalisme décarboné » de Nicolas Casaux et « Technique autoritaire et technique démocratique » de Lewis Mumford)
Comment penser les choix techniques et technologiques dans une société réellement écologique, démocratique et non hiérarchique ? Cette question traverse de nombreux débats récents, y compris au sein de notre atelier. Elle est complexe, car elle touche à la fois aux conditions matérielles de l’autonomie et à l’horizon d’une société post-capitaliste. Elle exige de sortir des oppositions binaires, sans renoncer à une pensée critique.
Les ouvrages Mensonges renouvelables & capitalisme décarboné de Nicolas Casaux et Technique autoritaire et technique démocratique de Lewis Mumford apportent chacun, à leur manière, des éléments pour ce débat. Mais leur lecture appelle aussi des mises en discussion, notamment à partir de l’écologie sociale inspirée par Bookchin.
1. De quoi parle-t-on vraiment quand on parle de « technique » ou de « technologie » ?
Il semble y avoir, dans certains débats, une confusion entre ces deux termes. Certains critiques anti-industriels tendent à rejeter globalement « la technologie », en tant que forme aliénante, tandis que d’autres — nous y compris — préfèrent poser la question plus « finement » : toutes les technologies sont-elles aliénantes par nature ? Ou faut-il distinguer selon leur échelle, leur structure sociale, leur rapport à l’autonomie humaine ?
Au sein de l’atelier, Floréal nous invite à sortir d’une opposition trop nette entre « technique » (associée au monde communaliste, artisanal, humain) et « technologie » (assimilée à la production industrielle à grande échelle et in fine au capitalisme). Il a très certainement raison de rappeler que certaines formes technologiques — y compris automatisées ou partiellement industrialisées — peuvent être nécessaires dans une société post-rareté au sens de Bookchin : pour produire des outils de base (clous, machines simples), des instruments de soin (chirurgie, prothèses), ou pour répondre aux besoins d’une population nombreuse.
Cette distinction entre technique et technologie ne doit donc pas devenir une opposition de principe. Mais cela n’empêche pas de poser la question suivante : dans une société libérée de la logique du profit, du salariat et de la valorisation marchande, à quelles formes techniques donnerait-on la priorité ? Et comment décider, collectivement, de ce qui est soutenable, désirable, maîtrisable ?
Comme l’a bien rappelé Steka dans un récent échange sur L’Agora :
« La vraie question n’est pas ce que nous souhaiterions abstraitement comme techniques, mais ce que permettrait une société communaliste fidèle à l’écologie sociale : sans travail aliéné, sans capital, sans hiérarchie, en harmonie avec la nature et avec elle-même. »
2. Des critiques utiles, mais parfois insuffisantes
La force du livre de Casaux réside dans sa dénonciation du « mensonge renouvelable » : ce que le capitalisme nomme « transition verte » n’est souvent qu’une opération de verdissement de ses logiques extractives, centralisées et dominantes. Ce qu’il dénonce, c’est un mensonge structurel, un récit hégémonique construit par les classes dominantes pour repeindre en vert les logiques industrielles les plus destructrices :
« La civilisation industrielle s’apprête à achever de détruire ce qu’il reste du monde naturel, mais désormais au nom de l’écologie. »
Il met aussi en lumière les mécanismes de récupération des luttes écologiques par les institutions du système. Casaux parle d’une véritable « cogestion du désastre » :
« L'ONG-isation de la résistance produit des activistes professionnels, payés pour organiser des happenings, qui passeront d’une ONG à une autre, sans jamais remettre en cause le cœur du système. »
— Mensonges renouvelables, p. 107
Ci-dessous le schéma de principe du mécanisme de récupération et de neutralisation des luttes écologiques et sociales par les ONG, fondations et institutions dominantes :
Mais cette critique, aussi salutaire soit-elle, ne va pas toujours jusqu’à poser les conditions concrètes d’une production alternative. Casaux, comme d’autres anti-industriels, tend à inverser les fins et les moyens : il fait de la technique le cœur du problème, sans toujours distinguer entre les usages capitalistes de certaines technologies et les formes possibles d’appropriation collective.
Or, comme le souligne Floréal, le cœur du capitalisme n’est pas la technique, mais la valorisation de la marchandise et la production illimitée de désirs artificiels. Le problème n’est pas tant la machine que ce qu’elle produit, pourquoi et pour qui.
Bookchin lui-même s’est peu à peu rapproché de la critique de Mumford sur ce point :
« La notion que la science et la technique sont autonomes par rapport à la société est une des illusions les plus insidieuses de notre temps. »
— Toward a Democratic Conception of Science and Technology, 1987
3. Un projet politique avant tout
La grille de lecture proposée par Lewis Mumford — entre techniques « autoritaires » et « démocratiques » — peut nous aider à penser ces enjeux sans tomber dans une technophobie paralysante. Ce n’est pas la présence d’une technique qui importe, mais ce qu’elle exige en termes de pouvoir, de ressources, de dépendances. Une centrale nucléaire n’est pas une scierie coopérative. Une plateforme numérique privative n’est pas un outil d’autogestion locale. Ces choix ne sont pas neutres : ils façonnent en partie les sociétés qui les utilisent — et inversement.
Dans cette perspective, la question devient : quelles techniques seraient compatibles avec une société communaliste fondée sur les principes de l’écologie sociale ? Non pas à partir d’un catalogue idéal, mais en partant de contraintes bien réelles : ressources limitées, populations nombreuses, besoins fondamentaux à satisfaire, réparation des dégâts écologiques et sociaux hérités.
4. Ce que nous pouvons faire dès maintenant
Plutôt que d’opposer une vision « anti-technique » à une vision « techno-critique », ne s’agirait-il pas de rouvrir l’espace d’une réflexion collective sur les usages, les besoins, et les moyens ?
Floréal le dit avec justesse : ce n’est pas une idéologie qui imposera la sobriété, mais les limites physiques de nos milieux de vie. Et en même temps, pour nous, ces limites ne sont pas forcément une catastrophe, mais une occasion de repenser le sens de nos existences, nos priorités, notre rapport au travail, au soin, à la nature, à la technique et aux technologies.
Cela demandera des efforts, y compris pour celles et ceux qui vivent aujourd’hui dans des conditions modestes dans les pays industrialisés. Il faudra renoncer à certaines formes de confort standardisé, réapprendre des savoir-faire, reconstruire de l’autonomie collective. Mais il y a aussi là un immense champ de créativité, d’émancipation, de réappropriation. Loin d’un retour à la bougie, il pourrait s’agir d’un ré-ancrage dans le réel, où les technologies — choisies, comprises, maîtrisées — redeviendraient des outils au service de la vie commune.
5. Et si on repartait du sens de la vie humaine ?
À la question « quelles techniques pour une société communaliste ? », Steka propose un renversement salutaire : et si l’on partait non pas des objets ou des moyens, mais de ce que suppose une vie véritablement humaine ? Une vie qui ne soit ni sacrifiée à la production, ni grevée par des nuisances subies, ni conditionnée par des infrastructures que personne ne voudrait assumer.
- Qui a envie de vivre à côté d'une usine, d'y travailler, d'en adopter les rythmes ?
- Qui veut vivre près d’une centrale nucléaire ou enfouir des déchets toxiques dans sa cave ?
- Qui désire vraiment habiter au pied d’un champ d’éoliennes géantes ou de panneaux solaires industriels ?
- Qui veut aller creuser les mines de terres rares ou extraire le lithium dans des conditions dégradantes ?
Pas nous, sans doute. Mais alors qui ?
Ces interrogations prennent toute leur force si l’on accepte d’élargir le débat au regard des formes historiques d’organisation sociale. Steka, en s’appuyant notamment sur Clastres et Marx, souligne un point essentiel : ce n’est pas la rareté qui fonde le travail, mais l’inégalité. Ce que le capitalisme ne peut tolérer, ce n’est pas la misère, mais l’existence d’une abondance hors du travail.
Clastres écrivait ainsi :
« Grande était la réprobation à constater que des gaillards pleins de santé préféraient s’attifer comme des femmes de peintures et de plumes au lieu de transpirer sur leurs jardins. Gens donc qui ignoraient délibérément qu’il faut gagner son pain à la sueur de son front. C’en était trop, et cela ne dura pas : on mit rapidement les Indiens au travail, et ils en périrent. »
Et plus loin :
« Le refus des sociétés primitives de laisser le travail et la production les engloutir (...) l’impossibilité intrinsèque de la concurrence ; en un mot, l’interdiction, non formulée mais dite cependant, de l’inégalité. »
Ce que cette réflexion nous rappelle, c’est que la technique n’est pas neutre : elle porte en elle une histoire, des rapports sociaux, des volontés de domination — notamment d’origine militaire, coloniale, capitaliste. Comme le montre Engels dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre, l’introduction de machines n’a pas aboli l’exploitation : elle l’a redéployée ailleurs, souvent dans les colonies ou à la périphérie du système.
Conclusion – Une éthique des moyens
Un dialogue critique avec les penseurs anti-industriels – comme Nicolas Casaux ou Miguel Amorós – peut nourrir utilement notre réflexion. Non pour épouser toutes leurs positions, mais pour éviter le piège d’un technophilisme involontaire ou hérité, qui naturaliserait des dispositifs façonnés par l’ordre dominant. Remettre la technique à sa juste place : derrière les choix politiques, éthiques et écologiques.
Nous sommes encore au milieu du gué, dans le cours d’un débat. Mais certaines lignes se dessinent. Pour les communalistes que nous sommes, une société émancipée n’est pas celle qui dispose des outils les plus puissants, mais celle qui choisit des moyens en cohérence avec ses fins. Une société où l’on ne délègue pas les décisions techniques à des experts, mais où l’on débat collectivement de ce qui est juste, vivable, désirable. Une société où les techniques prolongent les conditions de la vie plutôt que d’y faire écran. Une société, enfin, où les moyens ne sont pas secondaires, mais porteurs en eux-mêmes d’un imaginaire politique, d’un rapport au monde – car ils sont déjà la preuve de ce que nous voulons bâtir.
Mais à ce stade, comme le souligne si justement Steka dans une intervention sur L’Agora, il ne semble pas inutile de reposer la question : qu’est-ce donc que la technique – ou la technologie – pour nous ? Que pourrait-elle devenir, dans une société libérée du capitalisme, du patriarcat et des logiques étatiques ? Que serait une technique qui ne soit plus cette extériorité évidente, ce dehors opaque à l’humain, mais une modalité d’inscription dans le monde, pleinement assumée, comprise, débattue, maîtrisée ? Reconnaissons-le : la réponse est loin d’être simple. Mais c’est une des nombreuses tâches qui nous attend, si nous voulons que l’écologie sociale reste fidèle à sa promesse.
Nous relayons cet article sur L’Agora, notre espace de débat, pour poursuivre la discussion ensemble. Vos contributions y sont les bienvenues.
Rebonds :
Citation de Marcel Sévigny le 26 juillet 2025, 14h18Dans le point 4 « Ce que nous pouvons faire dès maintenant », il faudrait rajouter une petite note à « une vision « anti-technique » ( contre toute technique) à une vision « techno-critique » (pour le système technique actuel, mais en choisissant ce qui fait notre affaire), afin de mieux définir l’espace du débat que l’on souhaite.
Rajouter deux pistes complémentaires l’une de l’autre et qui ne peuvent être dissociées.
Ne devrions-nous pas privilégier les expériences du vivre maintenant à travers des alternatives collectives (agriculture, logement, éducation, etc.), pouvant être "l'imaginaire" de notre vie dans une société communaliste. Ces expérimentations permettent de mettre à l’épreuve nos critiques de l’idéologie capitaliste, redéfinir par la pratique les normes de confort, la sobriété, etc. à partir de nos besoins réels, réinventés, rediscutés collectivement. De là, une redéfinition de la technique pourrait commencer à s’opérer si et seulement si est introduite la notion de « sortie du capitalisme », un rôle que les militantes et militants communalistes pourraient assumer.
C’est là qu’arrive la piste complémentaire dans la démarche alternative, la réintroduction du politique et de la politique avec une approche stratégique de construction du projet communaliste et une remise en cause du travail et de l’économie (sortir de l’économie). Cette jonction est extrêmement difficile à faire, même (surtout) dans les milieux alternatifs, à cause de la profonde intégration de l’idéologie capitaliste dans nos rapports de compétition, de concurrence et de pouvoir (sur).
Dans le point 4 « Ce que nous pouvons faire dès maintenant », il faudrait rajouter une petite note à « une vision « anti-technique » ( contre toute technique) à une vision « techno-critique » (pour le système technique actuel, mais en choisissant ce qui fait notre affaire), afin de mieux définir l’espace du débat que l’on souhaite.
Rajouter deux pistes complémentaires l’une de l’autre et qui ne peuvent être dissociées.
Ne devrions-nous pas privilégier les expériences du vivre maintenant à travers des alternatives collectives (agriculture, logement, éducation, etc.), pouvant être "l'imaginaire" de notre vie dans une société communaliste. Ces expérimentations permettent de mettre à l’épreuve nos critiques de l’idéologie capitaliste, redéfinir par la pratique les normes de confort, la sobriété, etc. à partir de nos besoins réels, réinventés, rediscutés collectivement. De là, une redéfinition de la technique pourrait commencer à s’opérer si et seulement si est introduite la notion de « sortie du capitalisme », un rôle que les militantes et militants communalistes pourraient assumer.
C’est là qu’arrive la piste complémentaire dans la démarche alternative, la réintroduction du politique et de la politique avec une approche stratégique de construction du projet communaliste et une remise en cause du travail et de l’économie (sortir de l’économie). Cette jonction est extrêmement difficile à faire, même (surtout) dans les milieux alternatifs, à cause de la profonde intégration de l’idéologie capitaliste dans nos rapports de compétition, de concurrence et de pouvoir (sur).
Citation de Steka le 27 juillet 2025, 10h11Un apport complémentaire dans le cadre de nos discussions :
"La non-neutralité de la technologie
Une ontologie sociohistorique du phénomène technique"par Adrián Almazán Gómez - professeur à l’université de Deusto (Bilbao).
Ses travaux développent une réflexion critique de la société industrielle et de sa crise socio-écologique contemporaine.
Il propose de réinterpréter le changement technologique dans une perspective sociale et historique et d’appréhender le monde rural à la fois comme civilisation historique et comme source d’inspiration pour la construction d’une alternative politique émancipatrice.
Un apport complémentaire dans le cadre de nos discussions :
"La non-neutralité de la technologie
Une ontologie sociohistorique du phénomène technique"
par Adrián Almazán Gómez - professeur à l’université de Deusto (Bilbao).
Ses travaux développent une réflexion critique de la société industrielle et de sa crise socio-écologique contemporaine.
Il propose de réinterpréter le changement technologique dans une perspective sociale et historique et d’appréhender le monde rural à la fois comme civilisation historique et comme source d’inspiration pour la construction d’une alternative politique émancipatrice.
Citation de TerKo le 27 juillet 2025, 15h08Merci à Steka – Et si on poursuivait ensemble la discussion ?
Oui, merci à toi Steka pour cette contribution avec un texte dense mais passionnant d’Adrián Almazán Gómez, - philosophe et militant espagnol, dont les travaux portent essentiellement sur la philosophie de la technologie, les sciences humaines écologiques, la décroissance et la justice écologique - intitulé « La non-neutralité de la technologie ».
Ce texte, que tu partages dans son intégralité, vient en effet grandement enrichir nos échanges autour des rapports entre techniques, technologies, société et émancipation.Almazán y défend une idée forte : les technologies ne sont pas neutres. Elles ne sont pas de simples outils qu’on pourrait utiliser "bien ou mal" selon les cas. Elles portent en elles des manières de vivre, de s’organiser, de produire et de penser.
Elles peuvent renforcer la domination… ou, à l’inverse, ouvrir des chemins de liberté — mais pas sans conditions.Ce texte croise en plusieurs points la pensée de Murray Bookchin et de l’écologie sociale :
Comme lui, Almazán critique l’État et le capitalisme, dont le capitalisme industriel et ses effets destructeurs.
Comme lui, il défend l’idée que les choix techniques sont politiques, qu’ils engagent des visions du monde.
Mais il pousse la critique encore plus loin. Il nous invite à regarder les technologies modernes comme des systèmes qui produisent de la dépendance, qui effacent les savoirs locaux et brisent le lien avec les milieux de vie.
Il propose de réapprendre des mondes ruraux, des formes d’organisation plus simples, plus proches du quotidien, et plus respectueuses de la nature.Alors, dans l’esprit de notre Agora, je vous propose quelques questions ouvertes, tout autant pour tenter de synthétiser et/ou reformuler le contenu de cet excellent texte d’Adrián Almazán Gómez, lourd de sens, que pour poursuivre ce débat et le dialogue :
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Peut-on construire une société communaliste en intégrant les critiques radicales de la technologie proposées par Almazán ?
Les "technologies libératrices" que défendait Bookchin sont-elles encore d’actualité aujourd’hui, ou faut-il les repenser autrement ?
Comment faire place aux savoirs paysans et aux techniques populaires sans tomber dans l’idéalisation du passé ?
Faut-il se méfier de toutes les technologies industrielles, ou seulement de certaines ? Et selon quels critères ?
Et surtout : qui décide aujourd’hui de ce qu’on fabrique, avec quelles techniques, pour quels besoins, et avec quelles conséquences ?
Je vous encourage vivement à lire le texte partagé ci-avant par Steka et à venir réagir ici, sur notre Agora publique !
Merci à Steka – Et si on poursuivait ensemble la discussion ?
Oui, merci à toi Steka pour cette contribution avec un texte dense mais passionnant d’Adrián Almazán Gómez, - philosophe et militant espagnol, dont les travaux portent essentiellement sur la philosophie de la technologie, les sciences humaines écologiques, la décroissance et la justice écologique - intitulé « La non-neutralité de la technologie ».
Ce texte, que tu partages dans son intégralité, vient en effet grandement enrichir nos échanges autour des rapports entre techniques, technologies, société et émancipation.
Almazán y défend une idée forte : les technologies ne sont pas neutres. Elles ne sont pas de simples outils qu’on pourrait utiliser "bien ou mal" selon les cas. Elles portent en elles des manières de vivre, de s’organiser, de produire et de penser.
Elles peuvent renforcer la domination… ou, à l’inverse, ouvrir des chemins de liberté — mais pas sans conditions.
Ce texte croise en plusieurs points la pensée de Murray Bookchin et de l’écologie sociale :
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Comme lui, Almazán critique l’État et le capitalisme, dont le capitalisme industriel et ses effets destructeurs.
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Comme lui, il défend l’idée que les choix techniques sont politiques, qu’ils engagent des visions du monde.
Mais il pousse la critique encore plus loin. Il nous invite à regarder les technologies modernes comme des systèmes qui produisent de la dépendance, qui effacent les savoirs locaux et brisent le lien avec les milieux de vie.
Il propose de réapprendre des mondes ruraux, des formes d’organisation plus simples, plus proches du quotidien, et plus respectueuses de la nature.
Alors, dans l’esprit de notre Agora, je vous propose quelques questions ouvertes, tout autant pour tenter de synthétiser et/ou reformuler le contenu de cet excellent texte d’Adrián Almazán Gómez, lourd de sens, que pour poursuivre ce débat et le dialogue :
Et vous, qu’en pensez-vous ?
-
Peut-on construire une société communaliste en intégrant les critiques radicales de la technologie proposées par Almazán ?
-
Les "technologies libératrices" que défendait Bookchin sont-elles encore d’actualité aujourd’hui, ou faut-il les repenser autrement ?
-
Comment faire place aux savoirs paysans et aux techniques populaires sans tomber dans l’idéalisation du passé ?
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Faut-il se méfier de toutes les technologies industrielles, ou seulement de certaines ? Et selon quels critères ?
-
Et surtout : qui décide aujourd’hui de ce qu’on fabrique, avec quelles techniques, pour quels besoins, et avec quelles conséquences ?
Je vous encourage vivement à lire le texte partagé ci-avant par Steka et à venir réagir ici, sur notre Agora publique !
Citation de TerKo le 27 juillet 2025, 16h07Marcel, pour faire suite à ton intervention plus haut dans ce fil, j'ai tenté de prendre en compte ton apport en modifiant le point 4 de l'article comme suit :
4. Agir ici et maintenant : expérimentations concrètes et stratégie politique
Face à l’ampleur du problème, il serait tentant de croire qu’il ne nous reste qu’à survivre dans les marges ou à attendre que « tout s’effondre ». Or, ce que nous pouvons faire dès aujourd’hui – même avec des moyens modestes -, c’est rouvrir le débat sur les techniques à partir de pratiques concrètes, enracinées dans des territoires et des collectifs en lutte.
Cela suppose d’abord de clarifier l’espace du débat : nous devons sortir de l’alternative stérile entre une vision « anti-technique » (hostile à toute forme de technique en soi) et une vision « pseudo-techno-critique » qui se contenterait de bricoler avec les éléments du système technique dominant pour « faire notre affaire ». L’enjeu n’est pas de trier quelques objets « acceptables » dans l’arsenal technologique existant, mais bien de remettre à plat nos besoins, nos modes de vie, nos rapports sociaux — et ce faisant, de rouvrir la question du choix technique à partir de critères politiques, éthiques et écologiques explicites.
Deux pistes complémentaires et indissociables se dessinent alors :
La première consiste à multiplier, soutenir et relier les expérimentations concrètes déjà engagées ici et là – dans l’agriculture, le logement, l’éducation, l’énergie, les communs, etc. – qui, sans attendre, esquissent ce que pourrait être une société communaliste. Ces expériences collectives ne sont pas de simples alternatives pratiques : elles sont des espaces de réappropriation populaire, d’élaboration d’un autre imaginaire social, de mise à l’épreuve de nos critiques, de redéfinition des normes de confort, de besoins et de désirs, à partir de ce que nous rediscutons collectivement. C’est dans ces brèches que peut commencer à s’esquisser une redéfinition de la technique – à condition qu’elles s’inscrivent dans une logique de sortie du capitalisme, et non de simple atténuation de ses effets.
La seconde piste, étroitement liée à la première, est celle d’une réintroduction du Politique – au sens fort – dans ces pratiques alternatives. Très loin de la politique politicienne ou de la gestion institutionnelle, il s’agit de les relier stratégiquement à un projet de transformation radicale : celui du communalisme. Ce qui suppose aussi une remise en cause du travail et de l’économie tels que le capitalisme les a façonnés — autrement dit, une sortie de l’économie comme idéologie naturalisée du vivant à produire, consommer, gérer. Ce travail est d’autant plus difficile que les logiques de pouvoir, de concurrence, de performance restent profondément ancrées — y compris dans des milieux se réclamant d’une alternative.
Mais ce travail est aussi ce que nous pouvons commencer à faire, ici et maintenant, collectivement, en tissant des ponts entre luttes locales, expérimentations pratiques, réflexions critiques et espaces de politisation (sans compromissions). C’est là, et seulement là, que pourra se réinventer une manière d’habiter la technique sans s’y soumettre, en cohérence avec une société éthiquement et politiquement désirable.
Floréal le dit avec justesse : « ce n’est pas une idéologie qui imposera la sobriété, mais les limites physiques de nos milieux de vie. » Et en même temps, pour nous, ces limites ne sont pas forcément une catastrophe, mais une occasion de repenser le sens de nos existences, nos priorités, notre rapport au travail, au soin, à la nature, à la technique et aux technologies.
Cela demandera des efforts, y compris pour celles et ceux qui vivent aujourd’hui dans des conditions modestes dans les pays industrialisés. Il faudra renoncer à certaines formes de confort standardisé, réapprendre des savoir-faire, reconstruire de l’autonomie collective. Mais il y a aussi là un immense champ de créativité, d’émancipation, de réappropriation. Loin d’un retour à la bougie, il pourrait s’agir d’un ré-ancrage dans le réel, où les technologies – choisies, comprises, maîtrisées – redeviendraient des outils au service de la vie commune.
Le lien vers l'article modifié : Techniques – technologies et société communaliste
En espérant que cette reformulation du point 4 soit fidèle à l'esprit de ce que tu proposais, merci à toi pour cette contribution bien utile tout comme celle de Steka. Encore merci à tous les deux !
Marcel, pour faire suite à ton intervention plus haut dans ce fil, j'ai tenté de prendre en compte ton apport en modifiant le point 4 de l'article comme suit :
4. Agir ici et maintenant : expérimentations concrètes et stratégie politique
Face à l’ampleur du problème, il serait tentant de croire qu’il ne nous reste qu’à survivre dans les marges ou à attendre que « tout s’effondre ». Or, ce que nous pouvons faire dès aujourd’hui – même avec des moyens modestes -, c’est rouvrir le débat sur les techniques à partir de pratiques concrètes, enracinées dans des territoires et des collectifs en lutte.
Cela suppose d’abord de clarifier l’espace du débat : nous devons sortir de l’alternative stérile entre une vision « anti-technique » (hostile à toute forme de technique en soi) et une vision « pseudo-techno-critique » qui se contenterait de bricoler avec les éléments du système technique dominant pour « faire notre affaire ». L’enjeu n’est pas de trier quelques objets « acceptables » dans l’arsenal technologique existant, mais bien de remettre à plat nos besoins, nos modes de vie, nos rapports sociaux — et ce faisant, de rouvrir la question du choix technique à partir de critères politiques, éthiques et écologiques explicites.
Deux pistes complémentaires et indissociables se dessinent alors :
La première consiste à multiplier, soutenir et relier les expérimentations concrètes déjà engagées ici et là – dans l’agriculture, le logement, l’éducation, l’énergie, les communs, etc. – qui, sans attendre, esquissent ce que pourrait être une société communaliste. Ces expériences collectives ne sont pas de simples alternatives pratiques : elles sont des espaces de réappropriation populaire, d’élaboration d’un autre imaginaire social, de mise à l’épreuve de nos critiques, de redéfinition des normes de confort, de besoins et de désirs, à partir de ce que nous rediscutons collectivement. C’est dans ces brèches que peut commencer à s’esquisser une redéfinition de la technique – à condition qu’elles s’inscrivent dans une logique de sortie du capitalisme, et non de simple atténuation de ses effets.
La seconde piste, étroitement liée à la première, est celle d’une réintroduction du Politique – au sens fort – dans ces pratiques alternatives. Très loin de la politique politicienne ou de la gestion institutionnelle, il s’agit de les relier stratégiquement à un projet de transformation radicale : celui du communalisme. Ce qui suppose aussi une remise en cause du travail et de l’économie tels que le capitalisme les a façonnés — autrement dit, une sortie de l’économie comme idéologie naturalisée du vivant à produire, consommer, gérer. Ce travail est d’autant plus difficile que les logiques de pouvoir, de concurrence, de performance restent profondément ancrées — y compris dans des milieux se réclamant d’une alternative.
Mais ce travail est aussi ce que nous pouvons commencer à faire, ici et maintenant, collectivement, en tissant des ponts entre luttes locales, expérimentations pratiques, réflexions critiques et espaces de politisation (sans compromissions). C’est là, et seulement là, que pourra se réinventer une manière d’habiter la technique sans s’y soumettre, en cohérence avec une société éthiquement et politiquement désirable.
Floréal le dit avec justesse : « ce n’est pas une idéologie qui imposera la sobriété, mais les limites physiques de nos milieux de vie. » Et en même temps, pour nous, ces limites ne sont pas forcément une catastrophe, mais une occasion de repenser le sens de nos existences, nos priorités, notre rapport au travail, au soin, à la nature, à la technique et aux technologies.
Cela demandera des efforts, y compris pour celles et ceux qui vivent aujourd’hui dans des conditions modestes dans les pays industrialisés. Il faudra renoncer à certaines formes de confort standardisé, réapprendre des savoir-faire, reconstruire de l’autonomie collective. Mais il y a aussi là un immense champ de créativité, d’émancipation, de réappropriation. Loin d’un retour à la bougie, il pourrait s’agir d’un ré-ancrage dans le réel, où les technologies – choisies, comprises, maîtrisées – redeviendraient des outils au service de la vie commune.
Le lien vers l'article modifié : Techniques – technologies et société communaliste
En espérant que cette reformulation du point 4 soit fidèle à l'esprit de ce que tu proposais, merci à toi pour cette contribution bien utile tout comme celle de Steka. Encore merci à tous les deux !
Citation de TerKo le 28 juillet 2025, 15h25Je relaie ici le commentaire que j'ai posé en bas de l'article sur le site :
Je relaie ici le commentaire que j'ai posé en bas de l'article sur le site :
Merci Steka pour ce partage essentiel.
Le texte d’Adrián Almazán rappelle avec force que la critique sociale passe aussi par une critique du fait technique — de sa place dans nos vies, des formes d’organisation qu’il façonne, et réciproquement — à toutes les échelles.
Il nous invite à rompre avec l’illusion d’une technologie neutre ou simplement « réparable », pour penser des techniques enracinées, appropriables, mises au service de l’autonomie collective et des milieux de vie.
Peut-on imaginer une société communaliste qui intègre pleinement cette pensée des limites et de l’interdépendance ?
Et comment une telle société pourrait-elle discerner — et faire émerger collectivement — les techniques ou technologies fidèles à la philosophie de l’écologie sociale ? Celles à refuser ? Et celles à réinventer ?
Même si certaines voix critiques hispanophones — comme Floréal M. Romero, Miguel Amorós, Alfredo Apilanez ou Raúl Zibechi — soulignent avec justesse les ambiguïtés d’Écologistas en Acción, dont Adrián Almazán est membre (notamment en raison des financements publics(1) que cette fédération reçoit en Espagne), cela n’enlève rien, selon moi, à la pertinence ni à la portée de ce texte en particulier, qui mérite d’être lu, discuté et prolongé.
(1) : Des enquêtes récentes (Rebelión notamment) ont mis en lumière que Ecologistas en Acción a reçu en 2024 près de 2,48 millions d’euros de revenus, dont 1,15 M€ de subventions publiques et environ 961 000 € de fondations privées liées à des paradigmes comme le Green New Deal ou même des groupes pronucléaires (Clean Air Task Force) (L’article de Rebelión : https://rebelion.org/ecologismo-independiente-y-ecologismo-para-el-sistema/).
Ce financement externe a suscité des critiques internes, notamment de la part du collectif Ecologistas Indignadas, qui accuse certaines fondations (ex. European Climate Foundation, Clean Air Task Force) d’influencer la stratégie de l’organisation vers des logiques de transition « technoverte ».
La lecture de ce texte, utile au débat, ne nous empêche nullement d'être très vigilents et critiques envers des organisations comme Ecologistas en Acción, ainsi qu'avec les personalités qui y jouent un rôle important.
Citation de Ciriaco le 31 juillet 2025, 15h34Pour apporter quelques éléments.
Concernant d’abord une éthique. Il faut toujours comprendre que la technique est une composante anthropologique majeure dans la production du sujet et du collectif (l’individuation individuelle et collective). Nous connaissons bien sûr l’histoire des nouvelles technologies, et savons de ce point de vue à quel point cette révolution s’est faite sans considération de cet ordre. À l’aveugle en quelque sorte, du moins particulièrement ancrée désormais dans le modèle schumpeterien.
Une éthique de la technique et de la technologie reviendrait d’abord à les caractériser, d’un point de vue multidisciplinaire, analytique et informé. Si l’on y tient, et contrairement à une morale, qui aurait tôt fait de distinguer des personnes ou des appartenances dans le jeu des fractures sociales, ce serait un premier travail à dégager. Bibliographique, d’étude, de recherche-action, et de délibération quant aux objectifs souhaitables, désirables.
Mais on peut déjà imaginer, à gros traits bien sûr, vers quoi tendraient ces techniques. Je voudrais ici indiquer un angle. Si on se réfère en tout cas à l’histoire des techniques, on comprend à quel point elles structurent les groupes, les peuplades, puis les sociétés. La technique aura par exemple fortement participé à la division du travail, de là à la structure sociale émergente, et aux échanges guidés par les nouvelles nécessités et dépendances.
Il y a beaucoup de raison de penser que ce problème n’est pas décidable, en effet, du moins à l’échelle où il le faudrait. Mais prenons le fil à rebours. Si du moins on devait être amené à le faire, la simplification de ces nécessités et de ces dépendances serait un retour à l’autonomie, sinon à l’autarcie, comme les ont connu différents temps historiques, sur des périodes extrêmement longues au regard du temps moderne. De ce point de vue évidemment, d’autres techniques sont saillantes, et leur maîtrise est vitale à mesure que les dépendances s’amenuisent. Autrement dit, on peut déjà, au moins en partie, caractériser la nécessité et le type des technique à venir, de façon relativement simple (tandis, qu’évidemment, seront embarqués des aspects particulièrement délicats), si on veut bien considérer également qu’il s’agira bien sûr aussi d’un métissage technologique, où l’industrie sera présente, jusqu’à la société post-industrielle (si de « société » on peut parler).
Globalement, un tel mouvement n’advient qu’à mesure des pressions sur l’énergie et les ressources.
Il y a différentes attitudes concernant ce phénomène inévitable. La réponse au Covid, qu’il faudrait étudier, témoigne en cela d’un premier résultat : hormis l’industrie des technologies, c’est principalement le « survivalisme » qui s’est peut-être développé un peu plus. Ce courant s’articule autour de valeurs individuelles fortes et moralement clivantes, mais il ne fait pas émerger de projet politique très défini, ou relevant de l’organisation. Dans les conditions d’inviduations qu’on connaît, il est de l’ordre d’une réaction au plus simple, non sans héritage cependant, dans le contexte général d’une opposition répandue, multiforme et relativement radicale entre passé, présent et avenir, privant de projections lucides.
Dire que le sujet de la technique et des technologies est anthropologique signifie aussi, bien sûr, que de multiples rapports sont engagés. Ainsi, il n’est pas impossible, dans cette période, que la question de la technique et des technologies soit, du moins peut-on le concevoir, secondaire, en tant qu’elle émergera, dans ce mouvement historiquement inverse, de manière efficiente au gré des pressions écologiques. De sorte que cette question des rapports soit peut-être première en l’état. Au mieux, peut-être que le terrain peut être préparé, non pas avec un « débat », dont il faudrait questionner la réalité et à l’intérieur duquel il faudrait aussi différencier et articuler régimes de savoir et régimes de vie, mais avec des enquêtes, des collaborations et des expérimentations dans les territoires, autour des acteurs diversement engagés, non ennemis évidemment, de façon transversale à leur culture.
Pour apporter quelques éléments.
Concernant d’abord une éthique. Il faut toujours comprendre que la technique est une composante anthropologique majeure dans la production du sujet et du collectif (l’individuation individuelle et collective). Nous connaissons bien sûr l’histoire des nouvelles technologies, et savons de ce point de vue à quel point cette révolution s’est faite sans considération de cet ordre. À l’aveugle en quelque sorte, du moins particulièrement ancrée désormais dans le modèle schumpeterien.
Une éthique de la technique et de la technologie reviendrait d’abord à les caractériser, d’un point de vue multidisciplinaire, analytique et informé. Si l’on y tient, et contrairement à une morale, qui aurait tôt fait de distinguer des personnes ou des appartenances dans le jeu des fractures sociales, ce serait un premier travail à dégager. Bibliographique, d’étude, de recherche-action, et de délibération quant aux objectifs souhaitables, désirables.
Mais on peut déjà imaginer, à gros traits bien sûr, vers quoi tendraient ces techniques. Je voudrais ici indiquer un angle. Si on se réfère en tout cas à l’histoire des techniques, on comprend à quel point elles structurent les groupes, les peuplades, puis les sociétés. La technique aura par exemple fortement participé à la division du travail, de là à la structure sociale émergente, et aux échanges guidés par les nouvelles nécessités et dépendances.
Il y a beaucoup de raison de penser que ce problème n’est pas décidable, en effet, du moins à l’échelle où il le faudrait. Mais prenons le fil à rebours. Si du moins on devait être amené à le faire, la simplification de ces nécessités et de ces dépendances serait un retour à l’autonomie, sinon à l’autarcie, comme les ont connu différents temps historiques, sur des périodes extrêmement longues au regard du temps moderne. De ce point de vue évidemment, d’autres techniques sont saillantes, et leur maîtrise est vitale à mesure que les dépendances s’amenuisent. Autrement dit, on peut déjà, au moins en partie, caractériser la nécessité et le type des technique à venir, de façon relativement simple (tandis, qu’évidemment, seront embarqués des aspects particulièrement délicats), si on veut bien considérer également qu’il s’agira bien sûr aussi d’un métissage technologique, où l’industrie sera présente, jusqu’à la société post-industrielle (si de « société » on peut parler).
Globalement, un tel mouvement n’advient qu’à mesure des pressions sur l’énergie et les ressources.
Il y a différentes attitudes concernant ce phénomène inévitable. La réponse au Covid, qu’il faudrait étudier, témoigne en cela d’un premier résultat : hormis l’industrie des technologies, c’est principalement le « survivalisme » qui s’est peut-être développé un peu plus. Ce courant s’articule autour de valeurs individuelles fortes et moralement clivantes, mais il ne fait pas émerger de projet politique très défini, ou relevant de l’organisation. Dans les conditions d’inviduations qu’on connaît, il est de l’ordre d’une réaction au plus simple, non sans héritage cependant, dans le contexte général d’une opposition répandue, multiforme et relativement radicale entre passé, présent et avenir, privant de projections lucides.
Dire que le sujet de la technique et des technologies est anthropologique signifie aussi, bien sûr, que de multiples rapports sont engagés. Ainsi, il n’est pas impossible, dans cette période, que la question de la technique et des technologies soit, du moins peut-on le concevoir, secondaire, en tant qu’elle émergera, dans ce mouvement historiquement inverse, de manière efficiente au gré des pressions écologiques. De sorte que cette question des rapports soit peut-être première en l’état. Au mieux, peut-être que le terrain peut être préparé, non pas avec un « débat », dont il faudrait questionner la réalité et à l’intérieur duquel il faudrait aussi différencier et articuler régimes de savoir et régimes de vie, mais avec des enquêtes, des collaborations et des expérimentations dans les territoires, autour des acteurs diversement engagés, non ennemis évidemment, de façon transversale à leur culture.
Citation de Steka le 31 juillet 2025, 19h15Bonjour Ciriaco,
Notre réflexion autour des problématiques de technique et de technologie se positionne d'entrée dans un au-delà des formes organisationnelles du capitalisme, dans son dépassement radical par l'instauration d'une société communaliste. Nous ne croyons pas à la possibilité de changements décisifs en ce domaine, ainsi qu'en tous les autres, à l'intérieur du type de société actuel et ceci mondialement. C'est la "valorisation de la valeur", le profit pour le dire autrement, qui y détermine toute chose ; avec la volonté unique d'en assurer la continuation et "quoiqu'il en coute" comme il s'est dit. Et ceci doit prendre fin.
C'est donc dans la perspective de cette société communaliste à laquelle nous aspirons que nous tentons d'apporter quelques réponses, précisément dans le but de commencer aussi à ouvrir des perspectives en ce cadre particulier qui, précisons-le, n'a rien d'autarcique puisqu'il entend s'instaurer comme élément de base constitutionnel d'un tout fédératif où n'existerait plus aucune frontière. En parcourant notre site, on y trouvera déjà nombre d'éléments explicatifs qu'il n'est pas possible de résumer ici. Le concept d'Écologie Sociale, si l'on veut bien le comprendre dialectiquement, est déjà révélateur du type d'approche qui est la nôtre. Nous ne concevons aucune résolution du problème globale de l'écologie qui ne soit dans le même temps résolution de la question sociale dans son ensemble ; ou pour le dire autrement, qui ne soit l'instauration d'un principe prioritaire d'égalité. Il en est également de même pour tout ce qui touche au problème des techniques utilisables.
Cordialement,
Steka pour l'Atelier d'Écologie sociale et communalisme
Bonjour Ciriaco,
Notre réflexion autour des problématiques de technique et de technologie se positionne d'entrée dans un au-delà des formes organisationnelles du capitalisme, dans son dépassement radical par l'instauration d'une société communaliste. Nous ne croyons pas à la possibilité de changements décisifs en ce domaine, ainsi qu'en tous les autres, à l'intérieur du type de société actuel et ceci mondialement. C'est la "valorisation de la valeur", le profit pour le dire autrement, qui y détermine toute chose ; avec la volonté unique d'en assurer la continuation et "quoiqu'il en coute" comme il s'est dit. Et ceci doit prendre fin.
C'est donc dans la perspective de cette société communaliste à laquelle nous aspirons que nous tentons d'apporter quelques réponses, précisément dans le but de commencer aussi à ouvrir des perspectives en ce cadre particulier qui, précisons-le, n'a rien d'autarcique puisqu'il entend s'instaurer comme élément de base constitutionnel d'un tout fédératif où n'existerait plus aucune frontière. En parcourant notre site, on y trouvera déjà nombre d'éléments explicatifs qu'il n'est pas possible de résumer ici. Le concept d'Écologie Sociale, si l'on veut bien le comprendre dialectiquement, est déjà révélateur du type d'approche qui est la nôtre. Nous ne concevons aucune résolution du problème globale de l'écologie qui ne soit dans le même temps résolution de la question sociale dans son ensemble ; ou pour le dire autrement, qui ne soit l'instauration d'un principe prioritaire d'égalité. Il en est également de même pour tout ce qui touche au problème des techniques utilisables.
Cordialement,
Steka pour l'Atelier d'Écologie sociale et communalisme
Citation de Ciriaco le 31 juillet 2025, 20h37Bonsoir Steka,
Ce cadre était implicite dans mon premier commentaire (ce serait une autre discussion, dans laquelle émergeraient les caractères matérialistes que vous connaissez bien). Ainsi entendu, et si vous souhaitez en discuter, j’indiquerais que la référence à l’autarcie, comme à celle d’autonomie, est donnée dans l’idée que se défaire du régime du capital n’est pas séparable d’une désarticulation progressive aux dépendances et nécessités modernes et contemporaines, dont on sait qu’elles sont aussi des questions techniques et technologiques, cela de manière déterminante.
Au-delà du processus, non décidable bien entendu, rendu quelque peu inévitable par la pression des systèmes physiques, sur le temps que nous disons « long », je précise ceci non pas bien sûr dans l’idée d’un retour en arrière quelque peu magique (le processus est fondamentalement différent, et toute la question technique est bien celle de la possibilité d'une prise dans celui-ci), mais d’une tentative possible et plus générale de caractérisation, et de critériologie, des techniques et des technologies, si à la suite de la question de leur non-neutralité se pose celle de ce qu’elles sont alors, de ce qu’elles font et de ce qui est défendable.
Bonsoir Steka,
Ce cadre était implicite dans mon premier commentaire (ce serait une autre discussion, dans laquelle émergeraient les caractères matérialistes que vous connaissez bien). Ainsi entendu, et si vous souhaitez en discuter, j’indiquerais que la référence à l’autarcie, comme à celle d’autonomie, est donnée dans l’idée que se défaire du régime du capital n’est pas séparable d’une désarticulation progressive aux dépendances et nécessités modernes et contemporaines, dont on sait qu’elles sont aussi des questions techniques et technologiques, cela de manière déterminante.
Au-delà du processus, non décidable bien entendu, rendu quelque peu inévitable par la pression des systèmes physiques, sur le temps que nous disons « long », je précise ceci non pas bien sûr dans l’idée d’un retour en arrière quelque peu magique (le processus est fondamentalement différent, et toute la question technique est bien celle de la possibilité d'une prise dans celui-ci), mais d’une tentative possible et plus générale de caractérisation, et de critériologie, des techniques et des technologies, si à la suite de la question de leur non-neutralité se pose celle de ce qu’elles sont alors, de ce qu’elles font et de ce qui est défendable.
Citation de Steka le 10 août 2025, 13h39J’aimerais rajouter un point jusqu’ici ignoré en ce débat sur la technologie. C’est l’effet pervers pour le capitalisme lui-même de son appui croissant sur la technologie. C’est que dans son monde centré sur le faire de l’argent, il faut impérativement qu’existe tout de même une masse de consommateurs disposant d’un certain pouvoir d’achat, de revenus suffisant pour acheter. Or en confiant une part croissante de la production à la technologie, le nombre de ces consommateurs potentiels ne peut que drastiquement diminuer puisqu’ils n’auront plus de revenus; et c’est bête mais ni l’I.A. , ni les ordinateurs, ni les robots n’achètent quoique ce soit…
J’aimerais rajouter un point jusqu’ici ignoré en ce débat sur la technologie. C’est l’effet pervers pour le capitalisme lui-même de son appui croissant sur la technologie. C’est que dans son monde centré sur le faire de l’argent, il faut impérativement qu’existe tout de même une masse de consommateurs disposant d’un certain pouvoir d’achat, de revenus suffisant pour acheter. Or en confiant une part croissante de la production à la technologie, le nombre de ces consommateurs potentiels ne peut que drastiquement diminuer puisqu’ils n’auront plus de revenus; et c’est bête mais ni l’I.A. , ni les ordinateurs, ni les robots n’achètent quoique ce soit…
L’agora se veut être un espace d’échanges, de réflexion et de recherche pour toutes celles et ceux qui aspirent à transformer notre société vers des modes de vie plus respectueux de l’environnement, plus justes, et ancrés dans la démocratie directe et la solidarité locale. Inspiré des idées de Murray Bookchin et de la pensée communaliste, ce forum est un lieu où les voix des individus et des communautés peuvent se rassembler pour construire ensemble un avenir fondé sur la décentralisation, l’autogestion collective dans le respect humain et de nos écosystèmes.
Ici, nous abordons une diversité de sujets qui touchent aux enjeux de l’écologie sociale : défense des biens communs, initiatives locales de gestion collective, résistance aux infrastructures non désirées, pratiques durables, ou encore la création d’assemblées populaires. Nous souhaitons encourager des discussions constructives et respectueuses qui permettent à chacun et chacune de partager ses idées, ses expériences et ses connaissances pour renforcer nos actions et enrichir nos réflexions collectives.
Que vous soyez activiste, chercheur, étudiant ou simplement curieux de ces thématiques, vous trouverez ici une communauté accueillante et engagée. Ce forum est avant tout un outil au service de nos luttes et alternatives communes, un espace pour poser des questions, partager des ressources, et développer des stratégies concrètes pour avancer ensemble en créant un mouvement émancipateur vers un modèle de société fondé sur la démocratie directe, l’entraide, la solidarité et le respect de la nature.
N’hésitez pas à vous inscrire, à participer aux discussions ou même à lancer vos propres sujets. Ensemble, construisons un espace de dialogue et d’inspiration pour imaginer des solutions ancrées dans le respect du vivant et le pouvoir des communautés locales en tension permanente, mais surtout hors des structures étatiques et capitalistes !

Merci Steka pour ce partage essentiel.
Le texte d’Adrián Almazán rappelle avec force que la critique sociale passe aussi par une critique du fait technique — de sa place dans nos vies, des formes d’organisation qu’il façonne, et réciproquement — à toutes les échelles.
Il nous invite à rompre avec l’illusion d’une technologie neutre ou simplement « réparable », pour penser des techniques enracinées, appropriables, mises au service de l’autonomie collective et des milieux de vie.
Peut-on imaginer une société communaliste qui intègre pleinement cette pensée des limites et de l’interdépendance ?
Et comment une telle société pourrait-elle discerner — et faire émerger collectivement — les techniques ou technologies fidèles à la philosophie de l’écologie sociale ? Celles à refuser ? Et celles à réinventer ?
Même si certaines voix critiques hispanophones — comme Floréal M. Romero, Miguel Amorós, Alfredo Apilanez ou Raúl Zibechi — soulignent avec justesse les ambiguïtés d’Écologistas en Acción, dont Adrián Almazán est membre (notamment en raison des financements publics(1) que cette fédération reçoit en Espagne), cela n’enlève rien, selon moi, à la pertinence ni à la portée de ce texte en particulier, qui mérite d’être lu, discuté et prolongé.
(1) : Des enquêtes récentes (Rebelión notamment) ont mis en lumière que Ecologistas en Acción a reçu en 2024 près de 2,48 millions d’euros de revenus, dont 1,15 M€ de subventions publiques et environ 961 000 € de fondations privées liées à des paradigmes comme le Green New Deal ou même des groupes pronucléaires (Clean Air Task Force) (L’article de Rebelión : https://rebelion.org/ecologismo-independiente-y-ecologismo-para-el-sistema/).
Ce financement externe a suscité des critiques internes, notamment de la part du collectif Ecologistas Indignadas, qui accuse certaines fondations (ex. European Climate Foundation, Clean Air Task Force) d’influencer la stratégie de l’organisation vers des logiques de transition « technoverte ».
La lecture de ce texte, utile au débat, ne nous empêche nullement d'être très vigilents et critiques envers des organisations comme Ecologistas en Acción, ainsi qu'avec les personalités qui y jouent un rôle important.