L’Agora

Ici, on échange librement pour comprendre, questionner et faire vivre ensemble l’Écologie Sociale.


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L’Agora est un espace d’échanges, de réflexion et de recherche inspiré de l’écologie sociale et du communalisme. Son ambition est de rassembler celles et ceux qui souhaitent contribuer à l’émergence de sociétés plus justes, plus écologiques et fondées sur la démocratie directe, l’entraide et l’autonomie collective.

Les deux espaces publics — l’un francophone, l’autre anglophone (partagé avec le Transnational Institute of Social Ecology – TRISE) — ont vocation à favoriser le partage d’expériences, de ressources et de réflexions autour des enjeux écologiques, sociaux et politiques de notre temps.

Que vous soyez militant·e, chercheur·se, étudiant·e ou simplement curieux·se de ces questions, n’hésitez pas à participer aux discussions ou à lancer vos propres sujets. Ensemble, faisons vivre un espace de dialogue et d’apprentissage mutuel pour imaginer et construire des alternatives capables de s’affirmer hors des structures étatiques et capitalistes.

Techniques - technologies et société communaliste

Citation

Un article de Red Latina sin fronteras qui d'une certaine manière fait écho à celui que nous avons publié sur le site il y a quelques temps "La crise environnementale et la guerre" : El negocio de la guerra tecnológica

Dont voici ci-dessous une version traduite par Deepl :

Le business de la guerre technologique

Silvia Ribeiro

Quatre hauts dirigeants d'entreprises technologiques – Meta (propriétaire de Facebook, Instagram, Whatsapp), OpenAI (propriétaire de ChatGPT) et Palantir – ont rejoint l'armée américaine en juin 2025, non plus en tant que sous-traitants ou collaborateurs, mais en tant que membres de réserve du corps militaire lui-même. Tous ont reçu le grade de lieutenant-colonel. Ils sont les premiers membres du « Detachment 201 », le nouveau Corps exécutif d'innovation de l'armée américaine. Selon un communiqué officiel, il s'agit d'un corps chargé de « guider des solutions technologiques rapides et évolutives à des problèmes complexes », conformément à l'objectif de transformation de l'armée en « une force plus efficace, plus intelligente et plus meurtrière » (https://tinyurl.com/nywph79f).

Les cadres qui ont rejoint l'armée américaine sont Shyam Sankar, directeur de la technologie chez Palantir – qui est à l'origine de cette initiative –, Adam Bosworth, directeur de la technologie chez Meta, Kevin Weil, directeur des produits chez OpenAI, et Bob McGrew, ancien directeur chez OpenAI.

Palantir est une entreprise qui développe des programmes et des analyses de données, dont le créneau est les applications militaires et de surveillance. Le plus gros client de Palantir est le département américain de la Défense. Selon le site Investigate, entre 2008 et 2024, Palantir a reçu des contrats de ce département pour un montant de 1,2 milliard de dollars. Palantir fournit des services et des équipements utilisés pour le génocide à Gaza et pour la surveillance des migrants aux États-Unis (https://investigate.info/company/palantir-technologies).

La collaboration active des grandes entreprises technologiques avec le complexe militaro-industriel n'est pas nouvelle, mais depuis les guerres en Ukraine et le génocide perpétré par Israël en Palestine, elle s'est intensifiée, élargie et approfondie. L'intégration directe de hauts dirigeants en tant que membres de l'armée américaine a une signification à la fois symbolique et pratique. Elle met en évidence le lien de plus en plus étroit entre la grande industrie technologique et le complexe militaro-industriel, son rôle crucial dans les guerres et les attaques avec de nouvelles armes numériques, telles que les programmes, les drones et les robots autonomes mortels, ainsi que le développement de vastes systèmes de surveillance et de contrôle tant dans les situations de guerre que parmi la population civile.

Les entreprises technologiques avaient une certaine réticence à accepter publiquement qu'elles sont au service de la guerre – bien qu'elles collaborent depuis des années dans le cadre de contrats –, mais malgré les protestations de leurs employés et d'organisations, depuis 2024, elles ont progressivement modifié leurs propres normes « éthiques » afin de conclure des contrats de plusieurs centaines de millions de dollars avec des gouvernements et leurs agences militaires, en particulier avec les États-Unis et Israël (https://tinyurl.com/yxu7w2pn). Elles ont désormais réussi à s'introduire dans l'armée, ce qui constitue en outre un conflit d'intérêts évident dans la lutte pour l'obtention de fonds publics.

Le 6 août 2025, le journal The Guardian a publié un nouveau reportage d'investigation en collaboration avec la publication israélo-palestinienne Magazine +972 et l'agence en hébreu Local Call, dans lequel ils révèlent que Microsoft collabore depuis 2021 avec l'Unité 8200 du système de défense israélien pour intervenir sur tous les appels téléphoniques et les messages électroniques à Gaza et en Cisjordanie, soit près d'un million par heure. Microsoft a accepté que le gouvernement israélien utilise les services illimités du cloud Azure pour héberger des milliards d'enregistrements audio et de messages, qui devaient être placés dans un espace crypté et à accès restreint. (https://tinyurl.com/mw5fevw9)

Microsoft a déclaré ne pas connaître l'utilisation qu'Israël faisait de ces informations, comme il l'avait déjà fait auparavant. Cependant, le traitement d'une telle quantité d'informations n'est possible qu'avec des programmes et des algorithmes de haute technologie fournis à l'Unité 8200 par plusieurs grandes entreprises technologiques, comme l'ont révélé les mêmes journalistes en 2024 (https://tinyurl.com/y5ukmved). Selon trois sources de l'Unité 8200, la plateforme de stockage basée sur le cloud a facilité la préparation d'attaques aériennes meurtrières et a joué un rôle clé dans l'élaboration des opérations militaires à Gaza et en Cisjordanie.

Ce ne sont pas des questions mineures. Les méga-entreprises technologiques – plusieurs de celles mentionnées ci-dessus et d'autres telles qu'Amazon, Microsoft, Google, Apple, Nvidia, Tesla – figurent parmi les plus grandes entreprises mondiales en termes de chiffre d'affaires, et la valeur marchande de chacune des dix plus grandes d'entre elles dépasse le PIB de la grande majorité des pays du monde, ce qui leur confère un pouvoir d'action et une influence considérables. Elles contrôlent non seulement les programmes et les équipements numériques, mais aussi la plupart des câbles sous-marins qui permettent la communication Internet, ainsi que la plupart des communications par satellite, des satellites et des transports en orbite terrestre basse.

Comme si cela ne suffisait pas, elles contrôlent une grande partie des réseaux sociaux et des moyens de « communication » qui les utilisent, ce qui alimente la guerre médiatique et la diffusion de fausses informations et de nouvelles biaisées sur les guerres, les conflits sociaux et, en général, sur toutes sortes d'activités et de situations, y compris la santé, l'éducation et la gestion gouvernementale. L'expérience consistant à intervenir dans tous les appels et messages de populations entières, ainsi que les programmes permettant d'utiliser ces informations, nous concerne potentiellement tous et toutes, et est sans aucun doute convoitée par d'autres gouvernements et acteurs.


Et si vous pensez, qu'il serait intéressant de le pulier, faites-moi signe !

Citation

"Un phénomène inédit aux conséquences gravissimes pour la santé mentale de l'espèce humaine : l'accouplement de la conscience et de l'algorithme. Il est en train d'accoucher d'un rejeton qui n'est déjà plus que très partiellement surveillé par la conscience. Je veux dire que l'efficacité du calcul algorithmique accuse le caractère laborieux de la conscience, le "ridiculise" aux yeux des réal-politiciens de la rentabilité et de la finance. Dans ce contexte, le doute qui est par définition le scrupule de la pensée n'a plus lieu d'être. D'où l'apparition simultanée, à la surface du globe, d'un nombre inquiétant de personnages politiques affranchis d'une fonction vitale de la conscience : penser l'autre et le monde en même temps que soi. (...) L'intelligence artificielle - machine à calculer et à penser sans s'encombrer de l'être - est en train de déteindre sur un nombre impressionnant de gouvernants. (...) À mi-chemin de l'être et du robot, ils peuvent renoncer à l'empathie sans renoncer à la part archaïque  de la vie psychique : la libido, le socle des pulsions, le narcissisme."

extrait de "La mort est en train de changer" de Dominique Eddé
 
 
 
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À voir, un entretien avec Éric Sadin à propos de l'I.A : " IA : le devenir légume de l’humanité ?

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Langdon Winner, « Les artefacts sont-ils des objets politiques ? »

Un article d’intérêt qui expose la problématique des technologies sous leur angle politique :

Langdon Winner, « Les artefacts sont-ils des objets politiques ? »

 

TerKo a réagi à ce message.
TerKo
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Merci Steka pour le partage de cet article dense, enrichissant et très stimulant. Je partage globalement la thèse de Winner sur le caractère politique des artefacts, en cohérence avec les positions que nous développons à l’Atelier ESC — une intuition que Hegel semblait avoir déjà largement pressentie quant aux rapports entre technique, rationalité et organisation sociale.

Les techniques ne sont jamais neutres : elles cristallisent des rapports sociaux, des choix organisationnels et des formes de pouvoir. C’est ce que nous cherchons à penser à travers la « communotechnie » ou l’appropriation sociale des techniques, en y intégrant une dimension décisive : l’échelle. Sans cette attention, la division du travail tend à produire spécialisation, dépendance et verticalité du pouvoir — ce que nous cherchons précisément à dépasser.

La question n’est donc pas d’être pour ou contre la technique, mais d’identifier celles qui restent appropriables démocratiquement — par leur conception, leur complexité et leur dimension — et celles qui tendent à imposer centralisation et hétéronomie.

Ainsi, comme nous aimons le rappeler, l’écologie sociale ne relève ni du technophilisme naïf ni du rejet global : elle vise à politiser pleinement les techniques, en interrogeant leurs conditions de production, leurs effets sociaux et leurs limites écologiques. Mais cela implique aussi de reconnaître le poids d’un imaginaire dominant qui assimile technologie et progrès, largement façonné par le capitalisme et les institutions.

L’enjeu est alors aussi culturel et politique : comment faire de la « communotechnie » un imaginaire désirable ? Comment rendre concret un rapport aux techniques fondé sur l’autonomie, la maîtrise collective à taille humaine — c’est-à-dire dans des formes socialement appropriables et directement gouvernables — et la soutenabilité, face à la puissance des promesses technologiques dominantes ?

Enfin, cela ouvre la question d’un dialogue avec des courants plus radicaux — anarchistes naturiens, néo-luddites, mouvances anti-tech ou écologies anti-industrielles. Malgré quelques désaccords tactiques, voire stratégiques, ils partagent une même intuition des limites matérielles, écologiques et politiques de la mégamachine technocratique. Il y a là un espace de confrontation féconde : clarifier nos désaccords, affiner nos critères et, peut-être, faire émerger des convergences dans nos pratiques et nos horizons de transformation.

Citation

Un article publié récemment sur Portal Libertario Oaca Utopías poscapitalistas propose une certaine analyse de l'époque actuelle qui pourrait bien être de nature à alimenter et prolonger cette discussion.

En voici une traduction :

11 juin 2026 / Textes sur l'anarchisme / 19 minutes de lecture

«Si nous voulons […] qu’on nous garantisse un avenir, nous devons enfoncer nos racines plus profondément et ne pas nous contenter d’agiter les branches».

Hermann Hesse, À propos de « Le retour de Zarathoustra ». Obstination.

Dans un texte prémonitoire, Jean Baudrillard prédisait l’avènement du post-capitalisme : « Le prolétariat n’a pas réussi à se nier en tant que tel […] Il n’a pas réussi à se nier en tant que classe et, par là même, à abolir la société de classes. C’est peut-être parce qu’il n’était pas une classe, comme on l’a dit, parce que seule la bourgeoisie était une véritable classe et que, par conséquent, elle seule pouvait se nier en tant que telle. Ce qu’elle a effectivement fait, et le capital avec elle, engendrant une société sans classes qui n’a rien à voir avec celle qui aurait résulté d’une révolution et d’une négation du prolétariat en tant que tel. Le prolétariat, quant à lui, s’est contenté de disparaître. Il s’est évanoui en même temps que la lutte des classes […] Le capital (mais peut-on encore l’appeler ainsi ?) établit la stagnation de l’économie politique et la loi de la valeur […] À partir de ce moment, il fonctionne au-delà de ses propres finalités et d’une manière complètement dépourvue de repères ». [1]

Baudrillard exhortait alors à se demander s’il était vraiment approprié d’appeler « capitalisme » la transformation galopante qui a provoqué la fin des capitalismes territorialisés au cours des trois dernières décennies du siècle dernier. Félix Guattari a qualifié cette déterritorialisation du capitalisme de capitalisme mondial intégré (CMI), en précisant que cette mondialisation, loin de constituer un facteur de croissance, correspondait en fait « à une reformulation radicale de ses bases antérieures, qui peut déboucher, tant sur une involution complète du système, que sur un changement de registre […] en transformant à nouveau les relations sociales et en développant des marchés de plus en plus artificiels, non seulement dans le domaine des biens, mais aussi dans celui des affects [et,] c’est précisément cette oscillation entre l’involution d’un certain type de capitalisme qui se heurte à ses propres limites et une tentative de restructuration sur des bases différentes [qui le conduit] à accepter, telle quelle, sa finitude – en particulier celle de ses marchés – et la nécessité de redéfinir en permanence ses champs d’application ». [2]

Avec l’imposition du nouveau paradigme technologique, les réflexions de Guattari ont gagné en actualité sur différents fronts, générant de nouvelles interprétations vraiment inattendues autour de la nature de la structure économico-sociale émergente. Tel fut le cas de Paul Mason. Ce journaliste et essayiste britannique a décrété en 2015 la fin du capitalisme en tant que modèle économique. Il nous appelait alors à nous préparer à la transition vers un nouveau système fondé sur les technologies. Dans son livre Postcapitalisme. Vers un nouvel avenir, il a mis en évidence les changements dans les techniques de production, issus des progrès des technologies de l’information, et la manière dont ces variations détruisaient le mécanisme de fixation des prix et le concept de valeur économique. Il a également prédit l’arrivée au pouvoir de partis radicaux portés par « les gens ordinaires » et la manière dont les États tenteraient de « se répercuter mutuellement les coûts de la crise » (lire : droits de douane), entraînant l’effondrement de la mondialisation et l’obsolescence des institutions mondiales. En conséquence, il a prédit que « les conflits latents de ces vingt dernières années — les guerres de la drogue, le nationalisme, le djihadisme, les migrations incontrôlées et la résistance à celles-ci — [provoqueraient] un cataclysme au cœur même du système ». [3]

Mason a perçu que les technologies de l’information avaient « privé les forces du marché de leur capacité antérieure à créer du dynamisme ». Cette privation établissait « les conditions propices à une économie postcapitaliste ». [4] Cependant, comme l’a judicieusement souligné McKenzie Wark, malgré son diagnostic pertinent, Mason laissait deux questions fondamentales en suspens : 1. « comment proposer un langage renouvelé pour décrire la situation actuelle, et [2.] comment identifier ce qui, dans notre langage hérité sur le capitalisme, nous empêche d’avancer dans la pensée et l’action »[5]. Dans son essai Le capitalisme est mort. L’ascension de la classe vectorialiste, Wark confirme l’hypothèse de Baudrillard et rejette la théorie critique qui reste « attachée à l’idée d’un capitalisme qui continue, continue et ne cesse de continuer ».

Selon Wark, nous sommes face à un nouveau mode de production qui n’est plus le capitalisme « mais quelque chose de pire ». Dans cette réalité sociale, qui a remplacé le capitalisme, la classe dominante « n’exerce plus sa domination par la propriété des moyens de production, comme le font les capitalistes ; ni par la propriété de la terre, comme le font les propriétaires terriens. La classe dominante de notre époque est celle qui possède et contrôle l’information » . [6]

Mais Mason, Wark, Nick Srnicek et Alex Williams, [7] ne sont pas les seules voix à prôner le post-capitalisme. Si, pour la plupart des économistes (libéraux et marxistes), le monde continue d’être régi par le système capitaliste — c’est-à-dire par l’économie de « libre marché » —, après l’effondrement du capitalisme d’État (1989) en tant que forme d’organisation économique dans les pays du socialisme « réellement existant », le concept de postcapitalisme a commencé à gagner en popularité dans les milieux universitaires. Le premier à avoir popularisé ce terme fut Peter Drucker. Ce professeur ultralibéral, considéré comme « le philosophe de la gestion du XXe siècle », dans son ouvrage La société post-capitaliste,[8] publié à l’origine en anglais en 1993, introduit ce terme et le décrit comme la nouvelle forme d’organisation économique issue de la révolution technologique de l’information et des télécommunications.

Drucker considérait que la connaissance était devenue « le seul facteur de production », supplantant le travail et le capital lui-même en tant que facteurs productifs,[9] ce qui nous plaçait, ipso facto, dans une ère post-capitaliste. Plusieurs années plus tard, l’économiste et sociologue marxiste Wim Dierckxsens reprendra ce concept dans le cadre des Forums sociaux du « mouvement altermondialiste ». Selon cet intellectuel proto-chaviste d’origine néerlandaise, le post-capitalisme n’est rien d’autre que la transition vers le « socialisme du XXIe siècle ». Par conséquent, l’instauration mondiale de « l’autre monde possible » brandi par la rhétorique bolivarienne. C’est-à-dire l’avancée d’un capitalisme populiste par la voie de la « gauche ».

Robert Kurz — bien plus lucide — serait le seul marxiste capable d’entrevoir la débâcle du capitalisme en temps réel. Dans L’effondrement de la modernisation, ce membre du groupe Krisis a déclaré que la catastrophe du capitalisme d’État dans l’hémisphère oriental marquait le début d’un processus imparable de décadence du système capitaliste en Occident. Comme il l’a souligné à juste titre en 1999 : « Le “marché planifié” de l’Est, dès sa dénomination, n’a pas écarté les catégories du marché. En conséquence, toutes les catégories fondamentales du capital sont également apparues dans le socialisme réel : le salaire, la valeur et le profit (le bénéfice dans la gestion des entreprises) ». Par conséquent, l’effondrement du capitalisme d’État était le présage de l’effondrement du capitalisme dans son ensemble.[10]

Pour Mark Fisher — théoricien culturel cyberpunk, disciple (d'abord) puis critique (ensuite) de Nick Land —, le terme « post-capitalisme » présente certains avantages qui permettent de décrire un point de départ. Ou, en d'autres termes, de préciser où nous en sommes : « ce que nous sommes et la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement ». Cette position nous offre l'opportunité d'imaginer « quelque chose au-delà du capitalisme ». Selon le défunt penseur anglais, professeur au département des cultures visuelles du Goldsmiths College de l’université de Londres, le concept jouit d’« une sorte de neutralité dont manquent les termes “communisme”, “socialisme”, etc. ». Autrement dit, « il n’est pas entaché par des associations avec des projets ratés et oppressifs du passé ». À son tour, le préfixe pos indique que nous avons laissé le capitalisme derrière nous, que nous parlons d’un après. Ce qui implique une victoire : « une victoire qui viendra à travers le capitalisme ». Cependant, ce n’est pas « simplement le contraire du capitalisme ». Il ne s’agit pas d’« une altérité absolue, d’un pur dehors », mais de « travailler avec les plaisirs du capitalisme, ainsi qu’avec ses oppressions ». [11]

Comme Fisher l’a souligné dans ses derniers cours, le concept, malgré le préfixe, reste lié au capitalisme : il ne désigne pas un projet positif, il demeure dans la temporalité du post et n’est pas nécessairement « progressiste ».[12] En d’autres termes, le postcapitalisme est une pièce lancée en l’air. Conscient de cela, il renvoie à la « science-fiction sociale » de Peter Frase et affirme, aux côtés de cet amateur de guillotine, que « le simple fait que quelque chose soit postcapitaliste ne signifie pas que ce soit souhaitable ». [13] En effet, parmi les quatre futurs postcapitalistes (communisme, rentiérisme, socialisme et exterminisme) que Frase envisage pour une société automatisée, résultant des combinaisons abondance de ressources contre pénurie et égalitarisme contre hiérarchie, la mutation de la forme de propriété — du réel à l’intellectuel — catalyse la transformation de la société en quelque chose qui n’est plus reconnaissable comme du capitalisme. Ainsi, aujourd’hui, la classe dominante continue d’accumuler de l’argent en s’appropriant le flux de rente issu du contrôle de la propriété intellectuelle.[14] Ce qui nous incite à porter notre regard sur certaines tendances féodalisantes de l’accumulation actuelle.

Yanis Varoufakis — ancien ministre bien connu de Syriza et militant de la bande social-démocrate grecque — utilise le concept de « technoféodalisme » pour décrire le mode de production naissant issu de l’appropriation de la rente de la propriété intellectuelle.[15] En réalité, il ne s’agit pas d’une idée originale. Ce politicien indigne « emprunte » le terme à des études antérieures dans les domaines de la philosophie, de l’économie politique et de la théorie sociale.[16] Il s’inscrit ainsi dans le consensus marxiste contemporain qui adhère à la thèse du retour au féodalisme, aux côtés de Jodi Dean,[17] Michael Hudson, Wolfgang Streeck, Mariana Mazzucato, Robert Kuttner, Katherine V.W. Stone, entre autres économistes et universitaires. Dans cette optique, l’éco-marxiste d’origine française Cédric Durand a avancé la même hypothèse dans son ouvrage Technoféodalisme. Critique de l’économie numérique. [18] Même si ce qualificatif peut nous paraître une plaisanterie — en particulier pour ceux qui refusent d’accepter cette régression et adhèrent à l’hypothétique « développement en spirale » qui schématise l’histoire comme un parcours de progrès inexorables soumis à des lois déterminées et à un rythme sans variations ni surprises —, l’argumentation de ce duo de marxistes mérite un examen minutieux.

Pour Durand : « l’essor des technologies de l’information touche aux fondements du mode de production […] il perturbe les relations de concurrence au profit de relations de dépendance, ce qui désorganise la mécanique d’ensemble et tend à faire prévaloir la prédation sur la production ».[19] Selon son hypothèse, cette prévalence crée les conditions propices au développement du « technoféodalisme ». Il illustre les raisons pour lesquelles il a choisi ce terme en se référant au classique Principes d'économie politique de John Stuart Mill.[20] À partir de ce texte, Durand établit une analogie qui l'amène à conclure que la « dépendance généralisée vis-à-vis des propriétaires de das Digital est l'horizon de l'économie numérique, le devenir cannibale du libéralisme à l'ère des algorithmes. [21]

Varoufakis partage ce verdict et reconnaît que l’assassin du capitalisme n’est autre que le capital lui-même. Il souligne toutefois que :

« Ce n’est pas le capital tel que nous l’entendons depuis le début de l’ère industrielle, mais une nouvelle forme de capital […] bien plus puissante que […] qui a démoli les deux piliers du capitalisme : les marchés et les profits. [Ceux-ci] ont été chassés de l’épicentre de notre système économique et social, relégués à sa périphérie et remplacés […]. Les marchés, le cœur du capitalisme, ont été remplacés par des plateformes commerciales numériques qui ressemblent à des marchés mais n’en sont pas, et que l’on comprend mieux si on les considère comme des fiefs. Et le profit, le moteur du capitalisme, a été remplacé par son prédécesseur féodal, la rente. Plus précisément, une forme de rente qu’il faut payer pour avoir accès à ces plateformes et, de manière générale, au cloud ». [22]

Quel que soit le nom donné à cette longue impasse post-capitaliste, il est certain qu’elle est sans précédent. Cette forme inédite d’exploitation, qui impose un nouveau mode de « rentiérisme » dans le cadre de la repolarisation impériale actuelle du monde, est portée par les grandes entreprises technologiques dont le siège se trouve aux États-Unis et en Chine. En pleine concurrence — à l’image de la course aux armements —, ces entreprises dominantes (Google, Meta, Amazon, Microsoft, Apple, Baidu, Alibaba, Temu, Xiaomi, Huawei, etc.), qui se livrent à une collecte intrusive d’informations par le biais d’une surveillance géolocalisée basée sur la publicité, ne se contentent pas de suivre et d’analyser ce que nous faisons et pensons, mais gèrent, en fonction d’intérêts hétérogènes, tout ce qui est extrait, en tirant profit de l’exploitation de ces informations et de leur utilisation par les agences de renseignement ainsi que les entreprises militaires et policières.

Ainsi, divers logiciels spécialisés et plateformes de renseignement (Gotham, Foundry, Trapdoor, Quadream, Tangles, Webloc/PenLink, etc.) facilitent l’introduction de programmes malveillants (malware) dans des millions d’appareils mobiles à travers le monde dans le but de suivre leur géolocalisation en temps réel et de traiter — c’est-à-dire de classer et d’interpréter à l’aide de l’intelligence artificielle — les informations collectées : du temps que nous passons sur les réseaux sociaux aux préférences politiques et sexuelles ou à la fréquence cardiaque de chaque utilisateur, sondant et intervenant sur toutes nos interactions.

Dans son livre Infocratie. La numérisation et la crise de la démocratie, Byung-Chul Han mettait en garde contre la manière dont la nouvelle domination utilisait l’accès à l’information « pour la surveillance psychopolitique ainsi que le contrôle et la prévision du comportement ».[23] Selon cet auteur, la technologie de l’information numérique fait de la communication un moyen de surveillance : « Plus nous générons de données, plus nous communiquons intensément, plus la surveillance sera efficace. Le téléphone portable, en tant qu’instrument de surveillance et d’assujettissement, exploite la liberté et la communication. De plus, dans le régime de l’information, les personnes ne se sentent pas surveillées, mais libres. Paradoxalement, c’est précisément ce sentiment de liberté qui assure la domination ».[24]

En conséquence, grâce aux dispositifs technologiques à usage individuel, la domination optimise le contrôle social sans que personne (ou presque) ne s’en aperçoive. Ce qui rejoint d’autres technologies de surveillance tout aussi imperceptibles fonctionnant avec l’IA et la nanotechnologie, comme les minuscules drones fabriqués dans les « micro-aviaries » de la base aérienne Wright-Patterson dans l’Ohio, qui reproduisent la mécanique de vol des papillons de nuit et autres insectes, ou les schémas de déplacement des faucons et autres oiseaux de différentes tailles, conçus « pour se cacher à la vue de tous ». Comme l’a affirmé, il y a un peu plus d’une décennie, l’ingénieur aérospatial Greg Parker dans une interview accordée au New York Times.[25]

Cependant, cette opération de contrôle et de surveillance technologique est en cours depuis plus d’un demi-siècle, gérée aux États-Unis par l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense [Defense Advanced Research Projects Agency], plus connue sous le nom de DARPA (son acronyme en anglais). [26] De son côté, son homologue chinois, l’Agence de recherche en sciences militaires, a également développé des « essaims d’abeilles » et des « loups robotiques » conçus pour « la ligne de front », ainsi que des systèmes de surveillance fonctionnant à l’IA et fabriqués à l’aide de la nanotechnologie, capables de se dissimuler « à la vue de tous ».

Cette performance a fourni le camouflage de positivité dont se pare aujourd’hui la nouvelle domination. Ainsi, toute la négativité du pouvoir est devenue du passé, depuis les techniques coercitives jusqu’à la réglementation du travail, principaux axes directeurs de l’ancien régime disciplinaire.

Cette obsolescence a donné lieu à l’hypothèse d’une transition du panoptique de Bentham — largement conceptualisé par Foucault — vers le ban-opticon (banoptique),[27] inaugurant ainsi l’entrée dans l’ère post-panoptique. Une telle mutation s’est produite parallèlement au processus d’intégration des sociétés disciplinaires dans les « sociétés de contrôle ».

Cependant, Zygmunt Bauman relève un certain flou dans cette affirmation et la réfute de manière catégorique. Selon le théoricien d’origine polonaise : « le modèle panoptique est bien vivant et en pleine forme, et il est en fait doté d’une musculature améliorée électroniquement, comme celle d’un cyborg, ce qui le rend si puissant que ni Bentham, ni même Foucault, n’auraient été capables de l’imaginer. Mais il est également vrai qu’il a cessé d’être le modèle universel ou la stratégie de domination que ces deux auteurs croyaient qu’il était à leurs époques respectives. Il n’est même plus le modèle ou la stratégie principale, ni la plus utilisée. Le modèle panoptique s’est déplacé et s’applique désormais aux parties « ingérables » de la société, c’est-à-dire dans les prisons, les camps, les cliniques psychiatriques et autres « institutions totales ».[28]

Pour le sociologue Maurizio Lazzarato : « la société de contrôle exerce son pouvoir grâce aux technologies d’action à distance de l’image, du son et des données, qui fonctionnent comme des machines à moduler, à cristalliser les ondes, les vibrations électromagnétiques (radio, télévision) ou à moduler et cristalliser les paquets de bits (les ordinateurs et les réseaux numériques) ».[29] C’est pourquoi il affirme que les différents dispositifs de pouvoir, nés à des époques différentes et ayant des finalités hétérogènes, ne se substituent pas les uns aux autres, mais s’articulent les uns avec les autres. Et il cite l’exemple des États-Unis comme « le modèle le plus abouti d’une société de contrôle intégrant les trois dispositifs de pouvoir ». À savoir, les dispositifs disciplinaires d’enfermement, les dispositifs biopolitiques de gestion de la vie et les nouveaux dispositifs de la non-politique (qui s’appuient sur l’informatique et la télématique). [30]

Le fait que les trois dispositifs de pouvoir soient aujourd’hui parfaitement intégrés explique la coexistence de l’hyperpositivité du modèle de « surveillance liquide » (imperceptible) et de l’hypernégativité de la surveillance brute (palpable). Une preuve catégorique de l’utilisation des dispositifs disciplinaires d’enfermement et de surveillance contre « les parties ingérables de la société » réside dans les prisons réelles de notre époque, où gisent les affinités anarchiques — du Chili à l’Italie — condamnées à purger des peines monstrueuses. Les chars dans les rues de Washington D.C. et la chasse brutale aux migrants, déployée de manière inimaginable dans les principales capitales du monde, sont également une preuve irréfutable de la persistance des dispositifs disciplinaires d’enfermement et de surveillance brutale.

En revanche, les nouveaux dispositifs de surveillance liquide ont remplacé « l’incarcération et le confinement par l’exclusion comme menace suprême pour la sécurité existentielle et comme motif suprême d’angoisse. Le fait d’être observé et vu a changé de catégorie, passant d’une menace à une tentation. La promesse d’une visibilité plus large, la perspective d’« être à découvert », à la vue de tous et vu par tous, s’inscrit dans la quête la plus avide de preuves de reconnaissance sociale, et à travers elles, d’une existence valable […] Le fait que toute notre personne, avec ses qualités et ses défauts, soit enregistrée et accessible au public semble être le meilleur antidote préventif contre l’exclusion, ainsi qu’un moyen puissant de prévenir la possibilité d’expulsion. De plus, il s’agit là d’une tentation à laquelle peu de personnes ayant une vie sociale précaire pourront résister […] l’histoire des récents succès spectaculaires des « réseaux sociaux » illustre parfaitement cette tendance.[31]

Grâce à cette soif de visibilité et de « reconnaissance sociale » que nous décrit Bauman, la technologie a réussi à s’ériger en souveraine sur l’ensemble de l’expérience humaine. Face à ce scénario de « souveraineté technologique », avec de nouveaux mécanismes de contrôle et d’hyperproduction de subjectivité informationnelle, Gilles Deleuze s’est senti obligé d’exprimer ses inquiétudes quant à ce qui « s’installe actuellement » et a prédit la possibilité que « après les adaptations correspondantes, réapparaissent certains mécanismes empruntés aux anciennes sociétés de souveraineté ». [32]

En accord avec l’idée de Deleuze, il apparaît aujourd’hui clairement, après les adaptations de rigueur, que trois régressions convergent pour démolir les fondements marxistes — et par conséquent kropotkiniens — du tant vanté « progrès moral de l’Humanité » : la reterritorialisation culturelle, le retour au servage et le retour à l’absolutisme. Bien sûr, de nombreux penseurs ont identifié ces régressions et mettent en garde contre le danger. Tout semble indiquer que les utopies post-capitalistes ont épuisé leurs possibilités émancipatrices et qu’à leur place, une dystopie cybernétique est venue s’installer pour de bon, dont l’instauration n’est pas fortuite mais le produit de la suprématie technologique inquiétante et de son développement sans restriction.

Gustavo Rodríguez,

Planète Terre, 11 mai 2026.

[1] Cf. : Baudrillard, Jean. (1990) La transparence du mal. Essai sur les phénomènes extrêmes. Barcelone : Éditions Anagrama, trad. : Joaquín Jordá, p. 16-17.

[2] Guattari, Félix. (2004) Plan sur la planète. Capitalisme mondial intégré et révolutions moléculaires. Madrid : Traficantes de sueños. Édition et notes de Raúl Sánchez Cedillo, trad. Marisa Pérez Colina, Raúl Sánchez, Josep Sarret, Miguel Denis Norambuena et Lluís Mara Todó. p. 61. C'est moi qui souligne. Disponible sur : https://traficantes.net/sites/default/files/pdfs/Plan%20sobre%20el%20planeta-TdS.pdf (consulté le 5/6/2026).

[3] Cf. Mason, Paul. (2016) Postcapitalisme. Vers un nouvel avenir. Barcelone, Ediciones Culturales Paidos, trad. : Albino Santos Mosquera. Version numérique disponible sur : https://revolucioncantonaldotnet.wordpress.com/wp-content/uploads/2019/08/postcapitalismo_-_paul_mason.pdf (Consulté le 5/6/2026).

[4] Ibid.

[5] Wark, McKenzie. (2021). Le capitalisme est mort. Barcelone : Holobionte Ediciones, trad. Federico Fernández Giordiano, p. 16.

[6] Ibid., p. 14-15.

[7] Tant Srnicek et Williams que les « accélérationnistes de gauche » prônent la réorientation de l’infrastructure capitaliste par le biais d’un agencement accélérationniste collectif et de l’appropriation des « moyens d’accélération ». Voir : Srnicek, Nick et Williams, Alex. (2017). Inventer l’avenir. Postcapitalisme et un monde sans travail. Mexico : Malpaso Ediciones, trad. : Adriana Santoveña.

[8] Drucker, Peter. (1994) La société post-capitaliste, Bogotá : Editorial Norma, trad. Jorge Cárdenas Nannetti.

[9] Ibid., « Du capitalisme à la société de la connaissance » (chap. 1). p. 21-53 et « La connaissance : son économie ; sa productivité » (chap. 10). pp. 197-211.

[10] Kurz, Robert. (2016) L'effondrement de la modernisation. De la chute du socialisme de caserne à la crise de l'économie mondiale. Buenos Aires : Editorial Marat, trad. Ignacio Rial-Schies. p. 45.

[11] Cf. Fisher, Mark. (2024) Désir postcapitaliste. Les dernières classes. Buenos Aires : Caja Negra Editora, trad. Maximiliano Gonnet et Sofía Stel. p. 67-68.

[12] Ibid., p. 69.

[13] Ibid.

[14] Cf. Frase, Peter. (2020) Quatre futurs. Écologie, robotique, travail et lutte des classes pour l’après-capitalisme. Barcelone : Blackie Books.

[15] Cf. Varoufakis, Yanis. (2023) Technoféodalisme. Le successeur silencieux du capitalisme. Barcelone : Ediciones Deusto, trad. Marta Valdivieso, version numérique disponible sur : https://ia903407.us.archive.org/26/items/tecnofeudalismoyanisvaroufakis/Tecnofeudalismo_Yanis_Varoufakis.pdf (consulté le 5/6/2026).

[16] Jürgen Habermas évoquait la « reféodalisation » de la sphère publique. Cf. Habermas, J. (1988) Espace public et démocratie délibérative : un tournant, Paris : Payot.

[17] Auteure de Capital’s Grave: New Feudalism and the New Class Struggle [La tombe du capital : néo-féodalisme et nouvelle lutte des classes], New York : Verso Books, 2025.

[18] Cf. Durand, Cédric. (2021)Technoféodalisme. Critique de l’économie numérique. Adrogué : La Cebra/Donostia : Editorial Kaxilda, trad. Víctor Goldstein.

[19] Op. cit., p. 261.

[20] Cet économiste britannique, théoricien de l’utilitarisme, présente dans son ouvrage une situation hypothétique dans laquelle toutes les terres d’un pays appartiennent à un seul homme, scénario qui oblige l’ensemble du peuple à dépendre de lui pour assurer sa subsistance, en acceptant sans réserve les conditions imposées par le propriétaire.

[21] Ibidem., p. 263.

[22] Varoufakis, op. cit., p. 7.

[23] Cf. Han, Byung-Chul. (2022) Infocratie. La numérisation et la crise de la démocratie. Buenos Aires : Taurus, trad. Joaquín Chamorro Mielke, p. 9.

[24] Ibid., p. 14.

[25] Bumiller, E. & Shanker, T. (2011, 20 juin). Research advances on spy drones. « Natural’ flight the wave of future ». New York Times. Disponible sur : https://www.telegram.com/story/news/local/north/2011/06/20/research-advances-on-spy-drones/49993392007/ (Consulté le 5/6/2026).

[26] La DARPA était restée à l'écart des projecteurs jusqu'à ce qu'elle se retrouve sous les feux de la rampe lors de la pandémie de COVID-19 (SARS-CoV-2). Pionnière dans les technologies fondamentales de l'ARN messager (ARNm) et des « méthodes de réponse rapide », l'Agence a octroyé depuis 2011 des subventions de plusieurs millions de dollars à des entreprises telles que CureVac et Moderna par le biais de ses programmes ADEPT et de la Plateforme de prévention des pandémies (P3) . L'objectif militaire était de développer des « plateformes de réponse rapide aux menaces biologiques émergentes » facilitant la fabrication d'immunogènes en un temps record, grâce auxquelles ils cherchent à accélérer les processus immunitaires — au lieu d'injecter le virus affaibli (comme les vaccins traditionnels), ils injectent des séquences génétiquement manipulées afin que, à partir d'anticorps monoclonaux, le corps humain lui-même agisse comme une « usine » d’anticorps. Ces fonds ont permis à Moderna de mettre rapidement sur le marché le vaccin contre le SARS-CoV-2 dès le début de la pandémie. Fin 2020, la DARPA a attribué à Moderna un nouveau contrat de 56 millions de dollars destiné à la création de « prototypes mobiles » capables de fabriquer des vaccins rapidement et dans des zones reculées. Cf. : https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=4495566 (consulté le 7/6/2026).

[27] Bigo, Didier. (2006) Globalized (in)Security: the Field and the Ban-opticon, Cambridge : Harvard Conference Paper. Disponible sur : http://www.ces.fas.harvard.edu/conferences/muslims/Bigo.pdf. (Consulté le 7/6/2026).

[28] Bauman, Zygmunt et Lyon, David. (2013). Liquid Surveillance: A conversation. Cambridge : Polity Press. [Traduction espagnole : Vigilancia líquida, Barcelone/Buenos Aires/Mexico : Paidos, 2013, trad. Alicia Capel Tatjer]. p. 40. Disponible en version numérique en ligne (diegoam) : https://www.academia.edu/39843688/Vigilancia_liquida_Zygmunt_Bauman (consulté le 7/6/2026).

[29] Lazzarato, Maurizio. (2006) Pour une politique mineure. Événement et politique dans les sociétés de contrôle. Madrid : Traficantes de sueños, p. 92.

[30] Ibidem., pp. 93-94.

[31] Bauman et Lyon, op. cit., p. 32.

[32] Deleuze, Gilles. (1996) Conversations 1972-1990. Valence : Pre-textos, trad. José Luis Pardo. pp. 284-285.

 

Citation

Si l'on cherche à comprendre l'évolution du capitalisme, la forme nouvelle qu'il a pris en ces 50 dernières années, il manque ici une référence tout à fait essentielle. Dès 1988, et en prolongation de "La société du spectacle" paru en 1967, Debord dans ses "Commentaires sur la société du spectacle" avec le concept de "Spectaculaire Intégré", décrivit avec une rare lucidité les nouvelles conditions de notre époque ou désormais le mensonge, la falsification, sont au cœur de la réalité sociale et des formes actuelles de la domination. Il aura pourtant suffit d'une cinquantaine d'années pour que les notions de devenir humain ou de Monde commun perdent pratiquement toute saveur et tout contenu effectif; laissant chacun seul face aux lois du marché désormais mondialisé.               Mais pour vivre quoi ? 

Quelques extraits de cet ouvrage majeur qu'il est encore possible de se procurer assez facilement : 

Sur le plan des moyens de la pensée des populations contemporaines, la première cause de la décadence tient clairement au fait que tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse; et la logique ne s'était socialement formée que dans le dialogue. Mais aussi, quand s'est répandu le respect de ce qui parle dans le spectacle, qui est censé être important, riche, prestigieux, qui est l'autorité même, la tendance se répand aussi parmi les spectateurs de vouloir être aussi illogiques que le spectacle, pour afficher un reflet individuel de cette autorité. Enfin, la logique n'est pas facile, et personne n'a souhaité la leur enseigner. 

Non seulement, on fait croire aux assujettis qu'ils sont encore, pour l'essentiel, dans un monde que l'on a fait disparaître, mais les gouvernants eux-mêmes souffrent parfois de l'inconséquence de s'y croire encore par quelques cotés. Ce retard ne se prolongera pas beaucoup. (...) Il faut conclure qu'une relève est imminente dans la caste cooptée qui gère la domination, et notamment dirige la protection de cette domination. (1988)  ( et ceux qui ont encore le recul nécessaire constateront que, pour l'essentiel, cette "relève" a désormais bien pris place presque partout)

Le concept confusionniste de désinformation est mis en vedette pour réfuter instantanément, par le seul bruit de son nom, toute critique que n'auraient pas suffi à faire disparaître les diverses agences de l'organisation du silence. (...) En fait, la désinformation réside dans toute l'information existante; et comme son caractère principal. On ne la nomme que là où il faut maintenir, par l'intimidation, la passivité. ( et qui peut en effet distinguer désormais une quelconque "vérité" dans la suite d'annonces contradictoires dont l'on nous sature quotidiennement )
 
Sur le plan des techniques, quand l'image construite et choisie par quelqu'un d'autre est devenue le principal rapport de l'individu au monde qu'auparavant il regardait par lui-même, de chaque endroit où il pouvait aller, on n'ignore évidemment pas que l'image va supporter tout; parce qu'à l'intérieur d'une même image on peut juxtaposer sans contradiction n'importe quoi. Le flux des images emporte tout, et c'est également quelqu'un d'autre qui gouverne à son gré ce résumé simplifié du monde sensible; qui choisit où ira ce courant, et aussi le rythme de ce qui devra s'y manifester, comme perpétuelle surprise arbitraire, ne voulant laisser nul temps à la réflexion, et tout à fait indépendamment de ce que le spectateur peut en comprendre ou en penser. Dans cette expérience concrète de la soumission permanente, se trouve la racine psychologique de l'adhésion si générale à ce qui est là. ( Remarquons qu'à l'époque, l'I.A et ses "créations" n'avait pourtant pas encore pris place de la manière dont nous savons )
 
Il est assurément dommage que la société humaine rencontre de si brûlants problèmes au moment où il est devenu matériellement impossible de faire entendre la moindre objection au discours marchand ; au moment où la domination, justement parce qu'elle est abritée par le spectacle de toute réponse à ses décisions et justifications fragmentaires ou délirantes, croit qu'elle n'a plus besoin de penser ; et véritablement ne sait plus penser. Aussi ferme que soit le démocrate, ne préférerait-il pas qu'on lui ait choisi des maîtres plus intelligents ?  ( De cette absence d'intelligence et de savoir penser des représentants de la domination, il pourrait toutefois être utile de savoir et pouvoir tirer quelque avantage )
 
 
 
 
 

 

 
 
TerKo a réagi à ce message.
TerKo
Citation

 

salut, je vous partage ce lien qui me parait interessant afin de continuer à nourrir la reflexion sur les techniques compatibles ou non avec le projet de société communaliste

Nicolas Framont et l’impossible réappropriation des moyens de pollution (par Nicolas Casaux)

 

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